Du mic de Starflam à la télé digitale

Du mic de Starflam à la télé digitale
Ph. D. R.

Pour quelles raisons avez-vous écrit ce livre ?

« Je voulais faire un bilan de ma moitié de vie et faire passer des messages. Entre autres, le fait que mon père voyait le rap d’un mauvais œil quand je me suis lancé et que, finalement, j’ai quand même réussi à en faire mon métier. Quand on a la passion, on peut tout réussir si on s’en donne les moyens. J’aime bien aussi l’idée de l’évolution dans ma carrière. Aujourd’hui, je suis manager d’une équipe de 25 personnes pour une chaîne digitale. Je pense à tous ces gens qui croient que le milieu professionnel dans lequel ils évoluent leur donne peu de perspectives. Ne vous inquiétez pas, vous pouvez utiliser votre expérience et la valoriser ailleurs. La vie est pleine de surprises, il ne faut pas avoir peur d’ouvrir les portes qui se présentent devant vous. »

Un ancien rappeur, ça fonctionne comme manager d’une chaîne digitale ?

« Oui parce qu’il y avait tout à faire chez Tarmac et la vision globale d’un projet, je l’avais déjà vécue avec Starflam. On devait tout inventer et avoir une vision à 360°. Dans les années 1990 et 2000, il n’y avait pas de mode d’emploi, pas de manager, pas d’aide pour s’occuper de la presse. On a créé notre propre business model, de la production à la communication en passant par les tournées, les financements… Alors, quand on m’a proposé d’orchestrer Tarmac, je n’ai pas eu peur de partir de rien. »

Est-ce que cela aurait changé la donne si Starflam avait pu utiliser les réseaux sociaux ?

« Je pense qu’on aurait pu être encore plus connus, c’est certain. On a vécu une vraie révolution, nous. En 2000, le marché du CD s’effondrait, les gens sautaient sur Napster et le MP3 et les maisons de disques restaient sur leur position du CD à 15 euros et ne se réinventaient pas. J’ai vu de mes yeux des maisons de disques passer de quarante employés à quatre. Pendant dix ans, ça a été l’hécatombe. Il en fallait de la passion pour continuer ! »

Un passage de votre livre illustre bien votre passion quand vous parlez des travaux manuels dans la cave d’un ‘ingé son’

« J’avais 18 ans environ quand on a eu la possibilité de faire le premier disque. On n’avait pas assez d’argent pour payer l’ingénieur du son. Alors, on l’a payé en faisant des petits travaux chez lui. On a effectivement creusé dans sa cave, on a repeint des palissades… Finalement, ça a été très formateur pour prendre conscience du coût d’une heure de studio d’enregistrement. C’était tellement cher qu’il fallait que tout soit préparé au poil à l’avance sinon on perdait du temps et donc de l’argent. Aujourd’hui, c’est très différent parce que n’importe qui peut s’équiper chez lui pour refaire mille fois ses morceaux s’il le veut. En tout cas, je ne vous raconte pas le sentiment de kif total quand on a enfin eu ce premier CD dans les mains, quand on l’a fait tourner sur la chaîne hi-fi familiale ou quand on l’a vu dans les rayons de la Fnac ! »

Avant ce premier opus, votre groupe s’appelait Malfrats linguistiques. Vous avez bien fait de changer, non ?

« On a décidé de changer de nom quand on a accueilli des nouveaux membres dans le groupe. Quand on avait choisi ‘Malfrats’ on n’avait pas remarqué que son anagramme était ‘Starflam’. On avait un ami qui, pour nous faire de la visibilité, graffait pour nous dans les rues. Et pour ne pas nous faire capter, il écrivait Malfrats à l’envers. Au final, c’est clair que Starflam, ça claque bien plus ! »

Regrettez-vous que Starflam se soit délité après trois albums ?

« Dans tous les groupes, quand le succès est là, les egos entrent en scène et les tensions avec. Et puis, certains voulaient partir en solo, c’était compréhensible. Il valait mieux que cela s’arrête. Je regrette juste que le dernier disque ait été créé dans de mauvaises conditions où il n’y avait plus vraiment de bienveillance. On l’a appelé ‘Donne-moi de l’amour’, c’est un comble. Par contre, la scène me manque, c’est le seul moment où on ne triche pas, on communique avec le public, chaque concert est différent, c’est magique. »

Tu écris encore des paroles ?

« Bien sûr. Je prépare d’ailleurs un album solo à la rentrée ! Je suis à l’étape des maquettes et ça avance bien. J’espère pouvoir faire de la scène. Il y a aussi une autre actu qui ravira les fans de Starflam : pour les vingt ans de la sortie de l’album ‘Survivant’, Warner sort ce printemps une édition limitée sous forme de vinyle. »

Avec Tarmac tu as la possibilité de garder le contact avec les jeunes rappeurs et rappeuses, quels artistes aimes-tu en ce moment ?

« Je salue le succès de Roméo Elvis et de Caballero & JeanJass… J’aime bien aussi les Bruxellois de L’or du Commun et des filles comme Blue Samu ou encore l’Anversoise Miss Angel. Et il y en a plein d’autres bien sûr. »

Est-ce que tu as l’impression que les grands médias, en tout cas en télévision, laissent assez de place aux nouveaux artistes ?

« Non, c’est certain, ils tournent en général en boucle avec les mêmes pendant dix ans. C’est pourquoi les médias digitaux sont tellement importants. La RTBF a eu une excellente idée avec Tarmac qui, d’ailleurs, est une vraie succes story. Je me donne beaucoup pour Tarmac parce qu’il y a de très bonnes valeurs de service public, mais aussi parce que c’est mon bébé et que je représente une culture alors j’ai la pression pour le faire du mieux que je peux. »

« Rap Game : De Starflam à Tarmac. Du rap au management 100% digital », 205 pages, éditions Lamiroy.