Harcèlement sur les campus: la FWB sur le pied de guerre

Harcèlement sur les campus: la FWB sur le pied de guerre
Belga / J. Flemal

« Ces derniers mois, on a vu une explosion de témoignages de harcèlement dans les hautes écoles et les universités », constate Margaux de Ré, députée Ecolo. « Ces gens témoignent aujourd’hui d’un phénomène latent depuis des années. En plus d’être très répandu, ce phénomène est très diversifié : tant dans les formes que le harcèlement peut prendre (violence sexiste ou sexuelle, harcèlement moral, discrimination…) que du terrain sur lequel il s’opère (dans le folklore, la vie étudiante, entre étudiants, de la part de professeurs, envers les doctorants…). »

Mercredi dernier, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a donc approuvé une résolution appelant le gouvernement à promouvoir et harmoniser des mesures de lutte contre le harcèlement dans l’enseignement supérieur. Un texte non contraignant, porté par les députés Ecolo Rodrigue Demeuse et Margaux De Ré, cosigné par Gwenaëlle Grovonius et Thierry Witsel (PS), ainsi qu’Hervé Cornillie et Rachel Sobry (MR).

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La proposition, élaborée avec les acteurs de terrain, vise les différents types d’enseignement supérieurs, dont la promotion sociale et le milieu artistique. Le texte s’articule principalement autour de quatre axes d’action.

Un phénomène polymorphe et répandu

« On a été très marqués par le fait que, sur ces deux dernières années de travail, pas un mois ne s’est écoulé sans qu’un nouveau témoignage n’éclose sur les réseaux sociaux ou dans la presse », explique Rodrigue Demeuse. « Le harcèlement peut avoir des conséquences extrêmement graves, parfois jusqu’à l’arrêt des études. En tant que jeunes députés, on ne pouvait pas rester les bras croisés face à cela. »

En Belgique, ce phénomène n’est pas chiffré. D’où la première demande du Parlement de lancer une étude en FWB afin d’objectiver le phénomène, tant quantitativement que qualitativement (filières plus exposées, formats de cours plus propices au harcèlement…).

Un système de référence

À la suite de ces témoignages, les établissements de l’enseignement supérieur avaient réagi en ordre dispersé. « Même si certains établissements, notamment les universités, mettent progressivement en place des dispositifs, il n’y a actuellement aucune obligation, pour les établissements d’enseignement supérieur, d’apporter un soutien aux victimes et d’accompagner les étudiants dans les procédures », poursuit le député. « Il y a encore un tas d’établissements aujourd’hui dans lesquels les étudiants ne savent pas où aller se confier, où trouver de l’aide. »

Le système actuel ne protège pas suffisamment les étudiants, estiment ainsi les députés Ecolo. La proposition approuvée mercredi dernier demande donc d’imposer à tous les établissements un système de référence consacré à la question du harcèlement, où les victimes pourraient dénoncer des faits de harcèlement et obtenir un accompagnement psychologique ainsi que le suivi nécessaire.

Cette première étape « ne sera pas encore suffisante », pointent les deux députés, « car certains étudiants pourraient ne pas avoir confiance dans le dispositif existant ». C’est pourquoi le plan de lutte inclut également la mise en place d’un dispositif externe (au niveau de la FWB) afin que tout étudiant puisse bénéficier d’une voie de recours assurée.

Besoin d’un cadre légal

Le texte préconise par ailleurs la mise en place d’un cadre légal spécifique à l’enseignement supérieur, inexistant à ce jour, qui serait inscrit dans le règlement des études de chaque établissement. Objectif : faire en sorte que tous les étudiants, quel que soit leur établissement, soient traités sur le même pied d’égalité.

Enfin, tous ces dispositifs devront faire l’objet d’information à destination des étudiants et des équipes pédagogiques. « S’il y a beaucoup de cas de harcèlement, il y a aussi énormément de témoins de ces phénomènes. Mais tous ne savent pas nécessairement comment réagir », souligne Margaux De Ré. « D’où la nécessité de former, informer et sensibiliser à ces questions, avec une approche transversale du phénomène. »

Avancer rapidement

« J’espère qu’il y aura déjà de grosses avancées pour la rentrée prochaine. Que l’étude soit lancée, que les actions de sensibilisation aient été mises en place et que le cadre légal soit adapté », conclut Rodrigue Demeuse. « Il est clair que ce plan d’action ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des établissements. Pour cela, on compte sur la ministre et le gouvernement pour y accorder l’ensemble des moyens nécessaires. »

Cette proposition de résolution poursuit les efforts entrepris par la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), en début d’année académique. En septembre, une circulaire de la ministre recommandait déjà aux établissements de mettre en place un point de contact en leur sein. Le texte appelait en outre les écoles à multiplier les missions d’information et de sensibilisation ainsi qu’à inscrire la lutte contre le harcèlement au sein de leur règlement.

Des chiffres interpellants

Faute d’étude statistique en Belgique, le phénomène est difficilement quantifiable. L’absence de chiffres participe en outre à son invisibilisation. Toutefois des études ont été menées en Australie et aux États-Unis :

- 25 % des étudiantes de l’enseignement supérieur ont subi des violences sexistes et un étudiant sur cinq a été victime de harcèlement sexuel.

- En ce qui concerne le viol, les chiffres varient : de 2 % d’étudiants concernés en Australie à 11 % aux USA. Autrement dit, entre 1 et 10 étudiants ou étudiantes sur 100 est ou sera victime de viol pendant ses études.

- Les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes d’être harcelées, et trois fois plus d’être agressées pour des motifs sexuels, tandis que la majorité des auteurs sont des hommes (71 %). Enfin, les personnes LGBTQIA+ sont particulièrement concernées : iels sont 45 % à rapporter des faits de harcèlement.

- Seulement 6 % des étudiants australiens victimes de harcèlement portent plainte. Autre enseignement : il s’agit rarement d’un acte anonyme. Dans la plupart des cas, les victimes connaissaient leur agresseur.