Shaka Ponk fête ses 15 ans : « Cet album marque un tournant »

Ph. DR

Shaka Ponk profite de ce moment de pause pour célébrer ses 15 années d’existence en grande pompe, avec la sortie du triple album « Apelogies ». Prévu pour être un tremplin vers une nouvelle tournée, cette sortie est devenue par la force des choses la célébration d’un premier chapitre, et la joyeuse entrée vers un second. Et c’est une somme qu’ils nous offrent ici. Près de 44 morceaux ! Les tubes en grande partie remaniés, des inédites, des reprises, etc. Frah n’a pas fait dans la demi-mesure, comme il nous l’a expliqué.  

Près de 15 années d’existence, c’est le bon moment pour sortir cet énorme best-of ?

Frah : « En fait, on avait voulu fêter les dix ans, mais finalement, on n’a pas eu le temps (rires). Cette idée de marquer un moment de l’histoire du groupe, c’était aussi parce qu’on vivait une sorte de cycle sans fin. On faisait des albums, puis des tournées, puis on refaisait des albums, etc. Nous, ce qu’on voulait, c’était juste de faire des concerts sans avoir le besoin de prendre six-huit mois pour refaire un disque. Au moment des dix ans, on s’est dit qu’on allait faire une fête pour marquer le coup et repartir en tournée direct. Mais cela a traîné jusqu’à maintenant. Là, on peut fêter un moment de notre histoire, mais surtout enregistrer les morceaux comme on voulait. En fait, on n’a jamais rendu un disque en ayant vraiment fini les morceaux. Et c’était même pire que ça. Parfois, en entendant des morceaux à la radio, je me disais ‘ah zut, on a oublié la basse pour celui-là’. Il y avait plein de petites conneries comme ça sur chaque morceau. Et je voulais qu’un jour, on les réenregistre. Donc l’idée a été de reprendre les morceaux et de les refaire comme on aurait voulu qu’ils soient à l’époque. »

« C’est la première fois qu’on rend un disque avec les morceaux finis »

Une relecture à 100 % ou juste quelques pistes ?

« Ça dépend. Certains ont été remaniés complètement, mais pour d’autres c’était juste les chants. On a refait aussi de la batterie. La plupart ont donc été reproduits, remixé, réenregistré de 10 à 80 %. Et c’était assez excitant pour nous parce qu’on se traînait une espèce de malédiction, un peu volontaire d’ailleurs. On faisait des trucs à l’arrache et c’était compliqué d’être dans les deadlines. À chaque fois qu’on rendait un disque, on se disait ‘putain, c’est pas fini’ (rires). C’était donc hyper frustrant, même si c’était moins le cas sur le dernier. Une fois, j’ai entendu un morceau à la radio et je me suis rendu compte qu’il y manquait deux pistes de percussions. Je me suis demandé ‘Mais c’est quoi cette version ?’, et en fait, c’était le truc qu’on avait refilé au label et on n’avait pas fait gaffe. Et je me suis rendu compte que ça avait été le cas sur plein de morceaux des albums précédents. »

C’est donc le premier travail fini que vous rendez ?

« C’est exactement ça ! (rires) C’est la première fois qu’on rend un disque avec les morceaux finis. »

C’est aussi une volonté de repartir d’une page blanche pour le futur ?

« Exactement. En fait, c’est quoi 15 ans ? Et même plus d’ailleurs, puisque le groupe est avant tout un collectif depuis début 2000. Mais le vrai Shaka Ponk a 15 ans. Et ce groupe est toujours ado. Mais c’est maintenant qu’on rentre à l’âge adulte. On va sans doute commencer à expérimenter des choses d’un autre monde, des choses qui ne nous correspondaient pas forcément avant. On passe donc à autre chose parce qu’on en a envie mais aussi par la force des choses avec ce qui nous arrive à tous en ce moment. On est aussi dans une remise en question générale de tout. Donc, ça marque un tournant. »

Et avec ce recul, quel regard portez-vous sur cette aventure Shaka Ponk ? Est-ce que vous y croyez au début ?

« Non, on n’avait qu’une seule ambition qui était totalement impossible à nos yeux, c’était de faire un concert à l’Élysée-Montmarte. C’est une salle de 1.500 places où on allait voir des groupes quand on était gamin, jusqu’à 25-26 ans. On n’avait aucune autre ambition que celle-là. Depuis, il s’est passé des trucs beaucoup plus importants. Mais avec un profil Shaka qui était rock-metal, et avec des paroles en anglais, on nous disait que ce serait peu probable que cela marche un jour. Donc, on est satisfaits de là où on est arrivés, parce que c’était quasiment impossible.

Mais franchement, on s’est un peu rendu compte de cette machine infernale qui ne s’arrêtait jamais. On travaillait énormément tout le temps, et cela n’a nous a pas permis de profiter du moment présent. On est forcé de s’arrêter et de se rendre compte, dans ce silence qu’offre ce moment de pause, que c’est quand même une drôle de sensation d’être dans le moment présent. Et c’est un truc que tu vis peu dans cette machine infernale de succès, de trucs qui s’enchaînent, qu’il faut rendre, qu’il faut faire… Toujours cette planification du futur. Et pendant ce temps, tu ne profites pas de la vie que tu as. Et c’est un constat qui s’applique même à des gens qui s’amusent, qui s’éclatent, qui ont du succès. Même quand tu as la chance de pouvoir y arriver, tu ne te rends pas compte du moment présent. La question était donc ‘Pendant 15 ans, est-ce qu’on a profité pleinement de toutes les chances que l’on a eues, de ces moments incroyables qu’on a vécus ?’ Et en fait, non. Même si ce sont toujours des très beaux souvenirs. C’est important de comprendre ça pour pouvoir repartir. »

« Le live, c’est ce qui nous fait vibrer »

Shaka Ponk sera donc différent après cette période étrange ?

« Mais tout le monde sera différent. C’est ça qui est fou. En bien ou en mal, d’ailleurs. Pour l’écologie, la philosophie, l’approche de la vie de la personne lambda, cela va être très différent. Et donc, pour nous aussi. »

Les premiers live ne seront sans doute pas les mêmes que vos derniers.

« Nous, on est très attachés au live. C’est ce qui nous fait vibrer, qui nous permet de donner de l’énergie, et même un exutoire hyperimportant pour certains d’entre nous. Mais on s’est vite rendu qu’il y aurait un problème. Quand cela a commencé, je devais me faire opérer des cervicales parce que j’étais complètement pété de la tête à cause des concerts, et je disais aux médecins qu’on prévoyait de repartir rapidement en tournée. Et ils me répondaient ‘Vous vous rendez pas compte monsieur, il n’y aura pas de concerts cet été, pas de festivals ! Rien ! Avec ce qui est en train de se passer’. En fait, il y avait un énorme décalage entre ce que les gens savaient, ce que le gouvernement disait et ce que les organisateurs avaient comme information. Les médecins me disaient qu’avec cette crise, on ne mettra pas 10-20-30.000 personnes dans un endroit avant qu’il y ait un vaccin. Et une fois qu’il sera validé et utilisé, il faudra encore 6 à 8 mois de confinement. Donc ils me disaient ‘Dans le meilleur des cas, Monsieur, votre prochain concert sera dans trois ans’. Personne n’y croyait autour de moi. Et effectivement, il n’y a pas eu de festivals, ni de concerts, et je pense que ce sera encore le cas l’été prochain. Et peut-être, avec un peu de chance, on pourra imaginer que ça reparte l’été d’après. Et là, je me suis dit qu’il y avait peut-être une très bonne raison à tout ça. Je me suis même dit qu’on avait presque du bol, après tout ce qu’on fait subir à la nature depuis des décennies, d’avoir juste ce problème-là. C’est un moment de prise de conscience que tu ne contrôles rien. »

D’un point de vue créatif, ce best of est donc une sorte de bouée de sauvetage ?

Shaka Ponk « Apelogies »

« D’abord, l’idée de ce best-of était de repartir en tournée. Tout s’est annulé, avec toutes les conséquences financières que cela implique puisque de l’argent avait été investi. Donc, cela met en péril le label, le groupe, et tous les gens qui travaillent avec nous. Mais le fait que tout se casse la gueule nous a fait voir ce best-of, non pas comme une continuité du train infernal de Shaka Ponk, mais comme un moment où il fallait accepter d’arrêter cette machine et regarder. C’est donc devenu une sorte de transition vers la suite de manière stoïque. »

 

Mais c’est plus qu’un best of, avec près de 44 morceaux en magasin.

« Oui. On a voulu imposer ça. Quand on a présenté l’idée, on nous a dit que c’était très simple. Il suffisait de prendre les 8-10 morceaux qui avaient le mieux marché, et voilà, c’est fait ! Mais nous, on ne voulait pas que les gens achètent ce qu’ils avaient déjà. Ç’aurait été une arnaque. C’est pourquoi on a voulu mettre des morceaux inédits et des titres qui ont été retravaillés. Et le label a été super cool, parce qu’un best-of, ça coûte que dalle à produire, tandis que là c’était un truc complètement dingue, et qui a été encore plus compliqué à faire qu’un album. Au moins, on célèbre un truc ! »