«Ça fait six ans que je suis traité comme un chien», déclare Salah Abdeslam

«Ça fait six ans que je suis traité comme un chien», déclare Salah Abdeslam

Peu avant 17h00, alors que la cour procédait depuis près de trois heures à l’appel des parties civiles déjà constituées, le président Jean-Louis Périès a annoncé une suspension de séance après le malaise d’un des accusés, Farid Kharkhach, un des logisticiens présumés des attaques du 13 novembre. À la reprise, une trentaine de minutes après cet incident, l’un de ses avocats, Albéric de Gayardon, a dénoncé auprès de la cour d’assises spéciale ses conditions de détention et les « fouilles à nu » subies par son client à son arrivée au palais de justice, soulignant son « état dépressif ».

« Ici on n’est pas dans un tribunal ecclésiastique »

« On est traités comme des chiens, ici c’est très beau, il y a des écrans plats, mais là-bas derrière… », a aussitôt embrayé Salah Abdeslam, coupant la parole du président, l’index pointé vers lui. « Ça fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint », a-t-il aussi lancé, se faisant interrompre par le président : « Ici on n’est pas dans un tribunal ecclésiastique, on est dans un tribunal démocratique ».

En début d’audience, le seul membre encore en vie des commandos derrière les attentats du 13 novembre avait déjà joué la provocation en paraphrasant la Chahada, profession de foi musulmane, lors de sa première prise de parole devant les magistrats qui doivent le juger jusqu’à la fin du mois de mai. Alors que le président de la cour lui demandait, comme c’est l’usage, de se lever et de décliner son identité, Salah Abdeslam a répondu : « Tout d’abord, je tiens à témoigner qu’il n’y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager ». « On verra ça après », a rétorqué le président sans se démonter avant de lui demander sa profession.

« J’ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique »

À nouveau, Salah Abdeslam, t-shirt noir, cheveux sombres mi-longs coiffés en arrière et barbe noire sous le masque – noir aussi – qu’il retire pour parler, s’approche du micro : « J’ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique ». « J’avais ’intérimaire’ comme profession », relève le président. Il lui demande ensuite l’identité de ses parents. « Le nom de mon père et ma mère n’ont rien à voir dans cette histoire », répond Salah Abdeslam, Franco-marocain de 31 ans, accusé de complicités de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité.

Il était entré dans le box peu avant l’ouverture de l’audience et avait discuté quelques instants avec ses avocats, Mes Olivia Ronen et Martin Vettes avant de s’asseoir. « C’est une provocation, on s’y attendait et en réalité, on n’en attend absolument rien », a commenté en marge de l’audience Dominique Kielemoes, dont le fils a été tué dans la fusillade du bar La Belle Equipe. Dix autres accusés se sont aussi installés sur la première rangée des bancs du box, sous l’escorte de nombreux gendarmes. Trois autres accusés, qui comparaissent libres, sont eux assis hors du box. Contrairement à Salah Abdeslam, tous se sont contentés de décliner leur identité et de répondre aux questions sans faire de commentaire. Les attentats du 13 novembre 2015 avaient fait 130 morts.