Pourquoi la jeune génération n’est pas encore prête à bannir complètement l’avion

Pourquoi la jeune génération n’est pas encore prête à bannir complètement l’avion
Ph. Unsplash

Comme Anouk Debizet, 81 % des jeunes de 18 à 35 ans sont « prêts à changer leurs pratiques de voyage par souci environnemental ou le font déjà », selon un sondage de l’ObSoCo réalisé pour Greenpeace en février 2022.

« Je viens d’un milieu social aisé. Avec mes parents, enfant, j’ai eu l’occasion de prendre l’avion pour aller en Tunisie, au Sri Lanka, au Canada… j’ai eu beaucoup de chance », reprend la jeune femme de 25 ans, attachée d’administration et de production à la maison de la culture de Seine-Saint-Denis.

« J’ai déjà eu mon plein, c’est à moi de m’arrêter parce que je fais partie des gens privilégiés qui pouvaient prendre l’avion », selon elle.

Ces choix rappellent le mouvement né en Suède en 2018, « flygskam » (« la honte de prendre l’avion » en suédois) qui entend dénoncer l’impact du transport aérien sur le réchauffement climatique, responsable de 2 à 3 % des émissions mondiales de CO2.

À Nantes, Agathe Violain, 31 ans, responsable d’un magasin de troc trouve également « très plaisant de prendre le temps de visiter sa région plutôt que de se ‘speeder’ (se dépêcher) de prendre un avion pour passer trois jours dans un autre pays », dit-elle sans être certaine d’y renoncer définitivement pour autant.

« Dans mon entourage je n’ai personne qui dit à 100 % ‘c’est fini’.On est une génération qui a été élevée en mode ‘c’est fou de pouvoir partir où on veut, quand on veut’, et là on se retrouve en mode ‘peut-être qu’il faut arrêter’. Dire non à tout jamais à quelque chose, ça fait peur », souligne-t-elle.

Pour Armelle Solelhac, fondatrice de l’agence Switch, spécialisée dans la prospective et la stratégie dans le tourisme, « beaucoup de jeunes déclarent vouloir privilégier des moyens de mobilité plus doux pour préserver l’environnement ».

Mais « la réalité est que ce qui préside encore dans leur choix (et c’est compréhensible) c’est leurs moyens financiers » et « les billets d’avion sur certaines distances sont encore beaucoup moins chers que le train ou un voyage en voiture », rappelle-t-elle.

« Forme d’auto-censure »

66 % des jeunes qui envisagent un autre moyen de transport que l’avion l’envisagent pour des raisons de coût. Ils ne sont que 13 % à l’envisager pour des raisons écologiques, selon l’étude de l’ObSoCo. « Après le Covid, l’âge moyen des voyageurs sur les compagnies low cost a même rajeuni », selon Armelle Solelhac.

Les « jeunes ne choisissent pas leur destination en fonction de l’impact écologique de leur séjour. L’empreinte carbone est même le dernier critère cité dans le choix d’un mode de transport », selon l’ObSoCo qui note qu’une « petite majorité des voyageurs en avion (51 %) se déclare sensible à l’empreinte carbone de leur vol ». Pour autant, 38 % des jeunes interrogés déclarent « éprouver un sentiment de culpabilité lorsqu’ils prennent l’avion, et un sur cinq ressent une pression de la part de son entourage ».

« Ils pratiquent une forme d’auto-censure, sur les réseaux sociaux, on ne va plus les voir sur les tarmacs ou dans des avions à côté du hublot, on va les voir en photo directement depuis les destinations touristiques », note Armelle Solelhac. Inversement « des gens glorifient le fait de se déplacer en mobilité douce », dit-elle citant « un cadre qui récemment sur un réseau professionnel a mis en avant le fait d’être allé à un mariage au Maroc en vélo ».

Il s’agit de Thibaut Labey, 37 ans, qui habite dans le Morbihan et a fondé le guide Chilowé, spécialisé dans les « micro-aventures de plein air ». Le voyageur reste étonné du succès de sa publication sur le réseau, y compris du point de vue des critiques négatives.

Ne pas prendre l’avion « reste un sujet délicat, les gens ont l’impression d’être agressés par votre démarche », dit-il. « Je ne cherche pas à culpabiliser les gens, la culpabilisation ce n’est pas un bon moteur de changement », assure-t-il.