Une micromaison pour dormir derrière son vélo

Une micromaison pour dormir derrière son vélo

Grâce aux dons récoltés via un crowdfunding toujours en cours sur gofundme, Laurane Coornaert, une équipe de bénévoles ainsi que Dominic, un sans-abri fixe, ont pu louer des outils et des machines, ainsi qu'un espace d'atelier. Ce dernier a pris ses quartiers sur le site de See u à Bruxelles. Les anciennes casernes situées à Ixelles accueillent aujourd'hui une pépinière de projets divers : un cinéma, un espace de coworking, plusieurs ASBL… c'est dans cet endroit inspirant que nous avons rencontré Laurane et son équipe en train de monter le squelette de la toute petite maison qui sera tirée par un vélo. Ils l'ont baptisée la « barakabike ».

 

D'entrée de jeu, l'architecte insiste sur le fait que ce genre d'habitat léger ne doit pas être considéré comme une solution au sans-abrisme : « même si ce chouette projet est reproductible, les sdf méritent un vrai logement et les autorités doivent faire leur travail. Ici, nous l'avons imaginé à la demande de Dominic, un sdf d'une cinquantaine d'années qui veut rester itinérant tout en étant autonome et avec qui nous échangeons par mails depuis trois mois pour réaliser le projet. »

La jeune femme espère bien pouvoir reproduire ce type de construction mais plutôt pour le secteur du tourisme. Elle affirme à ce propos que les plans de la barakabike seront mis à disposition du grand public gratuitement.

Du 100 % circulaire

La récupération constitue presque 100 % des matériaux utilisés pour la barakabike. Le circulaire et, plus largement, l'aspect durable dans la construction, la jeune femme d'à peine 31 ans en a fait son quotidien en devenant indépendante : « j'ai quitté mon boulot classique d'architecte pour créer ‘degré 47', un projet d'accompagnement et de coaching d'auto-constructeurs qui décident de construire leur habitation de leurs propres mains. Je les conseille pour trouver des matériaux écologiques, le plus possible locaux, comme le chanvre dans l'isolation par exemple, récupérés parfois sur d'autres chantiers. Je les aide aussi pour la mise en œuvre. J'ai eu la chance de vivre une longue expérience solidaire au Portugal sur des chantiers participatifs et j'avais envie de trouver plus de sens dans mon travail ici en Belgique », détaille l'architecte.

 

La cheffe de projet liste les différents matériaux glanés çà et là pour monter la structure de la barakabike : des profils en métal récupérés d'anciennes cloisons, des chutes de panneaux de forex® (panneaux publicitaires épais) récupérés chez un imprimeur, des chambres à air données par les ateliers de vélo « cyclo » pour créer les joints des fenêtres et de la porte, des panneaux isolants constitués d'herbes et de toile de jute…

Moins de 60 kilos

Au niveau législation mais aussi pour que cela reste praticable, physiquement, pour Dominic, cet habitat léger ne doit pas dépasser les 60 kilos tout compris. « C'est un vrai challenge de créer une structure qui soit solide, étanche et isolée et en même temps très légère », admet Laurane, qui a aussi eu envie de rester dans des limites légales leur permettant de se faciliter la tâche. En effet, à partir de 80 kilos, il aurait fallu installer un système de freinage assisté. Au niveau installation par contre, pas de débat, puisque la barakabike n'a pas de système de chauffage. Elle ne nécessite donc aucune homologation spécifique.

« Expérimental et magique »

La jeune femme et les bénévoles ont la banane. Izabella, Caroline, Anna et Manon constituent le noyau dur de l'équipe tandis qu'elles sont rejointes quotidiennement par une à quatre autres bénévoles d'un jour. Ce sont en majorité des étudiants en architecture ou de jeunes diplômés entre 24 et 28 ans.

L'énergie de toutes ces ‘petites mains' et des nombreuses personnes qui les soutiennent est réellement magique, explique Laurane. Et cette aventure leur apportera beaucoup humainement mais pas seulement, ajoute-t-elle : « le gros avantage de ce genre d'initiatives expérimentales, c'est que nous apprenons beaucoup. Nous nous essayons à différents outils, nous apprenons à travailler en équipe et à faire confiance aux bénévoles. Chacun va repartir beaucoup plus riche qu'avant. »

Un état d'esprit qui constitue d'ailleurs un fil conducteur dans sa pratique professionnelle : « ma mission sur le long terme, c'est de partager une foule d'infos et qu'elles se propagent à la façon d'un cercle vertueux. Je rêve que les entrepreneurs que j'accompagne puissent s'inspirer les uns les autres, sans avoir forcément besoin de moi. »

La barakabike devrait être dans les mains de Dominic à la fin du mois.

 

Lucie Hage.