Les vans et camping-cars, stars mondiales du (dé)confinement

La route des vacances sera envahie de bulles blanches cet été: les ventes de véhicules dits de loisirs ont explosé pendant la pandémie, dopées par les envies de grand air et de sécurité de millions de confinés.

par
AFP
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«C’est un investissement qui vaut la peine, quand on le rapporte à des billets d’avion, des locations, de l’hôtellerie», souligne Jean-Michel Sibois, un retraité français qui vient d’acheter un van à pas moins de 50.000 euros. «On ne s’imagine plus faire des départs comme avant, prendre un avion pour une destination lointaine. On en a bien profité. Mais entre la planète et la Covid, on a vraiment eu envie de se retrouver un peu moins serrés, un peu plus tranquilles», ajoute-t-il.

En Europe, les voyageurs comme Jean-Michel plébiscitent les fourgons aménagés, ou vans, qui représentent désormais 44,8% du marché. Les véhicules de loisirs ont enregistré un record historique en 2020 avec 234.000 exemplaires vendus (+12% sur un an), selon la Fédération européenne du caravaning. Aux Etats-Unis, ce sont plutôt les caravanes qui sont la norme; un nouveau record de ventes y a été battu en mars. L’Australie, autre grande patrie du camping, compte désormais près de 750.000 véhicules de loisirs immatriculés, pour 25 millions d’habitants.

Flexibilité et sécurité

Les vacanciers apprécient surtout la flexibilité de ces maisons sur roues pour aller de camping en camping, ou en pleine nature, selon un sondage réalisé en France pour Ford, constructeur qui mise beaucoup sur le secteur. Les plus jeunes y voient des vacances moins chères tandis que les plus âgés s’y sentent en sécurité en temps de pandémie. «On s’est dit que le véhicule itinérant, c’était un peu comme une bulle sanitaire», souligne Julie Vignaux qui loue des fourgons de luxe via sa société Nomadism. «Comme on ne touche personne, ça donne une impression de la vie d’autrefois mais dans notre véhicule».

Dans l’usine française du groupe Pilote, près d’Angers, des centaines d’ouvriers percent, scient et clouent des fourgons Fiat et Renault, y ajoutant des lits, l’électricité, une cuisine, des WC. «On est dans l’excitation totale, on a beaucoup de demande, beaucoup de clients qui veulent des véhicules avant l’été», explique Antoine Gueret, porte-parole du groupe. «Le marché du camping-car se développe régulièrement depuis de longues années mais le coronavirus a accéléré cette croissance». Tout s’arrache dans le secteur, des vans aménagés aux palaces roulants à 200.000 euros.

«Chaque jour est une bataille»

Dans les concessions, les délais de livraison s’allongent. D’autant plus que la production a été perturbée par la fermeture de certaines usines pendant les confinements et par différentes pénuries dont celle de puces électroniques. «Chaque jour est une bataille pour sortir les véhicules en temps et en heure», résume Antoine Gueret chez Pilote, dont les usines sont restées au chômage technique pendant quelques jours. Aux Etats-Unis, les carnets de commandes pour les luxueuses caravanes en aluminium d’Airstream sont pleins jusqu’en 2022. «La demande a dépassé, et de loin, nos prévisions», témoigne Bob Wheeler, le PDG d’Airstream. «Plus de 90% de tout ce que nous envoyons à nos concessionnaires est déjà vendu».

La maison-mère d’Airstream, le N°1 mondial Thor Industries, prévoit que le marché croule sous la demande au moins «jusqu’à la fin 2021». Le groupe américain a présenté des résultats historiques avec 2,73 milliards de dollars de chiffre d’affaires entre janvier et mars. «De plus en plus de gens prévoient des +road trips+ pendant que les bureaux restent fermés pour cause de pandémie», souligne le cabinet de conseil américain Arizton. Ses experts estiment que le marché mondial devrait croître de 7% par an d’ici à 2025, après avoir atteint 42 milliards de dollars en 2020.

Des clients de plus en plus jeunes

Cette envie de grand air ne concerne pas que les retraités. Aux Etats-Unis, le propriétaire de véhicule de loisir a en moyenne 53 ans mais l’âge moyen des acheteurs est tombé à 41 ans en 2020, selon l’organisation américaine des professionnels du secteur (RVIA). La génération des «millenials», un marché «plus gros que les baby boomers», achète son camping-car «plus tôt que les générations précédentes», selon Thor Industries. Elle dépense aussi beaucoup plus que les générations précédentes, souligne Monika Geraci de la RVIA, autour de 67.000 dollars en moyenne.

Avec un marché du neuf aussi tendu, certains se tournent vers les véhicules d’occasion qui s’échangent à des tarifs élevés ou vers la location. D’autres prennent leurs outils pour équiper eux-mêmes un fourgon.

Alors que ses études à Bruxelles étaient suspendues par la pandémie, la Suissesse Elise Bijou a aménagé «Maurane» pour quelques francs avec des amis, avant de s’échapper. Entre la Belgique et le Portugal, «ce grand vagabondage m’a permis de vivre la pandémie du Covid de manière presque déconnectée des restrictions», souligne-t-elle.