La Transpantaneira

La Transpantaneira

La Transpantaneira fait partie des routes légendaires de l'Amérique latine. Longue de presque 150 km, cette voie surélevée mène au cœur de la plus grande région humide du monde, le Pantanal. En roulant le long de la Transpantaneira, nous nous rendons vite compte pourquoi ce domaine attire les observateurs de vie animale du monde entier. Dès le premier kilomètre, nous sommes accueillis par une famille de capybaras (rongeurs ressemblant à des cochons d'Inde géants). Des caïmans (crocodiles) redoutables, mais paresseux font bientôt leur apparition sur la route pendant que des volées de jabirous (cigognes locales), faucons et aras survolent les pleines inondées s'étendant à perte de vue. Même si la saison sèche est déjà bien engagée (elle dure de mai à octobre), l'eau reste la caractéristique principale du Pantanal tout au long de l'année. Ainsi, pour arriver à notre destination, le Pantanal Jaguar Camp, il nous faut traverser pas moins de 120 ponts, un trajet qu'on effectue en quatre heures en ne nous privant pas de quelques dizaines de pauses photos bien justifiées.

Notre condisciple

Connaissez-vous cette école où les cours -que vous choisissez vous-même- commencent quand ça vous arrange, où vous ne devez pas affronter les voyous de la classe et où il n'est pas question de supporter les humeurs changeantes des profs? On vous parle de YouTube, un véritable temple universel du savoir qui nous enseigne depuis quelques années la photographie, le montage vidéo, l'art du tricot et bien d'autres compétences d'une extrême utilité. Si nous nous considérons des disciples assidus des cours dispensés en ligne, notre parcours semble modeste à côté de celui d'Ailton Lara, notre hôte et guide au Pantanal Jaguar Camp. À 18 ans, M. Lara commence sa vie professionnelle comme chauffeur de taxi. Il véhicule des voyageurs le long de la Transpantaneira tout en apprenant l'anglais et mettant de côté une somme qui lui permettra, quelques années plus tard, d'acheter un lot de terre. C'est là, au bout de la route coupant le Pantanal, qu'il va construire un camp où il accueillera et guidera des équipes de la BBC, National Geographic, Arte, Netflix et – source certaine de renommée internationale- deux voyageurs du Metro. Pourtant, le camp de M. Lara n'a pas ‘juste' été construit avec ses économies. C'est lui en personne qui a érigé ses bungalows, son restaurant et ses installations sanitaires (qu'il a lui-même revêtu de carrelage). C'est aussi avec ses propres mains qu'il y a construit l'installation électrique reliée à des panneaux solaires qu'il a lui-même posés. Ajoutons à son palmarès le système d'épuration d'eau utilisée dans les douches du camp. Lorsqu'on lui demande s'il est bâtisseur de formation, M. Lara prend une expression rieuse à laquelle il nous a déjà habitués avant d'expliquer: «Tout l'immobilier du camp, la remorque sur laquelle on emmène les touristes jusqu'au bateau, notre site web, nos brochures, le film de promotion sur notre site, je les ai faits grâce à YouTube. Le travail prend des longues années, mais grâce à internet le savoir-faire est toujours à porté de main<UN>». L'histoire de M. Lara prouve qu'avec de la persévérance et une bonne connexion internet on peut devenir autodidacte dans tous les domaines de la vie. Qui sait, la construction de notre future maison commencera peut-être aussi par un cours sur YouTube?

La rencontre du chat

Parmi les nombreux talents de M. Lara, celui que nous avons apprécié le plus est sa capacité de retrouver, dans une étendue infinie d'eau parsemée d'îles, les plus grands chats d'Amérique, les jaguars. Un chat reste un chat et il ne peut y avoir aucune garantie quant à son apparition au bord de l'eau au moment de passage des humains surexcités. Grâce à notre guide, notre dernière semaine au Brésil a pourtant été marquée par une rencontre privilégiée avec le grand chat. Le félin, puissant, calme et fier nous a honorés de sa présence pendant pas moins d'une heure avant de disparaître dans la végétation, visiblement lassé du piètre spectacle qu'on lui offrait.

Demain nous quitterons les plaines du Pantanal pour affronter l'hiver des montagnes boliviennes. À la semaine prochaine!