Elderbrook dévoile son premier album : « Cette période nous rappelle cruellement à quel point nous avons besoin des autres »

Ph. A. Balmford

Elderbrook n’est pas un petit nouveau de la scène électronique, mais il a décidé de prendre son temps avant de sortir son premier album. Pourtant, le succès fulgurant de « Cola » en 2017 laissait présager une ascension tout aussi éclatante. Ce n’est que trois ans plus tard, dans le contexte particulier de la pandémie, qu’il sort « Why Do We Shake In The Cold », qui aborde essentiellement les relations humaines.  

Cela fait quelques années que vous faites partie du paysage de la musique électronique. Pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant pour sortir « Why Do We Shake In The Cold » ?

Elderbrook : « Je voulais juste explorer tous les courants musicaux avant de créer ma propre musique. Je suis passé par tellement de genres par le passé, comme la deep house et la musique indépendante que je voulais donner de la spécificité à mon premier album en explorant un peu tout ce qui était possible, ça me semblait essentiel de synthétiser cette diversité. »

Connaissez-vous la raison pour laquelle on tremble lorsqu’il fait froid ? Qu’avez-vous voulu dire avec le titre de cet album ?

« ( Rires) Oui, je crois que c’est une réaction de notre corps lorsque les températures sont trop froides, afin de produire de la chaleur. Mais la vraie raison pour laquelle j’ai appelé l’album de la sorte, c’était pour montrer qu’on avait besoin des autres personnes autour de nous et surtout d’une bonne dose d’humanité, surtout en ce moment. Tout l’album repose sur le fait de rencontrer les autres et d’interagir avec les autres, c’est un petit peu le leitmotiv. »

Ironie du sort : cet album est essentiellement à propos des interactions humaines au moment-même où nous devons les limiter…

« C’est extrêmement ironique. De fait, le timing est bon mais nous n’y sommes pour rien. J’ai travaillé sur cet album depuis très longtemps, et je voulais d’ailleurs le sortir avant. C’est un bon moment car la période nous rappelle cruellement à quel point nous avons besoin des autres et c’est le sujet du disque. Nous avons fait tout ce que nous pouvions technologiquement pour nous connecter les uns aux autres quand ce n’est pas possible de le faire physiquement. C’est évidemment essentiel d’utiliser les réseaux sociaux pour rester en contact avec les autres, mais il n’y a rien de plus naturel et beau que les rencontres physiques. »

Est-ce qu’il existe une sorte de relation amour/haine entre vous et les réseaux sociaux ?

« Je pense que c’est le cas pour tout le monde. Cela peut parfois avoir un côté malsain, lorsque l’on se demande combien de likes ou d’abonnés on a par exemple, mais cela a aussi du bon : on peut se connecter avec n’importe qui dans le monde. Sans cela, on ne serait sans doute même pas en train de se parler à l’heure actuelle. C’est grâce à cela que j’ai démarré ma carrière dans la musique, au final. J’ai commencé en postant une de mes chansons sur Soundcloud alors que j’étais dans ma chambre à l’université. Des personnes se sont mises à m’écouter partout à travers le monde et cela m’a mené où j’en suis à l’heure actuelle donc je suis tout de même reconnaissant envers les réseaux sociaux. »

« My house » aborde le délicat sujet du matérialisme et du regard des autres sur ce que l’on possède…

« Cette chanson n’est évidemment pas à propos de ma maison, mais c’est à nouveau une image. Les gens veulent toujours plus que ce qu’ils ont. Parfois, on attend pendant des semaines ou des mois avant d’avoir quelque chose et, une fois que nous l’avons, on en veut la nouvelle version. Cette chanson sonne comme un rappel : prends un moment pour regarder ce que tu as et t’en réjouir parce que c’est, un jour dans ton passé, tout ce dont tu rêvais. »

Votre collaboration avec CamelPhat, « Cola », est devenue un hit planétaire qui a été nominé aux Grammy Awards. Est-ce que cela a été le tournant de votre jeune carrière ?

« Oui définitivement. L’ampleur que ce morceau a prise m’a complètement dépassé et je ne comprends toujours pas exactement ce qu’il s’est passé. Les réseaux sociaux ont joué un rôle immense dans le succès de ce hit. J’ai collaboré avec de nombreux artistes, mais je dois dire que ce titre, que j’ai réalisé avec CamelPhat, est mon préféré et d’ailleurs, il ne nous appartient plus réellement. Quand je vois la façon dont les gens réagissent à ce titre quand je suis sur scène, je comprends ce qu’il représente pour eux. »

Justement sur scène, vous dégagez une énergie solaire et votre public semble beaucoup apprécier cette positivité. Est-ce que c’est ancré dans votre personnalité ?

« Lorsque j’ai commencé à me produire sur scène, j’étais très timide. La seule façon de contourner cette timidité, c’était de faire n’importe quoi et d’être ridicule. C’était ma façon de m’ouvrir et c’était ma façon de vaincre mon stress et ma peur. Ce sont des danses bizarres, mais magnifiques à la fois car elles permettent à tout le monde de réaliser qu’il peut faire ce qu’il veut sans que ça soit gênant, tant que c’est fait avec cœur et envie. Au final, je suis devenu beaucoup plus confiant sur scène que dans la vraie vie, parce que je n’ai pas d’autre choix en concert. Plus rien ne compte, l’adrénaline agit et tu ne peux plus réfléchir ! »

Sébastien Paulus

 

En quelques lignes

« Why Do We Shake In The Cold », c’est la bonne pioche électro de cette fin d’année. La personnalité simple et chaleureuse d’Alexander Kotz se ressent dans sa musique, qui ne manque pas de générosité. L’attente de cet album se comprend mieux, tant la production de chacun des titres est léchée. Certains d’entre eux, comme « Numb » et « Something About You » tournent déjà en boucle sur nos ondes. Cet album, c’est peut-être la dose de chaleur dont on a besoin aux portes de l’hiver, en attendant de pouvoir danser dessus en live !

Elderbrook sera en concert le 4 mars 2021 à l’Ancienne Belgique.