En quoi les applications de rencontres sont-elles un danger pour notre santé mentale?

En quoi les applications de rencontres sont-elles un danger pour notre santé mentale?

En dix ans, les applications de rencontres ont révolutionné les relations amoureuses et la manière d’avoir des « dates » (des rencontres amoureuses, NDLR). Au début, le phénomène était réservé à quelques geeks et initiés. Mais de nos jours, faire des nouvelles rencontres via Internet est presque devenu la norme.

Parfois, ça marche. Selon une grande enquête menée par le Pew Research Center en 2020 aux États-Unis, 12 % des répondants ont indiqué s’être mariés ou avoir eu une relation sérieuse avec une personne rencontrée virtuellement. Chaque année, l’entreprise américaine The Knot mène une enquête spécifiquement auprès des jeunes mariés. Il en ressort que les sites de rencontres sont désormais le principal moyen de rencontre sa moitié. 22 % des jeunes mariés interrogés ont ainsi déclaré avoir rencontré leur partenaire en ligne. Les rencontres par le biais d’amis (19 %) et dans le cadre du travail (17 %) arrivent désormais de peu derrière les rencontres en ligne.

S’il y a des belles histoires, on parle moins souvent des effets néfastes que peuvent avoir ces applications, notamment sur la santé mentale.

Dating et confiance en soi

Dès 2016, une étude scientifique pointait du doigt l’effet que Tinder pouvait avoir sur l’estime de soi, notamment à cause de l’importance du paraître. « Lorsque nous sommes représentés uniquement par ce à quoi nous ressemblons, nous commençons à nous regarder de manière très similaire : en tant qu’objet à évaluer », analysait Trent Petrie, professeur de psychologie à l’Université de North Texas, dans le magazine Time.

« Me comparer aux autres a provoqué chez moi de l’anxiété. Je ne me trouvais pas assez beau, pas assez drôle, pas assez intéressant… Ce n’est pas juste le fait des apps de rencontre, mais elles vont tout de même exacerber ce comportement de comparaison en focalisant davantage sur le physique », témoigne un utilisateur au magazine Néon.

« Je me suis vraiment dévalorisée »

Un autre phénomène qui a rapidement été constaté sur les applis de rencontres : la peur du rejet. En s’y inscrivant, il faut être prêt à se prendre des râteaux à la pelle, ce qui n’est pas facile à accepter pour tout le monde. Le « ghosting » (le fait de soudainement ne plus avoir de réponse et d’être laissé dans le vent) est roi et là encore, certaines personnes peuvent avoir du mal à le vivre. « La fonction de balayage à elle seule peut vraiment amplifier votre sensibilité au rejet, votre perception du rejet », explique à Mashable Kathryn Coduto de la South Dakota State University et autrice d’une étude sur le sujet. « J’étais plus bas que terre. Je me suis vraiment dévalorisée, j’avais l’impression de ne pas être importante, de n’être personne », confie Lucile à Néon.

Un burnout sur Tinder ?

Enfin, certains utilisateurs et utilisatrices peuvent souffrir d’un état d’épuisement, comparable à un burnout. Il y a un côté addictif à ces plateformes et on peut très vite passer plusieurs heures par jour à voir défiler les profils. Cela demande du temps et de l’engagement pour des résultats qui ne sont pas toujours là. « Les gens sont juste fatigués. Ils sont dépassés par l’ensemble du processus de rencontre », souligne Helen Fisher, anthropologue biologique, chargée de recherche à l’Institut Kinsey et conseillère scientifique en chef de Match.com.

Évidemment, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Certaines personnes peuvent être épanouies sur les applications de dating. « Il est important de garder à l’esprit que la dynamique de la santé mentale sur les applications de rencontre varie grandement selon les individus », confirme le Dr Jack Turban de l’Université de Californie. Mais si vous vous êtes retrouvé dans les ressentis et les comportements décrits plus hauts, peut-être qu’il est temps de vous déconnecter de ces applications et de d’abord bien prendre soin de vous et de vous santé mentale.