Les sorties cinéma de ce mercredi 25 janvier 2017

Ph. D. R.

Voici la sélection Metro des sorties en salles cette semaine.

La La Land

Rien d’aussi dangereux qu’un vent de hype : vous avez probablement entendu tellement de choses à propos de «La La Land», que vous vous dites que cela doit être un peu exagéré tout de même. Que nenni. «La La Land» est réellement un film extraordinaire ; un nouveau départ virevoltant pour les comédies musicales. Oui, on y chante et on y danse régulièrement -ce qui suffit en général pour nous crisper-, mais sans jamais nous donner l’impression que c’est forcé. Mieux encore: à la fin, nous avons quitté la salle en faisant des claquettes, et maintenant, ça fait des mois que nos voisins nous supplient d’arrêter ça!

Comment le réalisateur Damien Chazelle (« Whiplash ») est-il parvenu à nous mettre dans un tel état second? Tout d’abord, en atteignant la pure perfection au niveau de la forme: même quand les interprètes principaux -phénoménaux- Ryan Gosling et Emma Stone ne chantent pas, le film reste imprégné de musique et de rythme. Le montage, les dialogues, les mouvements de caméra en continu… Tout swingue.Mais plus important encore: Chazelle a vraiment quelque chose à raconter.

 

«La La Land» montre le clash entre le rêve et la réalité, et est ainsi à la fois délicieusement vieillot et tout à fait contemporain. Cela commence comme une love story romantique du temps jadis: un pianiste de jazz (Gosling) tombe éperdument amoureux d’une actrice débutante (Stone), et ensemble, ils s’envolent vers les étoiles en dansant. Mais très vite, la réalité de leurs vies d’artistes pleines d’incertitudes déteint sur leur relation: le showbiz n’est pas un «la la land» enchanteur, manifestement, mais une lutte permanente avec vos propres talents, ambitions et imperfections. Avec pour grand perdant: l’amour. «La La Land» -ou l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, la comédie musicale- est un film doux-amer éblouissant, qui vous réchauffe le cœur avant de le briser en mille morceaux. (lt)

Note: 5/5

Manchester by the Sea

C’est la tête dans les épaules, le dos courbé et le visage impassible que Lee Chandler (Casey Affleck) s’acquitte de ses tâches quotidiennes de concierge: déblayer la neige, remplacer des ampoules, déboucher des toilettes. Mais lui-même est irrémédiablement bloqué, prisonnier physiquement d’une douleur émotionnelle. Dans une longue série de flashbacks de temps meilleurs, aucune trace de ce type figé, las de la vie -c’est extraordinaire tout ce que le grand favoris aux Oscars Affleck parvient à faire passer avec son langage corporel. Que s’est-il passé entre-temps?

Le réalisateur Kenneth Lonergan tarde à montrer son jeu, et ne livre les secrets de Lee qu’avec parcimonie: une structure narrative peu innovante, qui ici cependant s’accorde parfaitement avec le personnage principal qui refoule ses sentiments de manière obsessionnelle. Car si jamais la digue devait se rompre, Lee se noierait c’est sûr. Ce qui risque encore d’arriver d’ailleurs, quand il doit retourner dans son village natal à la mort de son frère. Il est censé s’occuper de son neveu adolescent (la révélation Lucas Hedges). Mais en est-il bien capable, avec tout ce poids sur ses épaules?

«Manchester By The Sea» est un film aux multiples strates -la psychologie des personnages concerne non seulement Lee, mais sa famille et son ex (Michelle Williams) aussi. Une histoire poignante sur le pardon, l’acceptation et la responsabilité, qui fait déjà partie des plus émouvants de l’année. Mais jamais rien de déprimant ou de sentimental dans tout ça. Sans céder au positivisme mielleux, Lonergan fait en sorte que le chagrin reste supportable. Par sa mise en scène sobre, mais aussi par des touches d’humour inattendues et bien ciblées. L’attention portée aux petits détails contribue aussi à élever ce drame bien au-dessus de la moyenne: un brancard qui a du mal à entrer dans une ambulance, un GSM qui sonne à un enterrement… Cela donne à «Manchester by the Sea» une véracité rare, qui contribue à ce que le drame s’imprègne en vous. (lt)

Note : 4/5

Angle mort

Après vingt ans de service à la brigade des stups, Jan Verbeeck, le commissaire le plus célèbre d’Anvers, se lance en politique. Il rejoint le parti d’extrême droite VPV avec un programme ultra-sécuritaire à base de tolérance zéro et de xénophobie (mais attention, parlez de racisme à Verbeeck, et il vous montrera les origines maghrébines de son assistant Dries). Mais avant de rendre l’uniforme, Verbeeck a une dernière mission chez les Wallons. Et bien sûr, elle ne se passera pas comme prévu.

Après l’humour et l’humanisme des ‘Barons’ et de ‘La Marche’, Nabil Ben Yadir traverse la frontière linguistique pour ce film en Flamand, sombre et violent, porté par un antihéros aussi charismatique qu’antipathique (Peter Van Den Begin, le héros d’‘Everybody Happy’ et ‘King of the Belgians’). A la fois le portrait d’un homme et une plongée dans les bas-fonds, ‘Angle Mort’ tient en haleine jusqu’au bout. Dommage que l’aspect politique de la première partie s’estompe en cours de route, mais c’est sans doute parce qu’au-delà d’un brûlot sociétal ou d’un film à message, ‘Angle Mort’ aspire surtout à être un film de genre, ce qu’il réussit par ailleurs. Pourtant, pas besoin de regarder jusqu’à Washington pour trouver des Jan Verbeeck autour de soi. (em)

Note : 3/5

SHARE