Roméo Elvis se confie à Metro : «Je kiffe décevoir les gens, ça veut dire que ça change»

Roméo Elvis se confie à Metro : «Je kiffe décevoir les gens, ça veut dire que ça change»

Trois ans, une tournée, une crise sanitaire et un mariage après « Chocolat », Roméo Elvis est de retour avec TPA, qui signifie « Tout Peut Arriver ». Le Bruxellois a pris le temps de soigner ce deuxième album en solo, s’essayant même à la production sur certains morceaux. Le résultat, ce sont 14 titres qui sont disponibles depuis vendredi dernier.

On a le sentiment que vous vous êtes assagi depuis la sortie de « Chocolat ». Est-ce lié à la crise sanitaire ? À votre mariage ?

Roméo Elvis : « C’est un mélange de toutes les choses qui se sont passées durant les trois années qui ont suivi ‘Chocolat’. Le mariage a été incroyable et avoir rencontré ma femme est la chance de ma vie. Le confinement m’a permis de ralentir et de me rendre compte de la chance qu’on avait de faire ce métier-là. J’ai réalisé que je devais savourer et que pour cela, il faut manger doucement. J’ai donc décidé de manger très lentement et je suis beaucoup plus à tête reposée. »

Votre album s’intitule TPA pour « Tout Peut Arriver ». Il s’agit d’une nouvelle philosophie de vie ?

« Depuis longtemps, avec mon entourage, on oppose les termes TPA (Tout Peut Arriver) et RNG (Rien N’est Grave). TPA est un état d’esprit où on essaie toujours de prévoir les choses et on profite moins du moment. Mais le côté positif est qu’on peut toujours compter sur les TPA et ils savent où ils vont. RNG, c’est plutôt le côté « carpe diem » mais le revers de la médaille, c’est qu’il y a un côté gauche et dénué de sens. Personnellement, je me place plutôt du côté TPA, aussi de par mon côté curieux et expérimentateur. »

Ressentez-vous toujours une peur de décevoir votre public avec ce deuxième album en solo ?

« Cet album va décevoir certains car il prend une autre direction que ‘Chocolat’. Mais je kiffe décevoir les gens, parce que ça veut dire que ça change et évolue. Je vais pouvoir toucher d’autres personnes et me renouveler. J’aime toujours proposer de nouvelles choses. Pour l’instant, c’est en musique, mais qui sait demain, ce sera peut-être en photographie, ou en commentateur de foot ! »

Est-ce difficile de gérer son image en tant que rappeur ? Les questions de légitimité ne sont-elles pas encore omniprésentes dans ce genre musical ?

« Quand je suis arrivé dans le rap, Orelsan, Nefkeu et James Deano étaient passés par là, sans parler des États-Unis. La question de la crédibilité des individus s’était déjà complètement éparpillée et n’avait plus de sens. Certains écoutent du rap mais détestent Bigflo & Oli, pourtant ce sont des rappeurs ! Avant, tout ça m’ennuyait mais j’ai décidé de m’en taper. Je ne sais pas si le rap m’aime autant que je l’aime, mais le plus important, c’est que les gens sentent que j’aime le rap. »

Ressentez-vous que le fait d’être Belge joue à ce niveau-là ?

« Oui. On a cette chance de ne pas être issus d’un pays à l’histoire très chargée, contrairement aux Français ou aux Anglais. On est obligés de ramener tout au fait qu’on ne se prend pas au sérieux et ça fait notre individualité. C’est aussi ça qui a fait le charme de Stromae, et on doit le chérir. »

Vous êtes derrière certains des titres de l’album de A à Z. Qu’avez-vous tiré de cette expérience ?

« J’ai adoré cette expérience qui a été rendue possible grâce au confinement. Ça m’a permis d’aborder l’écriture plus facilement. Et maintenant, je ressens que je suis d’autant plus sensible quand les gens apprécient un morceau dont je me suis chargé, parce que ça devient mon enfant d’une certaine manière. »

Vous vous transformez quasi littéralement lorsque vous montez sur scène. Où est-ce que vous puisez cette énergie ?

« Je n’ai pas envie de décevoir quand je suis sur scène et je ressens beaucoup de puissance en moi. Je prends un peu ma revanche sur ma jeunesse, durant laquelle j’étais un gland. À côté de ça, je sais que les personnes ont fait le déplacement pour me voir et que c’est devenu un geste fort, encore plus aujourd’hui après la crise sanitaire. Donc, j’exprime une grande gratitude à mon public. »

Roméo Elvis sera en concert le 7 juin au Botanique et le 14 juillet à Dour.

En quelques lignes

Avec TPA, Roméo Elvis n’hésite pas, de façon très ouverte, à faire part de ce qu’il a sur le cœur, abordant notamment toutes les questions qu’il se pose. Le Bruxellois n’en perd pas pour autant son humour et oscille entre légèreté, égo-trip et introspection. Ce qui s’est passé depuis trois ans dans la vie du rappeur a eu un impact sur sa musique, et c’est plutôt une bonne chose. Reste à savoir comment Roméo va l’amener sur scène, même si on lui fait confiance à ce niveau-là. 4/5

Ph. O. Andriese