Ne courez pas chez le psy si vous êtes en burnout

Ne courez pas chez le psy si vous êtes en burnout
Ph. Pixabay

N’a-t-on pas déjà tout dit à propos du burn-out ?

« On a dit beaucoup de choses et pas toujours des choses vraies malheureusement. Je vois depuis quinze ans des patients en burn-out qui ne comprennent pas ce qui leur arrive et qui subissent encore un tas de préjugés dont celui qui dit que si vous êtes en burn-out, c’est que vous êtes faible ou que vous avez une défaillance psychologique et qu’il y a sûrement l’une ou l’autre thérapie à faire. En réalité, l’épuisement est un dérèglement nerveux et hormonal qui déstabilise avant tout physiquement votre organisme. Dans la majorité des cas, ce sont juste des personnes qui ont été trop loin sans écouter leurs limites et les symptômes avant-coureur de l’épuisement. Ce sont souvent, d’ailleurs, ce que j’appelle des bulldozers qui ont plutôt une grande endurance. La priorité quand on est en plein dedans, c’est l’organisme. Ensuite, une fois qu’il est reboosté, on peut, pourquoi pas, faire un travail sur le psychologique si l’on en a besoin. »

Vous dites qu’il est important de faire une prise de sang lorsque l’on se sent épuisé.

« La vraie première chose à faire est d’écouter ce que votre corps vous dit. Nous sommes tellement déconnectés de notre corps que l’on a perdu l’habitude d’écouter les signaux d’alerte qu’il nous envoie. Ensuite, effectivement, on va faire des analyses via son médecin traitant pour voir notamment l’état des surrénales. Si elles sont à plat, on peut considérer que nous le sommes également. Cela permet également de déceler d’éventuelles carences en vitamines et minéraux et de définir des compléments alimentaires adéquats. L’alimentation joue également un rôle important. Elle est notamment importante pour la bonne santé des neurotransmetteurs. »

Quels sont les symptômes qui doivent nous alerter ?

« Le burn-out n’arrive pas tout à coup. C’est un processus lent. Il est intéressant d’avoir en tête les différentes étapes qui mènent au burn-out pour pouvoir lever le pied à temps. Dans un premier temps, quand l’anxiété devient chronique, la réactivité nerveuse s’emballe et on peut avoir des palpitations, des vertiges… Le corps va alors réagir, s’adapter au stress, en se surboostant. Vous entrez en mode robot, vous tenez le coup vaille que vaille, vous arrivez encore à donner le change à votre entourage. En général, à ce moment-là, le sommeil est perturbé, on a du mal à se mettre sur pause, à se poser dans son canapé. Petit à petit, notre béquille nerveuse s’épuise jusqu’au stade suivant où l’on devient une loque, on perd la mémoire, la concentration, on ne sait plus masquer nos troubles à nos proches, à nos collègues. Enfin, on arrive au burnout où notre corps lâche complètement. Il y a également le burn-out total qui demande à être hospitalisé. C’est rare heureusement. »

Selon vous, étonnement, se reposer n’est pas la solution miracle.

« C’est à nouveau une idée reçue. Les gens en burn-out souffrent de l’injonction à se reposer. D’abord parce qu’aux yeux de la société, s’ils sont en congé maladie on attend d’eux qu’ils se reposent et on critique le fait qu’ils continuent à avoir des activités. Ensuite, je reçois énormément de patients à qui on a dit de se reposer mais qui tournent comme des lions en cage. Quand on est en crise d’épuisement, il est courant de ne pas tenir en place justement. Alors on se repose, oui, mais au rythme que l’on choisit. En plus, on leur dit souvent de prendre des médicaments de type anxiolytique ou antidépresseur ce qui, selon moi, est un pansement sur une jambe de bois. La majorité n’est absolument pas dépressive, ils sont épuisés, c’est très différent. »

Mais alors, que fait-on lorsque l’on est épuisé ou en burn-out ?

« Mon livre est un guide pratique. Une fois bien expliqué le mécanisme physiologique qui conduit à l’emballement de notre corps, je donne des conseils pratiques pour une prise en charge globale et intégrative. J’ai invité une dizaine de spécialistes qui travaillent sur la cohérence cardiaque, la micronutrition, les compléments alimentaires, les thérapies corporelles (sophrologie, kiné, yoga, shiatsu…). Mais, j’insiste, on évite de faire une thérapie à ce moment-là. Quand vous avez une grippe, vous la soignez d’abord avant de vous poser mille questions sur le comment et le pourquoi vous l’avez attrapée. »

Vous mettez à mal une autre idée reçue, celle que le burn-out est forcément lié à l’activité professionnelle.

« Cela se manifeste souvent en premier lieu au niveau de l’activité professionnelle car quand on est épuisé et que cela agit négativement sur nos performances, c’est souvent au travail que c’est le plus visible. Mais c’est une surchauffe du mécanisme d’adaptation de notre organisme, peu importe les stimulations : un déménagement, un divorce, un décès… Ou même du positif : une grande et belle histoire d’amour ou un succès fulgurant. L’épuisement est multifactoriel, c’est une accumulation de sollicitations. La crise liée à la Covid-19, par exemple, a un impact non négligeable sur notre système nerveux. Je vois énormément de personnes qui avaient un terrain de dérèglements et qui ont explosé durant la covid. Et j’observe surtout une forte augmentation du burn-out chez les enfants et les adolescents. Si vous êtes parents, soyez vigilants aux signaux d’alerte qui sont similaires à ceux des adultes : explosent pour un rien, ont du mal à se poser, à s’endormir… »

Si on a fait un burn-out, a-t-on plus de risques d’en refaire ?

« Non, au contraire. C’est à nouveau une idée reçue. Normalement, on aura appris à écouter les symptômes, ce qui nous empêchera de retomber, en tout cas aussi loin. On ne sort pas indemne d’un burn-out, on a évolué et c’est tant mieux ! »