Le téléphérique, un transport en commun comme les autres?

Le téléphérique, un transport en commun comme les autres?
Belga / AFP

Prendre le téléphérique comme on prend le bus

Le 14 mai dernier, en France, la ville de Toulouse a mis en service Téléo, son téléphérique. Avec ses 3 km, c’est le plus long téléphérique urbain de France. Ce projet colossal, qui a coûté 82 millions €, a pour but de fluidifier les déplacements entre l’est et l’ouest de la ville rose. À Toulouse, le téléphérique s’intègre dans l’offre des transports publics de la ville. Les voyageurs peuvent le prendre avec un simple titre de transport, identique à celui qui permet de prendre le bus, le métro et le tram. Ce téléphérique urbain dessert trois arrêts et permet d’effectuer en seulement 10 minutes un trajet qui prend 30 minutes en voiture.

Dans cette ville du sud de la France, les habitants et les navetteurs peuvent donc prendre le téléphérique comme ils prennent le bus. Il est accessible de 5h15 à 00h30, y compris aux personnes à mobilité réduite. Au total, 15 cabines tournent sur la ligne. Chacune d’entre elles peut accueillir jusqu’à 34 personnes (dont 20 assises) et, en heure de pointe, une cabine circule toutes les minutes 30.

Les téléphériques belges

Saviez-vous qu’il existe actuellement deux téléphériques en service en Belgique ? La ville de Dinant a été rejointe l’an passé par Namur. Le téléphérique namurois relie le centre-ville au sommet de la Citadelle et est en train de devenir une véritable solution de mobilité. La preuve : quelques mois après sa mise en service, ses horaires ont déjà été étendus. Il est désormais accessible, en semaine, de 7h à 18h30. Non loin de Namur, il y a aussi le téléphérique de Huy. Enfin, il y avait et il y aura. Inauguré en 1958, à l’occasion de l’exposition universelle, le téléphérique de Huy est à l’arrêt depuis 2012 et un tragique accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à deux personnes. Mais depuis quelques années, l’idée de remettre en service cette ligne qui relie le bord de Meuse au fort et au centre récréatif du Mont Mosan fait son chemin. Le projet est d’ailleurs entré dans sa phase finale puisque le Collège de la Ville de Huy a annoncé en mars dernier le retour du téléphérique pour la saison touristique 2023. Car oui, contrairement à Namur où le téléphérique emmène aussi des habitants et les écoliers, les téléphériques de Dinant et de Huy sont davantage destinés aux touristes.

De trois téléphériques en 2023, la Belgique pourrait bientôt en compter davantage. Des projets sont à l’étude pour Bruxelles et pour Liège.

Bientôt un téléphérique urbain à Bruxelles et à Liège ?

En 2015, le gouvernement régional bruxellois avait annoncé le projet d’un téléphérique reliant la station de métro Heysel au futur stade national. Depuis, l’idée d’un nouveau stade est tombée à l’eau. Mais le projet d’un téléphérique sur le plateau du Heysel n’est pas tout à fait mort. Disons qu’il a été mis au frigo. Il pourrait transporter les visiteurs du Stade Roi Baudouin, mais aussi les navetteurs stationnés sur le parking C, jusqu’à l’entrée de la station de métro. À Liège, le projet de téléphérique est nettement plus avancé. Une ligne pourrait prochainement rejoindre l’îlot Saint-Georges, en plein centre-ville, et le site de la citadelle et son hôpital. Objectif actuel pour la réalisation du projet : 2026.

Des avantages…

Les avantages du téléphérique sont nombreux. Le principal est qu’il va d’un point à l’autre en ligne droite, « à vol d’oiseau ». Il peut franchir les obstacles comme les fleuves, les rivières, des autoroutes et accéder facilement à des points situés en hauteur même si le dénivelé est important. Cerise sur le gâteau : il offre généralement une vue imprenable à ses passagers. Enfin, il ne fait pas de bruit, ou presque, et surtout, c’est une solution de transport économique et écologique. La réalisation d’une ligne de téléphérique urbain est nettement moins onéreuse que la création d’une nouvelle ligne de métro ou de tram. D’un point de vue écologique, le téléphérique est un moyen de transport 100 % électrique. Il a le meilleur taux d’émission de CO2 par km par passager, loin devant le tram, le métro, le train et le bus.

… et des inconvénients

Si les avantages sont nombreux, les inconvénients le sont aussi. Tout d’abord, le fonctionnement du téléphérique est lié aux conditions climatiques. S’il y a trop de vent ou une tempête, il ne peut pas circuler pour des raisons évidentes de sécurité. Cependant, il y a des progrès en la matière. Le tout nouveau téléphérique de Toulouse est censé rester fonctionnel avec des vents allant jusqu’à 108 km/h.

Deuxième hic : les pannes. Pour éviter tout accident, un téléphérique nécessite de la maintenance et de l’entretien. Mais même avec cela, des pannes peuvent survenir. Et contrairement à un bus ou un métro, quand un téléphérique est en panne, c’est tout le réseau qui est bloqué. Le 19 mai dernier, seulement quelques jours après son inauguration, le téléphérique de Toulouse a été à l’arrêt pendant deux longues heures « en raison d’un problème informatique ». Il y a mieux comme départ !

La capacité des cabines reste limitée. N’espérez pas trop monter à bord d’un téléphérique avec un vélo par exemple. La ville de Toulouse a dû mettre en place des règles strictes en la matière : un seul vélo autorisé à bord d’une cabine et il est non prioritaire en cas de forte affluence ou de présence d’une personne en chaise roulante.

Enfin, si le téléphérique est un mode de transport efficace pour rejoindre un point A à un point B, il devient nettement moins intéressant lorsqu’il effectue plusieurs arrêts. De plus, la longueur des lignes est limitée et dépasse rarement 3 km.

Mais les avantages semblent prendre le dessus sur les inconvénients et le téléphérique urbain semble être promis à un bel avenir et à devenir un transport en commun à part entière.