Confinés, oui mais avec des bonnes BD !

Durant ce second confinement, les librairies restent ouvertes. L’occasion idéale de s’évader en plongeant dans la lecture, notamment de bandes dessinées. Voici une petite sélection de BD qui valent le détour.

Traquée

Lancée à la rentrée, la collection Karma de Glénat met en avant les histoires vraies de personnes qui ont fait changer la société. Après « Radium Girls », « Traquée » est le deuxième album de cette nouvelle collection. Il raconte, au début des années 1970, le combat d’Angela Davis, une jeune femme noire, militante communiste et membre des Black Panthers. A travers cet album très documenté, Fabien Grolleau au scénario et Nicolas Pitz au dessin retracent la vie d’Angela Davis, de son enfance marquée dans les actes du Ku Klux Klan dans l’Alabama jusqu’à sa traque et son arrestation par le FBI en 1970. Angela Davis a décidé de se lever et de ne plus accepter la situation. « Traquée » raconte cette lutte qui, 50 ans plus tard, est toujours d’actualité. Le combat d’Angela a été le commencement de nombreux autres combats et cet album lui rend hommage de très belle manière.

« Traquée », de Grolleau et Pitz, éditions Glénat, 152 pages, 22 €  

Bruxelles 43

Après « Sourire 58 » et « Léopoldville 60 », les éditions Anspach continuent de mettre l’histoire de la Belgique dans des cases. Le résultat est un véritable succès critique et commercial avec respectivement plus de 26.000 et 17.000 exemplaires écoulés. Dans « Bruxelles 43 », l’historien Patrick Weber et le dessinateur Baudouin Deville retracent le quotidien d’une poignée de Bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale. On retrouve notamment Kathleen, l’héroïne des deux opus précédents, qui était âgée de 12 ans à l’époque et son père qui tenait un kiosque à journaux à De Brouckère. Sous l’occupation allemande, entre les rafles anti-juifs, les dénonciations des collabos et les bombardements, l’atmosphère était irrespirable dans la capitale. Dans ce contexte, un dessinateur tente de faire publier des planches de BD tournant Hitler en dérision dans le Faux Soir, le journal de la résistance. Un album instructif, nécessaire et marquant qui se termine par un excellent petit dossier didactique de huit pages.

« Bruxelles 43 », de B. Deville et P. Weber, éditions Anspach, 64 pages, 14,5 €

Comme on peut

En 2019, Jhon Rachid et L-Kim avaient surpris tout le monde avec le premier tome de « Comme on peut ». Là où de nombreux youtubeurs se sont cassés les dents en se lançant dans la BD, Jhon Rachid a réussi à transmettre un récit autobiographique rempli d’émotion et de justesse. Le tout, illustré de manière unique et originale par le jeune et talentueux Leni Malki. C’est un peu la pagaille puisque les éditions Michel Lafon ont réédité le premier tome sorti l’an passé et qui faisait 288 pages en le découpant en deux tomes. Si vous voulez suivre la suite de l’adolescence de Jhon Rachid, avant qu’il ne se lance sur YouTube, c’est donc vers le tome 3, baptisé « Féroce » et qui sort ce 19 novembre, qu’il faudra vous tourner. Ce n’est pas facile de s’y retrouver mais c’est toujours aussi juste et touchant.

« Comme on peut – t.3 : Féroce », de Jhon Rachid et L-Kim, éditions Michel Lafon, 171 pages, 14,95 €

 

La Bête

C’est l’un de nos coups de cœur de l’année. Avec « La Bête », Frank Pé et Zidrou revisitent le célèbre Marsupilami de Franquin. Oubliez l’animal joyeux qui saute partout en criant « houba, houba ». « La Bête » est un album bien plus sombre et mature. Capturé et vendu à des trafiquants d’animaux exotiques, le Marsupilami débarque au port d’Anvers. Mal en point, il s’échappe et est recueilli par François, un jeune garçon passionné par les animaux. C’est le début d’une grande aventure. La collaboration entre le duo belge, Frank Pé et Zidrou, fonctionne à merveille. Le dessinateur illustre « La Bête » de manière magistrale tandis que le scénariste joue parfaitement avec les émotions.  Seul regret : il faudra attendre deux ans pour connaître la suite et la fin de ce magnifique album.

« La Bête », de Frank Pé et Zidrou, éditions Dupuis, 156 pages, 24,95 €

 

Complètement cramé !

Patron d’une grande entreprise, Andrew Blake a envie de changer d’air. Du jour au lendemain, il décide ainsi de tout laisser tomber, de quitter l’Angleterre et d’accepter un poste de majordome dans un grand domaine en France. Il va alors intégrer la petite équipe au service de Madame Beauvillier, une veuve mystérieuse qui rencontre de grandes difficultés financières. Il fera connaissance avec Odile la cuisinière, Philippe le régisseur et Manon qui s’occupe du ménage, de la lessive et du repassage. Tirée du roman Gilles Legardinier, cette BD plonge le lecteur dans une comédie remplie de rebondissements et de personnages hauts en couleur. Un récit feel good et rafraîchissant !

« Complètement cramé ! », de L. Aynié et V. Grisseaux, éditions Michel Lafon, 126 pages, 20 €

Jizo

On n’a pas vraiment l’habitude de vous parler de manga. On aurait par exemple pu vous parler du sixième tome de « 50 nuances de gras. L’elfe qui aimait trop les frites » mais nous avons préféré mettre en avant Jizo, un étonnant manga franco-japonais signé Mato et Mr Tan. Jizo se lit dans le sens de lecture japonais. C’est aussi une histoire complète de 240 pages à l’impression soignée, ce qui n’est pas toujours le cas avec les mangas. Jizo plonge les lecteurs dans l’histoire d’amitié entre deux jeunes garçons : Aki qui ne retrouve plus son chemin pour aller chez lui et Jizo, un mystérieux personnage sorti de nulle part. Passionné par le Japon, le scénariste et romancier Antoine Dole, alias Mr Tan, s’est inspiré de ses voyages au Japon et de petites statuettes devant lesquelles les Japonais se recueillent pour livrer un récit profondément touchant. C’est le premier manga de Mr Tan. Et si vous n’avez jamais lu de manga, celui-ci pourrait tout à fait être votre premier, tant il est accessible, marquant et puissant.

« Jizo », de Mato et Mr Tan, éditions Glénat, 240 pages, 10,75 € 

Mademoiselle J

Mademoiselle Juliette, alias Mademoiselle J., est la fille du patron de la Compagnie Générale Transatlantique. La jeune femme souffre d’une insuffisance cardiaque qui l’oblige à prendre des médicaments à vie. Dans le premier tome, elle traverse l’Atlantique en 1929 avec son père pour découvrir New York. À bord, elle fera la connaissance de Ptirou, un orphelin monté clandestinement à bord. Dans le deuxième tome, près de dix ans plus tard, Juliette est de retour à Paris afin de poursuivre son rêve de devenir une grande reporter. Chaque tome commence par quelques cases en noir et blanc dans lesquels, un vieil oncle de la famille introduit l’histoire qu’il s’apprête à raconter à ses neveux. En lisant les aventures de Juliette, on a vraiment l’impression d’être assis à côté de ces enfants et de suivre l’histoire racontée par ce vieil oncle. Le dessin de Laurent Verron renvoie les lecteurs dans l’âge d’or de la BD et le scénario d’Yves Sente les plonge dans des grandes aventures haletantes. Une belle réussite !

« Mademoiselle Jt.1 : Il s’appelait Ptirou », de Sente et Verron, éditions Dupuis, 80 pages, 16,5 €

« Mademoiselle Jt.2 : Je ne me marierai jamais », de Sente et Verron, éditions Dupuis, 64 pages, 15,95 €

 

Thomas Wallemacq