La cinquième saison de «The Crown» sort ce mercredi: pourquoi est-elle déjà sous le feu des critiques?

La cinquième saison de «The Crown» sort ce mercredi: pourquoi est-elle déjà sous le feu des critiques?
Ph. Netflix

À peine deux mois après le décès de la reine Elizabeth II et l’accession au trône du roi Charles III, la pression est telle que la plateforme a dû intégrer un avertissement précisant que l’histoire est « inspirée de faits réels », alors qu’elle s’y était toujours refusée.

Cette saison, l’avant-dernière de la série, évoque en dix épisodes les crises des années 1990 : interview télévisée choc de la Princesse Diana à la BBC évoquant l’infidélité de Charles, relation adultère de ce dernier avec Camilla Parker Bowles, divorce…

Un traumatisme encore vif

En abordant ces événements encore très sensibles, la série s’attire des critiques venant d’éminentes personnalités artistiques comme l’actrice Judi Dench, ou encore de John Major, Premier ministre du Royaume-Uni dans les années 1990.

L’actrice britannique oscarisée pour son interprétation de la reine Elizabeth I dans « Shakespeare un Love », a ainsi fustigé le « sensationnalisme grossier » de la série après que des articles de presse ont rapporté qu’elle montre Charles, alors Prince de Galles, manœuvrant pour obtenir l’abdication de sa mère Elizabeth II.

John Major, a lui étrillé la série, immense succès pour Netflix, et son « tonneau d’absurdités colporté pour avoir un maximum d’impact dramatique ».

Que de la fiction

Contrainte de défendre sa démarche et le scénariste Peter Morgan, la production de « The Crown », a rappelé que ce qui est raconté dans la série ne doit pas être pris comme des faits, mais comme l’imagination de « ce qui a pu se passer derrière des portes closes pendant une décennie importante pour la famille royale ».

Les acteurs de la série l’ont aussi défendue, à l’image d’Elizabeth Debicki, qui interprète Diana. « Il y a une grande place laissée libre à l’interprétation », a estimé l’actrice australienne, qui a appelé les gens à passer à autre chose « maintenant qu’il y a un avertissement ».

Jonathan Pryce qui joue le rôle du prince Philip, le mari de la reine, s’est lui dit « très déçu par ses confrères artistes », après les réserves exprimées par les actrices Eileen Atkins et Harriet Walter, qui ont toutes deux joué des petits rôles dans « The Crown ».

« La grande majorité des gens savent que c’est du cinéma. Ils regardent la série depuis quatre saisons », a-t-il plaidé.

Anti-monarchisme

Mais l’avertissement concédé par Netflix pourrait ne pas suffire à calmer la polémique, certains accusant Peter Morgan d’utiliser la série pour défendre des positions anti-monarchiques.

Le critique de télévision du Daily Mail Christopher Stevens, qui a pu voir huit heures et demi de la nouvelle saison, a estimé dans un article cette semaine que la « virulence pure » des dernières intrigues devient « clairement choquante ».

Selon lui, la série n’a plus rien à voir avec la première saison diffusée en 2016. « The Crown » est maintenant une série « ouvertement républicaine », qui cherche uniquement à embarrasser la famille royale, écrit-il.

L’écrivain et biographe royal William Shawcross estime lui que l’évocation d’un complot de Charles contre la reine est une tentative délibérée d’attaquer la monarchie en tant qu’institution, une institution « que des millions de personnes ordinaires chérissent ».

« Malhonnête »

« Je pense que beaucoup de gens croient (ce qu’ils voient dans la série), et pourquoi ne le ferait-il pas ? (…) Nombreux sont ceux dans le monde qui n’ont pas d’autres sources d’information, c’est terriblement malhonnête », affirme-t-il à l’AFP, rappelant que la famille royale n’est pas en position d’engager des poursuites en justice.

Philip Murphy, historien à l’Université de Londres estime, lui, que la famille royale est aussi « en partie » responsable.

Le Palais a toujours fait « beaucoup d’efforts pour empêcher les historiens d’accéder aux archives sur les 70 ans de règne de la reine », a-t-il écrit dans une lettre publiée par le quotidien The Times. « Si les chercheurs ne peuvent pas écrire une histoire précise de la monarchie, cela laisse le champ libre aux dramaturges et à ceux qui ont intérêt à divulguer des informations ».