Les sorties ciné de ce mercredi 1er février 2017

Ph. Pathé Films

Voici la sélection Metro des sorties en salles cette semaine.

Jackie ****

Le 22 novembre 1963, John F. Kennedy est assassiné. L’Amérique se retrouve sans président, et Jackie sans mari. Pour elle, comme pour le pays, commence alors une période de flottement. Deuil, organisation, funérailles… C’est au milieu de ces jours fébriles que Pablo Larraín («Neruda») pose sa caméra. Tapi derrière les rideaux de la Maison-Blanche, il nous raconte, entre flash-backs nostalgiques et interviews soignées, l’histoire de cette femme blessée au cœur, mais qui reste digne. On est d’abord dans l’observation : difficile de pas voir le soin porté aux costumes, à l’image, aux tissus, des cheveux gominés de Billy Crudup au phrasé consciencieux de Natalie Portman.

Larraín est un orfèvre : chaque plan est soigneusement préparé, soigné, offert au spectateur. Ce souci du détail contribue à brouiller les pistes entre réalité et fiction. Alors on finit par être emporté par l’émotion, face à cette femme qui danse seule désormais, dans les couloirs de sa maison qui n’est plus sa maison. Saisissante de grâce, Natalie Portman livre une performance mémorable, dans un film qui concilie fond et forme avec une délicatesse rare. (em)

The Founder ***

Attention, ceci n’est pas un biopic sur McDonald’s. De la même manière que «The Social Network» n’était pas un film sur Facebook. «The Founder» ne vous dira pas si manger à MacDo c’est bien ou pas. Mais il raconte comment cette petite entreprise, lancée dans les années 50 par Maurice et Richard MacDonald, est devenue aujourd’hui une des marques les plus connues au monde. Et les deux frères n’ont pas grand-chose à voir là-dedans : c’est Ray Kroc, un businessman aux dents longues, qui flaire le potentiel énorme de leur système de fast-food à la chaîne.

Incarné avec brio par Michael Keaton, le film dresse un portrait nuancé et ambivalent de Kroc, homme passionné et vorace. Il nous montre comment, après avoir enchaîné les échecs, privés et professionnels, cet homme prêt à tout pour réussir fera de la marque aux arches dorées ce qu’elle est aujourd’hui. Kroc représente le capitalisme à son summum, le ‘self-made-man’ par excellence : l’Amérique dans ce qu’elle a de pire, de meilleur… et d’appétissant, en tout cas pour ceux qui aiment les burgers. Parce qu’en sortant de la salle, ils auront certainement envie d’un petit cheese. (em)

 

Moonlight ****

À quoi pensez-vous si je vous dis ‘Noirs américains défavorisés’? À des parents absents? À la drogue? Aux bandes urbaines? À la violence? Au machisme? Vous trouverez tout cela dans «Moonlight», et le film pourtant évite tous les clichés imaginables. Le réalisateur Barry Jenkins raconte l’histoire de son personnage principal en trois chapitres, en suivant Chiron à trois époques de sa vie: d’abord jeune gamin, puis adolescent timide et enfin adulte baraqué. Et la question que se pose Chiron, reste la même: qui suis-je et comment puis-je être moi-même dans ce monde si dur? Rien d’étonnant à ce qu’il cache son âme sensible et sa quête frustrante derrière un masque de silence.

«Moonlight» est une histoire profonde de passage à l’âge adulte, avec un personnage principal qui, depuis son plus jeune âge vit dans une prison sans barreaux. Le film a pour atout de n’être jamais pesant malgré sa thématique poignante. Pour cela, les acteurs sont crédibles, le scénario habile et les talents de narrateur de Jenkins subtils. Une petite perle d’intimisme. (rn)

Hidden Figures (Les figures de l’ombre) **

Génies ignorés, femmes de caractère qui doivent lutter contre le racisme et le sexisme entre autres, personnages historiques : s’il y a cette année UN film qui a ouvertement visé les nominations aux Oscars, c’est bien «Hidden Figures» («Les Figures de l’Ombre»). Et cela a marché. Ce drame très digeste raconte l’histoire de trois Afro-Américaines qui ont joué un rôle important dans le programme spatial américain au milieu de siècle dernier. Pour cela, elles ont dû travailler très dur, et le réalisateur Theodore Melfi («St. Vincent») montre quels obstacles elles ont dû surmonter pour être prises au sérieux.

Qui étaient vraiment ces femmes ? Nous ne le saurons jamais, mais ce n’est pas non plus le but de «Hidden Figures». Melfi en fait un noble biopic dans la plus pure tradition du genre, mettant en lumière les possibilités infinies de l’American way of life. Ou pour emprunter la formule colorée de Kevin Costner dans le film: «Ici à la NASA, tout le monde pisse de la même couleur». «Hidden Figures» mérite la sympathie, mais une nomination pour le Meilleur Film, c’est beaucoup trop d’honneur. (rn)

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