Jean Teulé : «Quand un critique t’enc***, ne bouge pas, il pourrait jouir»

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S’il y a bien un auteur que l’on prend plaisir à chaque fois à rencontrer, c’est Jean Teulé. Alors quand on vous propose un lunch avec l’auteur pour la promotion de son livre « Comme une respiration », pas besoin de consulter son agenda. On trouvera toujours de la place! Compte rendu d’une heure de table sans langue de bois.

C’est un livre assez inattendu que vous nous proposez. À qui est destinée cette respiration? À vous? Au lecteur?

«Aux deux. D’un point de vue personnel, j’en avais un peu ras-le-bol de raconter des horreurs et des faits historiques. Je n’avais pas envie qu’on croie que je suis le mec qui fait toujours la même chose, qui a trouvé le filon. J’avais envie de me renouveler. Puis, j’ai été rattrapé par l’actualité. En ce moment, avec les attentats, l’actualité et les infos où tout finit mal, j’avais envie de raconter des histoires qui finissent bien.

 

Je ne voulais pas aller dans une surenchère de l’horreur. Je voulais tenter d’aller vers quelque chose qui ressemble à du bonheur. J’étais assez inquiet de la réaction de mon éditeur. Mais en fait, j’ai même eu l’impression qu’il n’attendait que ça. Il m’a dit que je faisais exactement ce qu’il fallait faire. Quand tu es déçu par l’humanité, tu dois aller voir les gens. Les gens, individuellement, sont souvent surprenants, remplis de ressources et d’inventivité.»

« Les gens, individuellement, sont souvent surprenants, remplis de ressources et d’inventivité »

N’aviez-vous pas peur que le lecteur vous attende justement dans ce que vous avez l’habitude d’écrire?

«Je m’en fichais. Je fais ce que je veux. Le premier avantage de ce métier, c’est d’être libre. Alors, je ne vais pas me coincer dans quelque chose. En plus, j’ai la chance d’avoir un appartement à Paris qui est payé, une maison en Bretagne qui est aussi payée, je n’ai pas de goût de luxe, et j’ai gagné pas mal d’argent sur mes derniers livres. Normalement, même si je ne gagnais plus rien, ce que j’ai doit pouvoir m’emmener jusqu’à la mort sans avoir de problème d’argent. Peu de gens peuvent se dire ça. Alors, je fais ce que je veux. Gamelle sera gamelle. Mais ce qui est positif, c’est que malgré le risque, ça a l’air de prendre. Avant de venir en Belgique, je regardais sur Amazon le classement des ventes en littérature française. Mon livre était deuxième, juste après le prix Goncourt. Avec un livre de nouvelles.»

Un recueil de nouvelles qui parle en plus de ‘bonheur’… Pas très vendeur, a priori. À part pour Philippe Delerm.

«Oui, je sais. J’avais envie de le tenter. Je sais que c’est difficile. Dans l’émission de Ruquier, où finalement ils n’ont pas du tout été méchants avec moi, j’ai entendu: ‘C’est un livre de ‘Oui-Oui, c’est cucul la praline.’ Sauf que, comme je leur ai répondu, c’est mon livre le plus gonflé. Quand on tente le positif, une douceur, quelque chose qui ressemble à de la gentillesse, voilà ce que l’on entend. Mais en réalité, le culot, ce n’est pas de raconter forcément des histoires de baise comme avec Héloïse et Abélard. Le culot, c’est tenter d’aller vers le bonheur, vers la paix.»

Les critiques à votre égard sont souvent positives. Il y a comme une sorte de bienveillance, vous ne trouvez pas?

«Je n’arrive pas très bien à comprendre pourquoi mais je trouve que j’ai été très épargné par la critique. Il y en a, et c’est parfaitement normal. Je leur en donne tous les droits. J’ai travaillé à Hara-Kiri, et quand j’y bossais, j’ai chopé sept procès, tous perdus: cinq pour diffamation, deux pour injures publiques. Ce n’est donc pas maintenant que je vais commencer à couiner et à pleurnicher si on dit du mal de mes livres. Il ne faut pas déconner! Ils ont tous les droits. Mais un jour, je sais que ça va me tomber dessus. Un jour ou l’autre, ils vont sortir les snipers. Et bien, qu’ils le fassent. J’ai une doctrine: ‘Quand un critique t’encule, ne bouge pas, il pourrait jouir’. Et bien, cette phrase, mon éditeur m’a conseillé de ne pas la dire chez Ruquier! Je la trouve pourtant formidable! (rires

9782260029212«Comme une respiration», de Jean Teulé, éditions Julliard, 160 pages, 17,50€

4/5