Emma Stone et Damien Chazelle nous parlent de « La La Land »

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Ph. D. R.

Sept sur sept: c’est le nombre de prix décernés à ‘La La Land’ aux récents Golden Globes. Avec 14 nominations aux Oscars, l’élégante comédie musicale de Damien Chazelle devrait être le grand succès de l’année. Mais le chemin qu’il a fallu parcourir pour en arriver là, a été long. Metro a eu un entretien exclusif avec le réalisateur et son interprète principale Emma Stone.

Voici Damien Chazelle, le miracle man d’Hollywood: à peine 32 ans, et déjà trois Oscars à son actif. C’est à 29 ans qu’il les a décrochés avec ‘Whiplash’: un petit film de trois millions de dollars – trois fois rien, selon les normes américaines – sur la relation malsaine entre le talentueux batteur de jazz et son professeur psychopathe. Le fait que Chazelle puisse, quelques années plus tard, conquérir le monde avec une comédie musicale, personne n’aurait jamais osé l’imaginer à l’époque. Mieux encore: c’est un vrai miracle si ‘La La Land’ a pu se faire, en ces temps de sequels, remakes et reboots. “Aujourd’hui, il est plus difficile que jamais de trouver de quoi financer des projets originaux, alors imaginez les comédies musicales originales”, rit Chazelle. “Cela faisait déjà plus de six ans que j’essayais de vendre le scénario, mais personne ne voulait prendre le risque. Le succès de ‘Whiplash’ a heureusement changé la donne.”

Entre l’ancien et le nouveau

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‘La La Land’ est une histoire moderne dans un habillage vintage: la forme rappelle les comédies musicales de temps révolus, avec des scènes de danse et de chant grandioses, baignées de couleurs chaudes. Ce n’est pas un hasard, raconte Chazelle: “Durant la phase de préparation, je réunissais chaque semaine les acteurs et l’équipe technique pour regarder ensemble un vieux classique. ‘Singin’ in the Rain’, ‘Les Parapluies de Cherbourg’, ‘The Band Wagon’… Ces films sont très instructifs.” Pourtant, ‘La La Land’ n’est pas un simple hommage: “Cela n’a pas de sens de faire aujourd’hui encore une comédie musicale old school de ce genre, car vous ne pouvez de toute façon égaler l’original. C’est pourquoi je voulais trouver un équilibre entre l’ancien et le nouveau. Il fallait absolument aussi que ce soit un film sur aujourd’hui. Sur des émotions que tout le monde peut reconnaître – que vous aimiez les comédies musicales ou non. (rires)”

‘La La Land’ raconte l’histoire de Mia et Sebastian, une actrice et un musicien de jazz qui brûlent de désir l’un pour l’autre, mais aussi d’ambition. Cette combinaison amène des problèmes. “Le film parle d’une chose que je connais très bien personnellement, en tant qu’artiste: la difficulté de trouver un équilibre entre la création artistique – une activité très individuelle, en général – et entretenir une relation – une chose que, par définition, vous devez faire à deux.” La rançon de l’art donc, exactement ce que Chazelle explorait déjà dans ‘Whiplash’ aussi: “C’est vrai! Les deux films sont des revers de la même médaille. Mais ‘La La Land’ laisse tout de même un peu plus de place à l’espoir, je pense. (rires)”

Le truc avec les mains

Chanter, danser, jouer la comédie et continuer aussi à respirer entre-temps. Ce n’est pas évident de combiner tout ça comme a pu le constater l’actrice Emma Stone: “Vous connaissez ce truc où vous faites des cercles sur votre ventre d’une main et de l’autre vous vous tapotez le sommet de la tête? C’est cette impression que me donnait le film. (rires) J’étais terrifiée avant de commencer. Mais je trouvais aussi que c’était un défi extraordinaire. Et génial à faire! Lorsque vous ressentez une forte émotion, vous avez parfois une terrible envie de chanter tout à coup – eh bien, avec ce film, vous pouviez.”

Stone avait en outre déjà une expérience du chant dans la comédie: “Je suis fan de comédies musicales depuis toujours, et enfant, je jouais déjà dans des productions théâtrales pour la jeunesse.” Mieux encore, à neuf ans, Stone avait fondé son propre groupe: “Nous nous appelions ‘Da Girlz’, ça en jette, non? (rires) Mais pour être honnête: notre groupe n’existait que dans notre imagination… En cinquième année primaire, je jouais tout de même de la flûte dans l’orchestre de l’école, est-ce que ça compte aussi?” A propos de sa voix de chanteuse, Stone a des doutes: “J’ai un peu de mal à tenir le ton. J’ai donc dû beaucoup répéter pour ‘La La Land’.”

Ryan Gosling, Emma Stone le réalisateur Damien Chazelle – Ph. A. E. Rodriguez / Getty Images / AFP

Chazelle confirme: “Les acteurs ont travaillé très dur. Ryan Gosling ne savait pas jouer du piano, ce qui est quand-même un peu embêtant quand vous devez interpréter un pianiste de jazz. (rires) Il a donc suivi des cours intensifs pendant trois mois. Pour les numéros/scènes de danse, Emma et Ryan se sont énormément exercés avec un chorégraphe. Ils devaient vraiment les maîtriser à cent pour cent, car nous les filmions souvent en une seule longue prise. Dans ces cas-là, vous ne pouvez vous cacher. C’était un énorme défi, mais ils l’ont totalement embrassé.”

Gênant et humiliant

Être acteur: il faut être prêt à supporter certaines choses. Et c’est aussi justement ce que montre ce film. Le personnage de Stone, Mia, court les castings, pour généralement se voir jeter après deux phrases. Une grande star hollywoodienne comme elle, aurait-elle connu ça aussi à ses débuts? “Absolument. Je me souviens d’un tas d’auditions qui ne se sont pas bien passées, et même de quelques-unes qui étaient carrément humiliantes ou gênantes. Après, je me retrouvais parfois en train de pleurer dans un coin. Mais vous savez, même ça a ses avantages: cela vous rend résiliant. Vous apprenez à gérer les échecs. Et cela ne peut être qu’utile, car même si vous avez – comme moi – la chance d’avoir du travail comme acteur ou actrice, il y a toujours des hauts et des bas.” Mais Stone n’a pas trop de soucis à se faire à ce sujet en ce moment: ‘La La Land’ lui a déjà valu un Golden Globe, et les chances que s’y ajoute bientôt un Oscar, sont très réelles…

 

Lieven Trio