Cette Belge photographie les dégâts du surtourisme: quelles solutions pour protéger les sites naturels?

Cette Belge photographie les dégâts du surtourisme: quelles solutions pour protéger les sites naturels?
Ph. Instagram / Natacha de Mahieu

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, certains sites touristiques ont vu leur taux de fréquentation exploser. Et, souvent, au détriment de la nature et de l’environnement. Des spots « instagrammables » voient défiler des milliers de touristes chaque jour. Tous espèrent obtenir leur photo parfaite et « unique ».

Dans sa série de collages « Théâtre de l’Authenticité », la photographe belge Natacha De Mahieu questionne cette nouvelle façon de voyager. « N’est-il pas étrange que les touristes essayent d’échapper aux conventions sociales en partant à la recherche d’authenticité et d’expériences introspectives, mais se retrouvent dans les mêmes lieux, vivant les mêmes expériences et se comportant de la même manière que des milliers d’autres voyageurs avant eux ? », s’interroge-t-elle.

Mais comment éviter cette surfréquentation des sites naturels ? De plus en plus d’initiatives apparaissent.

Techniques diverses

Dernièrement, en France, l’action la plus médiatisée a été la limitation pour la première fois cet été de la fréquentation de deux criques des calanques de Marseille par des réservations obligatoires. Mais avec la reprise du tourisme qui retrouve peu à peu ses niveaux de 2019, avant la pandémie, plusieurs sites ont été confrontés à un afflux de touristes jugé ingérable, et mettent en place pour y faire face des techniques que l’on pensait jusqu’ici réservées à des villes comme Venise ou Barcelone.

Guides touristiques, succès cinématographies, influence des réseaux sociaux, les causes de la surfréquentation, parfois éphémère, de certains sites sont multiples. Pour faire face à ce « surtourisme », « il y a deux solutions », explique l’anthropologue Jean-Didier Urbain, « l’interdiction ou la régulation ».

L’interdiction pure et simple d’un site comme l’a été Maya Bay en Thaïlande, victime du succès du film « La plage » avec Leonardo DiCaprio, n’est pas encore à l’ordre du jour pour l’instant en France où les sites touristiques lorgnent davantage sur la régulation.

Celle-ci peut prendre différents aspects, selon Jean-Didier Urbain. Il y a le système de réservation, comme dans les Calanques. « Les musées ont été les premiers à adopter ce type de régulation », souligne-t-il, « cela entre dans les mœurs, on s’achemine vers ce genre de chose ».

La régulation peut aussi se faire sous forme de quotas. L’île de Porquerolles dans le Var a instauré depuis juillet 2021 une jauge de 6.000 visiteurs par jour. L’île de Bréhat dans les Côtes d'Armor, qui accueille certains jours d’été sur ses 3 km² plus 5.000 personnes pour 400 habitants, n’a pas encore instauré de quotas mais a décidé de compter ses visiteurs et mesurer leur impact cet été, selon le Télégramme.

Méthodes de dissuasion

« Il y a aussi la dissuasion avec le terme nouveau de ‘démarketing’, un discours qui déconseille de venir tel ou tel jour », voire de ne pas venir du tout, ajoute Jean-Didier Urbain. Le site de la mairie de Bréhat prévient ainsi des jours de fortes affluences.

La commune de Crozon (Finistère) compte 7.600 habitants l’hiver, mais 30.000 l’été et essaie, en vain, de dissuader les touristes de se rendre sur une petite crique vantée comme l’une des plus belles plages d’Europe, et aujourd’hui fermée au public. Le maire Patrick Berthelot, avait dit en 2021 faire désormais de « la contre-publicité » pour la plage.

Autre solution : la « dispersion » avec « une déconcentration dans l’espace en multipliant les lieux d’attraction ou une déconcentration dans le temps », explique l’anthropologue soulignant que « certaines villes réfléchissent même à un tourisme nocturne ».

Le Réseau des Grands Sites de France, qui réunit des espaces touristiques comme le Mont-Saint Michel, la Dune du Pilat ou les falaises d’Etretat, communique ainsi sur le « hors-saison » ou encore développe des circuits parallèles comme dans le Cantal où ont été ouvertes « cinq Maisons de Site » pour « offrir aux visiteurs la possibilité d’une découverte plus large des vallées du Massif et du département, évitant ainsi de cristalliser la fréquentation sur le Pas de Peyrol ».