Pourquoi est-il tout aussi important de préserver le sable que l’eau?

Pourquoi est-il tout aussi important de préserver le sable que l’eau?
Hassan OUAJBIR / Unsplash

Cinquante milliards de tonnes par an : c’est la masse de sable utilisée dans le monde chaque année. « Avec une telle quantité de sable, il serait possible de construire un mur de 27 mètres de haut et de 27 mètres d’épaisseur qui ferait le tour de la Terre », estime un nouveau rapport du Programme des Nations unies de l’environnement (UNEP). Or, tout comme l’eau, le sable n’est pas une ressource renouvelable à l’infini.

Deuxème ressource naturelle la plus exploitée au monde

Le sable est la deuxième ressource naturelle la plus exploitée au monde. Ses grains sont principalement utilisés comme matière première pour fabriquer du béton, de l’asphalte ou du verre, dans les domaines de la construction et du bâtiment.

Le sable du désert s’avère moins attractif en raison de ses grains polis par le vent, qui sont moins épais. C’est donc majoritairement celui extrait des plages et d’autres rives côtières (lacs, estuaires, rivières) qui est menacé. « La plupart des grands fleuves du monde ont perdu entre la moitié et 95 % de leurs réserves naturelles de sable et de gravier au profit des océans », déplore le rapport.

Or, le sable maritime joue un rôle géologique essentiel, puisqu’il permet de limiter l’érosion des sols. « Maintenir du sable sur les côtes pourrait être la stratégie la plus efficace économiquement pour s’adapter au changement climatique en raison de la manière dont le sable protège contre les tempêtes et les submersions marines et face aux impacts de la montée du niveau de la mer. De tels services devraient être pris en compte dans la valeur que l’on accorde au sable », pointe le chercheur Pascal Peduzzi, directeur du réseau Global Resource Information Database (GRID) et auteur principal du rapport de l’ONU.

Créer « une économie circulaire du sable »

Contrairement à l’eau, peu de réglementations officielles sont mises en place pour assurer un usage raisonné du sable. Un vrai problème d’ordre social et environnemental, puisque cette ressource fait l’objet de trafics importants et d’extraction illégale, générant des conflits et entraînant l’insécurité des habitants dans certains pays, comme c’est le cas en Inde ou au Maroc.

Pour lutter contre « ces mafias du sable » et préserver l’environnement des paysages littoraux, le rapport de l’Onu avance plusieurs solutions et dresse une liste de mesures précises. Par exemple celle de fixer une norme internationale pour réglementer l’usage du sable, instaurer un tarif fixe du sable basé sur « sa véritable valeur sociale et environnementale », créer « une économie circulaire du sable » en encourageant la réutilisation de cette ressource ou encore interdire l’extraction du sable sur les plages et son utilisation dans les décharges à ciel ouvert.

« La principale limite à l’extraction responsable du sable n’est pas d’ordre technique : c’est une question de sensibilisation et de gouvernance », appuie Pascal Peduzzi.