Le lien entre pesticides et maladies graves se précise

Le lien entre pesticides et maladies graves se précise
simonkr / Getty Images©

Les six pathologies sont trois types de cancer (prostate, lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples), la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs et une maladie respiratoire évolutive, la BPCO, selon l’expertise réalisée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Pour les quatre premières, la « présomption forte » de lien avec l’exposition professionnelle à certains pesticides avait déjà été mise en évidence lors de la précédente expertise de l’Inserm, en 2013.

À la lumière des dernières connaissances scientifiques, cette liste passe de quatre maladies à six : troubles cognitifs (altération des fonctions cérébrales telles que la mémoire ou le raisonnement, pouvant évoluer vers la démence) et BPCO s’y ajoutent dans la mise à jour du rapport, dévoilée mercredi par l’organisme de recherche public.

Pour cela, l’Inserm n’a pas lui-même réalisé de mesures, mais a analysé l’ensemble de la littérature scientifique existante, soit quelque 5.300 résultats d’études.

Pas de recommandations

« L’objectif est d’aider les décideurs » politiques, a expliqué l’un des responsables de l’Inserm, Laurent Fleury, lors d’une visioconférence.

Pour autant, les experts ne font pas de recommandations. « Aller plus loin sur ce qu’il faut recommander n’est pas notre métier ni notre objectif », a souligné l’une des expertes, Isabelle Baldi.

« Il est plus que temps pour le gouvernement d’agir vraiment pour une réduction forte de l’usage des pesticides », réagit François Veillerette, porte-parole de l’ONG Générations Futures, dans un communiqué.

Le terme « pesticides » regroupe l’ensemble des produits utilisés pour lutter contre les espèces végétales indésirables (herbicides) et les nuisibles (insecticides et fongicides). Ils sont majoritairement utilisés dans l’agriculture mais on les retrouve partout dans l’environnement (air, poussières, denrées alimentaires…).

Sur 17 pesticides analysés dans l’expertise, 11 sont associés à au moins deux effets toxicologiques parmi les trois étudiés : le stress oxydant, la mitotoxicité – la toxicité pour les mitochondries, structures qui permettent la respiration des cellules – et l’action sur le système immunitaire.

Les connaissances scientifiques ont parfois évolué depuis 2013. C’est le cas pour les troubles cognitifs : on passe de « présomption moyenne » à « présomption forte » de lien avec « l’exposition aux pesticides, principalement des organophosphorés, chez les agriculteurs ».

Pour les « riverains de zones agricoles ou la population générale », pris en compte par « les études les plus récentes », l’expertise conclut « à une présomption moyenne ».

De même, la nouvelle expertise prend en compte la santé respiratoire, contrairement à la précédente : « Une présomption forte entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la survenue de bronchopneumopathie chronique obstructive et de bronchite chronique est établie ».

Enfants

Par ailleurs, l’Inserm confirme que « la grossesse et la petite enfance sont d’une plus grande vulnérabilité face à la présence d’un événement ou agent toxique ».

Chez l’enfant, l’Inserm évoque une « présomption forte » de lien entre les « leucémies aiguës » et l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse. Même l’exposition du père semble parfois pouvoir jouer : il existe une « présomption moyenne » pour la « leucémie aiguë lymphoblastique » de l’enfant « en cas d’exposition professionnelle » du père « en période préconceptionnelle ».

Pour les tumeurs du cerveau et de la moelle épinière, l’expertise conclut à une « présomption forte d’un lien » avec l’exposition professionnelle des parents avant la naissance.

Le même niveau de présomption existe pour le lien entre l’exposition de la mère aux pesticides pendant la grossesse et « les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant », ou encore « des troubles du comportement tels que l’anxiété ».

Enfin, l’expertise met un coup de projecteur sur plusieurs substances particulièrement médiatiques. Tout d’abord, le glyphosate, pour laquelle elle conclut « à l’existence d’un risque accru de lymphomes non hodgkiniens avec une présomption moyenne de lien ».

Ensuite, le chlordécone, longtemps utilisé aux Antilles et aujourd’hui interdit. L’expertise confirme une « présomption forte d’un lien entre l’exposition au chlordécone de la population générale et le risque de survenue de cancer de la prostate ».