Et si nous prenions une petite dose de silence ?

Et si nous prenions une petite dose de silence ?

« La parole est d'argent mais le silence est d'or ». Cette expression, probablement une des plus connues au monde, pourrait difficilement être plus juste. De nombreux chercheurs, qui ont étudié le bruit, mais aussi le silence donc, l'ont prouvé. Parmi ceux-ci, Imke Kirste, une chercheuse américaine qui a étudié l'effet de la musique, du bruit, et du silence sur le cerveau des souris. Au point de revoir totalement son rapport personnel au bruit. « Quand j'utilise ma voiture, je n'allume presque plus la radio. Si je choisis de mettre de la musique, c'est une action volontaire », explique-t-elle. Et pour cause, la chercheuse a récemment découvert que le silence est associé au développement de nouvelles cellules dans la région du cerveau associée à l'apprentissage et à la mémoire.

Le silence, « un luxe »

Luciano Bernardi, un chercheur italien qui s'est intéressé aux effets du silence et de la musique, a pointé un autre bienfait du silence. D'après ses recherches, deux minutes de silence entre des morceaux de musique stabilisent les systèmes cardiovasculaires et respiratoires, même si la musique utilisée est catégorisée comme « relaxante ». Ce dernier estime d'ailleurs que la place accordée au silence dans nos vies n'est plus assez grande. « Il y a quelques siècles, la société c'était beaucoup de silence et quelques moments plus bruyants. Maintenant, c'est l'inverse. Au point que le silence est presque devenu un luxe », affirme-t-il. Et ce n'est que le début. Cela a été prouvé par plusieurs études, le silence impacte positivement la créativité, la concentration, et nous permet par exemple de nous projeter plus facilement dans le futur. Il favorise également les sentiments de bien-être et d'apaisement.

Quand on voit tous ces bienfaits, il n'est pas étonnant que de plus en plus de personnes partent à la recherche du silence. Les casques antibruit ont ainsi de plus en plus de succès au travail, notamment dans les open-spaces. Le yoga et la méditation, qui font tous les deux la part belle au silence et donc à la déconnexion, sont également très en vogue actuellement. Et, sans surprise, les bienfaits prouvés de ces deux pratiques rejoignent ceux du silence.

Les méfaits du bruit

A l'inverse du silence, le bruit est une nuisance connue pour ses nombreuses conséquences négatives sur la santé. Il causerait d'ailleurs par année environ 12.000 décès prématurés en Europe et, rien que pour la partie occidentale européenne de l'OMS, il entraînerait « la perte de plus de 1 million d'années de vie en bonne santé ». Parmi ses méfaits reconnus, notons dans le désordre des troubles du sommeil, une augmentation du stress, ou encore la baisse de performances cognitives. Des chercheurs ont également démontré que vivre dans une zone bruyante augmentait le risque d'AVC de 30%. En comparaison, ils avaient trouvé que les sujets qui vivaient près d'un parc réduisaient leur risque d'AVC grave de 25%. C'est sans parler des risques de surdité liés à une surexposition au bruit, et ce dès le plus jeune âge. Une étude a en effet montré que les bruits riches en basses fréquences représentent un danger pour le fœtus et donc pour l'audition des enfants à naître.

Le silence et le sommeil

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, notre corps ne s'habitue jamais vraiment au bruit. Même s'il est régulier et que l'on dort, l'information est toujours transmise à notre cerveau. « On dit souvent que les oreilles n'ont pas de paupières : elles sont toujours actives, elles analysent en permanence le moindre bruit. C'est notre organe d'alerte depuis la nuit des temps », expliquait d'ailleurs en septembre dernier Marie Poupé, experte sur les questions de bruit à Bruxelles Environnement, au micro de la RTBF. Le silence est donc une condition sine qua non pour profiter d'un sommeil de qualité. Mais il ne doit pas seulement être recherché juste avant le sommeil ! Il a en effet été prouvé que des moments de silence tout au long de la journée améliorent qualitativement notre sommeil.

Se taire pour se faire entendre

Paradoxalement, le silence est aussi un excellent moyen de se faire entendre. Et cela, les sportifs qui soutiennent le mouvement « Black Lives Matter » l'ont bien compris. Lorsqu'ils ploient un genou à terre, que ce soit avant un match de basketball, de football, ou une course d'automobile, c'est souvent dans un silence de cathédrale. Dans le même esprit, les hommages les plus impressionnants, encore plus lorsqu'une foule immense est présente, ne sont-ils pas les minutes de silence ? Souvenez-vous de ce silence assourdissant qui a traversé le pays le 23 mars 2016 à midi, au lendemain des attentats de Bruxelles. Les 25 et 26 septembre derniers, plus récemment donc, c'est également par le silence que plusieurs experts et virologues flamands, dont le très médiatique Marc Van Ranst, ont voulu alerter sur le danger de la deuxième vague qui se profilait chez nous. « Nous voulons envoyer un signal clair aux responsables politiques », affirmaient les experts à l'époque.

AFP / K. Tribouillard