Le Québec met les mineurs au travail pour combler le manque criant de main-d’œuvre

Le Québec met les mineurs au travail pour combler le manque criant de main-d’œuvre
Ph. Belga image

Au Québec, il est permis d’employer des mineurs à certaines conditions : celui-ci doit avoir l’autorisation écrite de ses parents s’il a moins de 14 ans et il ne peut pas, jusqu’à 16 ans, travailler durant les heures de classe ou durant la nuit. Si ces règles sont respectées, les jeunes peuvent travailler sans autre restriction. En 2016, une enquête avait révélé qu’un écolier sur trois avait donc un emploi rémunéré.

Le journal « Le Monde » rapporte que depuis, le phénomène a explosé jusqu’à atteindre une « ampleur inégalée », puisqu’à présent, 51 % des jeunes ont un job. La raison de cette augmentation s’explique par le fait que le taux de chômage n’est que de 3,9 % au Québec, soit un presque plein-emploi. La crise sanitaire a aggravé une pénurie de main-d’œuvre déjà criante. Les employeurs n’ont donc plus d’autre choix que de se tourner vers l’immigration, ou les mineurs.

Une différence de culture

Nos confrères évoquent le cas d’Adrien qui, du haut de ses 12 ans, travaille tous les soirs dans un supermarché de Montréal pendant deux heures, pour le réassort quotidien. Le magasin emploie aussi de jeunes ados pour aider les clients à remplir leurs sacs. Des exemples qui semblent difficiles à imaginer chez nous, en Belgique. Mais en Amérique du nord, il y a aussi une mentalité d’autonomisation des enfants par le travail, qui est moins présente ici.

Toutefois, Charles Fleury, sociologue à l’université de Laval, estime que cette généralisation du travail des mineurs pose question : « Ce qui change radicalement la donne, c’est que ces jeunes, par ailleurs de plus en plus jeunes, sont aujourd’hui dans le circuit officiel du marché du travail, et occupent de vrais jobs de travailleurs à temps partiel. »

« Nos enfants à l’école »

Par ailleurs, les accidents de travail se multiplient au Québec, avec 149 victimes de moins de 16 ans en 2020. Un chiffre qui choque beaucoup Suzanne Arpin, vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. Elle affirme que son bureau alerte les pouvoirs publics depuis plus de 20 ans pour établir un âge minimum légal, en vain. « Là où l’on veut vraiment voir nos enfants, c’est à l’école », conclut-elle.