Comment la Belgique est parvenue à faire de Raphaël Liégeois un astronaute en devenir?

Comment la Belgique est parvenue à faire de Raphaël Liégeois un astronaute en devenir?
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Depuis mercredi, on sait que Raphaël Liégeois deviendra le premier astronaute wallon à aller dans l’espace. Le premier vol dans l’espace du jeune homme pourrait être réalisé entre 2026 et 2030, sans doute vers la Station spatiale internationale (ISS), a indiqué le lauréat, à la suite de sa nomination par l’Agence spatiale européenne (ESA).

Son entraînement débutera en avril prochain, sous la coordination d’un autre Belge, l’astronaute émérite Frank De Winne, qui dirige le centre d’entraînement des astronautes européens, à Cologne.

Comment la Belgique est parvenue à faire de Raphaël Liégeois un astronaute en devenir ?

L’annonce à Paris de la désignation de Raphaël Liégeois comme nouvel astronaute belge de carrière à l’Agence spatiale européenne (ESA) est l’aboutissement de près de deux ans de sélection drastique de candidats et de positionnement politique et budgétaire de la Belgique.

L’ESA a lancé début 2021 sa nouvelle campagne de recrutement, la première depuis 2008, pour un nombre – jamais confirmé officiellement – de quatre à six postes d’astronautes. La Belgique plaidait pour la fourchette haute, afin d’accroître ses chances.

En novembre 2021, lors de l’interministérielle de l’ESA à Lisbonne, la Belgique notifiait de manière informelle aux dirigeants de l’Agence qu’il était dans ses ambitions légitimes d’avoir un astronaute, pour autant que des candidats belges soient lauréats.

Les arguments étaient nombreux. Cinquième contributeur financier à l’ESA derrière l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, le pays n’a plus d’astronaute en activité. Mais avec 1.007 candidats belges participant à la sélection, il se plaçait dans le trio des pays ayant le plus de candidats par million d’habitants. Le « juste retour » de l’ESA en termes de vols effectués depuis le lancement de la Station spatiale internationale (ISS) en 2001, par rapport aux contributions, était en outre insuffisant pour la Belgique.

Nouveau coup de pression le 25 janvier dernier, à la Conférence spatiale européenne de Bruxelles : le Premier ministre Alexander De Croo notifie explicitement l’ambition du gouvernement belge au nouveau directeur de l’ESA, l’Autrichien Josef Aschbacher. Vingt jours plus tard, au sommet spatial de Toulouse, la Belgique fait valoir son poids face aux prétentions des plus grands pays que sont la France, l’Allemagne et l’Italie.

En mai, à la session de travail du centre spatial de Rome (ESRIN) avec Josef Aschbacher, les arguments chiffrés du lobby belge sont fournis. La Belgique veut inverser la mécanique : « en plus de justifier notre demande, notre objectif a été de démontrer que si l’ESA ne nous accordait pas d’astronaute, c’est elle qui devrait le justifier », dit-on côté belge.

En juin, lors d’une visite à Bruxelles, le très médiatique astronaute français Thomas Pesquet assure qu’il soutiendra la demande belge.

À la mi-septembre, au sommet International de l’espace à Paris, la Belgique est notifiée informellement qu’il reste à minima un ou une candidate belge à la dernière étape du processus de sélection. Dès lors, « l’enjeu n’est plus tant la sélection que le jeu politique. Il s’agit d’une négociation politique où il faut montrer ses atouts et jouer des coudes avec les autres pays ».

Joseph Aschbacher est reçu le 10 novembre dernier en audience au Palais par le roi Philippe. Et ce vendredi 18 novembre, malgré une situation budgétaire compliquée, le conseil des ministres confirme le rehaussement du budget belge pour la politique spatiale de quelque 50 millions d’euros par an sur les cinq prochaines années, passant à 325 millions d’euros par an, dont 305 millions pour les seuls projets initiés par l’Agence spatiale européenne (ESA).

« Le contexte budgétaire est complexe, comme dans tous les pays européens, mais il était crucial d’arriver à la table européenne avec une ambition forte pour la Belgique. C’est important pour nos scientifiques, pour nos industriels mais aussi dans la perspective d’obtenir un astronaute », commentait alors M. Dermine.

Qui est Raphaël ?

Âgé de 34 ans, ce Namurois, formé à l’université de Liège et Paris, a multiplié les cursus en physique fondamentale et ingénierie biomédicale pour devenir docteur en neurosciences. Il est actuellement chercheur et enseignant aux universités de Lausanne et Genève, après avoir travaillé à Singapour et aux États-Unis.

Ce polyglotte (français, anglais, néerlandais, allemand et luxembourgeois), pilote de montgolfière, adepte de jogging, de natation, de poésie, de musique et d’arts circassiens, dispose aussi de compétences en médias, particulièrement prisées par l’ESA qui compte sur le charisme de ses astronautes pour renouveler le succès médiatique du français Thomas Pesquet. Il a notamment collaboré avec la chaîne Canal C pour co-produire des capsules vidéo mettant en scène son retour en vélo de Singapour à Namur, à la rencontre de nombreux poètes.

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