Fishbach sort un nouveau disque: «Si je voulais être riche, je ferais du R&B avec de l’auto-tune»

Propulsée sur les devants de la scène en 2017, Fishbach s’était ensuite lancée dans une tournée dantesque, avant de quitter Paris pour aller vivre dans les Ardennes, près de la frontière belge. De retour à une vie moins bruyante, elle revient avec un disque toujours aussi irrésistiblement rétro et haut en couleurs.

par
Sébastien Paulus
Temps de lecture 4 min.

En février 2017, vous sortez un premier album, «A ta merci», qui vous vaut d’être nommée aux Victoires de la musique 2018. Comment avez-vous vécu cette éclosion?

Fishbach: «Je l’ai assez mal vécu, j’ai trouvé ça assez déroutant. Le fait de recevoir autant d’attention alors que je suis quelqu’un de très solitaire, ça m’a perturbée. C’est une fois que j’ai pris un peu de recul que j’ai réalisé à quel point c’était beau et à quel point j’avais de la chance.»

En faisant de la chanson votre gagne-pain, avez-vous changé certaines choses dans votre façon de créer de la musique?

«Pas du tout, je ne suis pas très intelligente en matière de marketing. Je ne réfléchis pas en fonction de ce qui va marcher ou non. Si j’ai envie de mettre un gros solo de guitare électrique, alors que ce n’est plus à la mode, ça ne va pas m’empêcher de le faire. Si je voulais être riche, je ferais du R&B avec de l’auto-tune.»

Après la sortie de cet album, vous vous êtes lancée dans une tournée d’une centaine de dates. Dans quel état êtes-vous sortie de cette aventure?

«Épuisée, parce que c’est éreintant. La tournée, c’est 22 heures de galères pour deux heures de bonheur chaque jour. La rencontre avec le public est géniale parce qu’ils donnent beaucoup d’amour et c’est touchant de voir que mes musiques font partie de leurs vies. Heureusement qu’ils sont là, parce que sinon rien n’aurait de sens.»

Quitter Paris pour retourner à la campagne après sept ans, l’avez-vous fait parce que le rythme de la ville devenait trop effréné pour vous?

«Ce n’était pas une question de rythme, mais plutôt de bruit. Je suis très sensible des oreilles et j’avais vraiment besoin de silence pour laisser les mélodies venir à moi. À côté de cela, je trouvais ça merveilleux de revenir à une solitude choisie. En ville, on est d’une certaine manière seul parce qu’on est anonyme, ce qui n’est pas du tout le cas en dehors de Paris. Maintenant je profite d’autant plus des bons côtés de la ville lorsque je m’y rends.»

L’hyperpop, c’est un micro-genre musical qui est caractérisé par le refus de se retrouver dans d’autres cases, en mélangeant les codes de la pop et des inspirations plus avant-gardistes. Vous retrouvez-vous là-dedans?

«Je trouve la scène de l’hyperpop vraiment fascinante. Mais c’est souvent des kids qui recyclent les pires styles de ces 30 dernières années, comme la dub-step ou la tektonik. Moi je pense que chaque morceau a un style propre, donc j’assimilerais plutôt mon univers musical à celui de la pop morte. Et j’avoue que je déteste l’auto-tune, ça m’énerve et j’en ai marre.»

Personne dans votre entourage n’en utilise?

«(rires) Si j’en ai plein et ils savent très bien que j’ai horreur de ça. Je leur dis que c’est con parce qu’ils ont une super voix et qu’ils se lissent en faisant cela. Ça gomme ta singularité. Mais bon, tout le monde fait ce qu’il a envie et en finalité, on en rigole beaucoup!»

Dans les paroles, on sent que l’univers du rêve et l’abstrait sont particulièrement présents. Vous trouvez ça chiant d’écrire sur le réel?

«C’est vrai que je ne suis pas dans la musique concrète. Je ne trouve pas cela chiant parce que j’adore l’écouter chez les autres et me reconnaître dedans, mais ce n’est pas ma façon d’écrire, peut-être par pudeur. Ça permet d’avoir une double lecture et de me reconnaître dans mes morceaux dans dix ans, et que le public puisse projeter son histoire dans mes paroles. Peut-être que je n’ose pas en dire trop sur moi.»

Vous repartez bientôt pour une tournée qui va t’emmener aux quatre coins de la francophonie. Vous sentez-vous prête?

«Pas du tout! J’ai peur et en même temps je suis excitée parce que c’est une nouvelle façon d’être créatif après le disque.»

Fishbach sera en concert le 29 avril à Bruxelles dans le cadre des Nuits Botanique.

Review

Fishbach continue de se révéler au travers de son deuxième album «Avec les yeux». La proposition originale de la chanteuse détonne avec les courants mainstream, mais ne l’empêche pas de trouver toute sa légitimité aux côtés de Clara Luciani ou Juliette Armanet. La Française propose une alternance de balades nostalgiques et de morceaux, nous emmenant dans son univers onirique fascinant. 4/5