La ruée vers le «métavers» est lancée: qui tirera son épingle du jeu?

La ruée vers le «métavers» est lancée: qui tirera son épingle du jeu?
AFP / L. Bonaventure

Le « métavers », contraction de méta-univers, est une sorte de doublure numérique du monde physique, accessible via internet. Grâce notamment à la réalité virtuelle et augmentée, il devrait permettre de démultiplier les interactions humaines, en les libérant des contraintes physiques.

Considéré comme le prochain grand saut dans l’évolution d’internet, ce « Graal », imaginé par la science-fiction depuis près de 30 ans, est devenu un nouvel horizon de développement. Mais y aura-t-il de la place pour tous les prétendants au regard des colossaux investissements nécessaires à sa création ?

« Il y a une forte chance pour qu’il y ait plusieurs métavers, une multitude d’expériences immersives disponibles en plusieurs points », estime Nicolas Reffait, associé en charge des médias au sein du cabinet BearingPoint.

« Ce n’est pas le sens de l’histoire qu’il n’y ait qu’un seul métavers porteur de l’ensemble des expériences, complète-t-il. Par nature, on n’imagine pas qu’il puisse être possédé ». Revue des forces en présence.

Facebook et « métavers d’entreprise »

Les géants américains de la tech, Facebook en tête, ont déjà lancé les grandes manœuvres.

Rebaptisé Meta, le groupe de Mark Zuckerberg ambitionne de s’imposer comme le créateur d’un espace numérique universel de référence, comme ont pu l’être l’App Store d’Apple, ou le moteur de recherche de Google. Pour y parvenir, il compte investir plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année et embaucher 10.000 personnes d’ici cinq ans en Europe.

Mais les autres « Gafam » n’entendent pas rester sur la touche, à l’image de Microsoft et son « métavers d’entreprise ». À l’occasion de sa conférence annuelle dédiée aux professionnels, l’entreprise a annoncé mardi dernier le lancement de « Mesh », une nouvelle fonctionnalité dans le logiciel Teams qui permettra d’apparaître, au cours de l’année 2022, sous la forme d’avatar personnalisé au lieu d’activer la vidéo.

Sur le même créneau des entreprises, le champion des processeurs Nvidia a déjà lancé sa plateforme « Omniverse », qui entend permettre à des équipes de conception 3D internationales travaillant sur plusieurs suites logicielles « de collaborer en temps réel dans un espace virtuel partagé ».

Jeux vidéo et concerts virtuels

Plus que des simples jeux vidéo en ligne gratuits, Roblox, Minecraft ou Fortnite sont devenus, à la faveur de la pandémie, des plateformes de divertissement, où les joueurs peuvent mener une vie sociale parallèle. Au point de bousculer l’hégémonie des réseaux sociaux comme Instagram, TikTok ou Snapchat et renforcer leur ambition de construire leur propre « métavers ».

Epic Games, l’éditeur de Fortnite, a indiqué qu’une partie du milliard de dollars levé cette année auprès d’investisseurs serait consacrée à son développement.

Premiers avant-goûts concrets : les concerts virtuels de stars internationales comme le rappeur américain Travis Scott ou la chanteuse pop Zara Larsson, qui ont été suivis par plusieurs dizaines de millions de joueurs.

« C’est une opportunité incroyable pour se connecter avec une audience plus jeune. C’est vraiment le futur », a plaidé la chanteuse suédoise, la semaine passée lors du Web Summit.

Mais aussi de multiplier ses sources de revenus. Si un fan de Zara Larsson a la possibilité d’acheter un t-shirt à son effigie à la sortie de ses concerts physiques, il peut dorénavant dépenser son argent dans la boutique virtuelle de la chanteuse sur Roblox pour habiller son avatar avec des lunettes de soleil collector.

Startups et alliance nationale

Sur Decentraland, une plateforme en ligne considérée comme l’un des précurseurs du « métavers », il est possible d’acheter des parcelles de terrain virtuel sous forme de NFT (certificats d’authenticité numérique pour des contenus en ligne) via une cryptomonnaie associée baptisée MANA.

Plusieurs autres startups tentent de marcher sur ses traces comme The Sandbox, qui vient de lever 93 millions de dollars auprès d’un pool d’investisseurs.

En Corée du Sud, c’est une coalition d’entreprises et d’institutions publiques qui a été formée en mai sous la houlette du Ministère des Sciences pour éviter « une dépendance aux acteurs transnationaux » étrangers, explique Nicolas Reffait. Baptisée la « Metaverse Alliance », elle regroupe plus de 200 entreprises aux côtés de champions locaux comme Samsung.