Pomme ne peut plus «se permettre autant de spontanéité»

Pomme ne peut plus «se permettre autant de spontanéité»
AFP

« Consolations », c’est votre troisième album, mais avant ça, vous vous êtes présentée au monde avec « A peu près ». Pourquoi cet album vous laisse-t-il un goût amer ?

Pomme : « Avec le recul, je suis assez apaisée par rapport à cet album. Je me suis rendu compte qu’il m’a permis de savoir que je ne voulais pas faire des compromis à tout prix. À l’époque, j’avais des idées artistiques très précises et je n’avais pas eu la liberté de suivre mon instinct et écrire mes propres chansons. Même au niveau du visuel, on m’a imposé certaines choses alors que cela ne me plaisait pas. Quand après, il n’a pas fonctionné, je n’ai pas compris mais je me suis dit que je ne suivrais plus ce que l’on me dit de faire. »

Suite à cela, vous avez sorti « Les failles » durant la crise sanitaire. Regrettez-vous que sa sortie ait été chamboulée par cette période hors du temps ?

« Plus maintenant. Les mois qui ont suivi, cela a été dur pour le moral de voir l’impact que la crise sanitaire a eu sur la tournée, puisque les concerts n’arrêtaient pas d’être reportés. Je suis passée par une phase de deuil durant laquelle j’ai beaucoup écrit, ce qui m’a mené à ce troisième album. Mais le fait d’écrire sans perspectives de jouer les morceaux sur scène a été difficile. »

Comment ce deuil a-t-il été fait ?

« J’ai fini par croiser des gens durant mes concerts qui m’ont expliqué qu’ils avaient beaucoup écouté ‘Les failles’ durant les confinements. Donc je pense qu’il a eu une vie différente, mais pas inutile pour autant. Cela m’a aussi permis d’avoir un moment d’accalmie dans ma vie et j’en avais grandement besoin. »

Désormais, vous êtes non seulement artiste, mais aussi productrice. Quels changements avez-vous opéré ?

« Dans l’écriture, il n’y a pas grand-chose qui a changé même si en étant productrice, j’investis moi-même de l’argent dans mon disque et il y a donc des enjeux financiers. Il faut donc s’occuper d’un tas de choses logistiques et administratives. Ça a été intéressant, mais beaucoup plus fatigant aussi. C’était difficile de passer de la casquette d’artiste à productrice, mais j’ai fini par me détendre et tout s’est bien passé, j’ai eu plus de liberté artistique. »

Si l’on vulgarise avec les titres de vos albums, après des débuts « à peu près », vous avez ressenti le besoin d’exposer vos « failles », afin d’obtenir des « consolations ». Votre musique est-elle le miroir de ce que vous ressentez ?

« Par essence, l’écriture a toujours été thérapeutique. Je suis quelqu’un d’assez légère et joyeuse, grâce au fait que je suis capable de transformer toutes les émotions négatives que je ressens en chansons, c’est en tout cas ce qui m’inspire le plus. Mais dans ‘Consolations’, je n’écris pas seulement à propos de moi, mais aussi à propos de femmes qui m’inspirent énormément. »

Vous vous adressez à des femmes disparues que vous admirez comme Nelly Arcan, Virginia Woolf et Barbara. Quel est le point commun entre elles et vous ?

« Je me retrouve dans ces personnes-là mais je ne sais pas réellement si nous avons des points communs car je ne les connais pas. Je pense que ce sont des femmes qui ont un chemin unique et qui avaient un message fort à faire passer, à la fois intime et universel. Dans le discours, ça me touche de voir que l’on aborde les mêmes choses alors que l’on se trouve à des époques et dans des pays différents. »

Au BSF 2019, vous aviez joué un concert au Mont des Arts durant lequel vous aviez très simplement et naturellement invité des amis sur scène, dans un moment assez candide. Ressentez-vous toujours que vous pourriez refaire ce genre de chose ?

« Le succès que m’a apporté ‘Les failles’ a modifié les choses dans ma vision de moi en tant qu’artiste. À l’époque, cette invitation était très spontanée et maintenant que j’ai moins de temps, je ne peux plus me permettre autant de spontanéité. Mais cela reste en moi et ça pourrait être le genre de choses que je ferais à nouveau. »

Pomme sera en concert le 8 mars au Cirque royal et le 14 novembre à Forest national.