Il avait crié «À poil!»: Les poursuites engagées contre Hugues Dayez jugées irrecevables

Il avait crié «À poil!»: Les poursuites engagées contre Hugues Dayez jugées irrecevables
Belga

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a récemment déclaré irrecevables les poursuites engagées pour sexisme contre le critique de cinéma de la RTBF, Hugues Dayez, rapportent La Libre Belgique et La Dernière Heure mercredi.

Hugues Dayez était poursuivi pour avoir crié « A poil ! » dans la salle de presse de la cérémonie des Magritte en février 2017, durant le discours de l’actrice Anne-Pascale Clairembourg.

Le procureur n’a pas vu d’atteinte grave à la dignité, mais seulement des propos vulgaires

Le Conseil des Femmes francophones de Belgique (CFFB) s’était constitué partie civile pour sexisme sur la base de la loi de 2014. Une juge d’instruction, estimant que la plainte n’était pas recevable, avait décidé de ne pas inculper le critique et de ne pas l’entendre. En chambre du conseil, où le journaliste ne s’était pas fait représenter, le parquet avait requis un non-lieu. La chambre du conseil avait cependant renvoyé Hugues Dayez en correctionnelle.

Au tribunal, le procureur avait requis l’acquittement du prévenu car la loi était là pour sanctionner les seuls abus et parce que, dans le cas présent, il ne voyait pas d’atteinte grave à la dignité, mais seulement des propos vulgaires.

Ce n’était pas la lecture du CFFB, selon lequel il y avait clairement eu atteinte grave à la dignité de la comédienne, qui plus est dans sa sphère professionnelle.

Le tribunal a finalement estimé les poursuites irrecevables

La défense de M. Dayez contestait la constitution de partie civile du CFFB, estimant qu’il n’avait pas qualité à aller en justice pour une affaire de sexisme si la victime ne le saisissait pas elle-même.

C’était là une question essentielle car, si le tribunal suivait la défense, il ne pouvait que déclarer les poursuites irrecevables. Jurisprudence et doctrine à l’appui, le tribunal a finalement estimé les poursuites irrecevables. Le juge a encore souligné que le CFFB n’apportait pas la preuve du délit ou du dommage.

Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des Femmes francophones de Belgique, regrette que le tribunal n’ait pas considéré que les mots utilisés puissent constituer un préjudice. « Crier ’à poil’ à l’encontre d’une femme alors qu’elle est dans l’exercice de ses fonctions, c’est la réduire à sa dimension sexuelle et participer à la banalisation des stéréotypes sexistes », estime-t-elle.

Hugues Dayez, lui, dit avoir la conscience tranquille. « Le Conseil des Femmes s’est trompé de cible en s’attaquant à moi », a-t-il déclaré en quittant le tribunal.