Femmes alpha, hommes moins clichés, comment les séries nuancent les genres

Femmes alpha, hommes moins clichés, comment les séries nuancent les genres
Ph. Arte

Les personnages féminins "ont des positions dominantes, elles se prennent en main, c'est une tendance", estime auprès de l'AFP Laurence Herszberg, directrice générale du festival lillois.

Une dizaine de séries sur la cinquantaine présentées durant le festival (jusqu'à jeudi) parlent de femmes de toutes générations -- de l'ado "Anna" de Niccolo Ammaniti (dès le 10 septembre sur arte.tv) au personnage de Nona, une septuagénaire enceinte imaginée par Valérie Donzelli -- aux caractères bien trempés.

Certaines sont déterminées à bousculer les codes à l'image du groupe de punk féministe et musulman de "We are lady parts" (sur BrutX le 15 septembre) ou des deux danseuses de ballet suivies dans "L'Opéra" (sur OCS le 7 septembre).

Alliances féminines

Dans l'adversité, des alliances féminines se nouent au-delà des classes sociales comme celle de Sarah, femme d'affaires australienne désargentée, avec des employées philippines exploitées dans "The unusual suspect" (prochainement sur OCS) ou entre une mère célibataire en galère et une bourgeoise en faillite dans la série suédoise "Dough".

La figure de la femme forte s'impose aussi quand elle vient d'un héritage, comme dans la saga sociale et politique islandaise "Blackport" (sur Arte en 2022) où Harpa passe de secrétaire de mairie à cheffe d'entreprise pour tenter de sauver son petit village de pêcheurs menacé par une nouvelle législation.

"Son personnage est inspiré de personnes réelles, de femmes de l'industrie de la pêche des années 1980. Historiquement en Islande, les femmes sont des figures fortes", souligne Gísli Örn Garðarsson, co-créateur et acteur de la série.

Défaillance des hommes

Dans ces récits, les femmes sont souvent amenées à prendre les rênes face à la défaillance des hommes de leur entourage. Telles des super héroïnes du quotidien, comme la norvégienne Porni, assistante sociale qui, dans la série éponyme, encaisse difficilement un quotidien surchargé entre deux ados, un père à charge et un ex-mari peu aidant.

Véritable phénomène en Norvège, également pour sa dimension sociale, la série a été la plus regardée du pays 24 heures après son lancement.

En face, la masculinité dominante n'est plus de mise, notamment sous le regard des créatrices de séries. Pour sa série comique "Jeune et Golri", l'humoriste Agnès Hurstel a choisi d'intégrer au casting deux humoristes, Paul Mirabel et Nordine Ganso, préférant montrer leur humour "doux" face à celui plus "agressif" et transgressif de jeunes femmes qui devaient conquérir leur place dans le milieu du stand-up.

Dans "Nona et ses filles", première série de la réalisatrice et actrice Valérie Donzelli, Nona (Miou-Miou), enceinte à 70 ans, est couvée par ses trois filles et un "sage-femme homme". "J'aime montrer la part féminine des hommes, leur douceur, leur délicatesse", a-t-elle exposé au public lillois.

Invesion des genres

Hagai Levi, célèbre créateur de la série multi-adaptée "En thérapie", s'est lui essayé à l'inversion des genres pour son adaptation de la série d'Ingmar Bergman "Scènes de la vie conjugale", relatant l'intimité d'un couple qui se déchire.

L'auteur israélien explique avoir été bloqué dans l'écriture par la version de Bergman campant "une femme qui est la victime, vers qui va toute notre empathie" et un homme "froid, misogyne, un gros con". "Ca a été un obstacle pendant longtemps et à partir du moment où j'ai inversé, tout s'est mis en place parce que c'est devenu plus moderne", a expliqué Hagai Levi.

Les femmes modèles ont donc fait long feu notamment avec "Mytho" (saison 2 dès octobre sur Arte) où Elvira (Marina Hands) fait exploser sa cellule familiale avec un mensonge.

Pour Pierre Langlais, spécialiste des séries pour l'hebdomadaire Télérama, "c'est sain d'avoir des séries comme (celle-ci) dont le personnage principal est une mère et une épouse +problématique+".

"On s'est réjoui pendant 20 ans de voir des personnages d'hommes qui étaient des salauds ou antihéros pires les uns que les autres. Pourquoi les femmes n'auraient pas le droit à leur tour d'être négatives ou malveillantes ?", interroge-t-il.