Comme «Nevermind», voici trois pochettes d’albums qui ont fait polémique

Comme «Nevermind», voici trois pochettes d’albums qui ont fait polémique

« Unfinished Music No.1 : Two Virgins » (1968) de John Lennon & Yoko Ono

Peu de pochettes de disque sont aussi connues que celle de cet album de John Lennon et Yoko Ono. Le couple s’est servi d’un appareil photo à retardement pour réaliser ce cliché en noir et blanc, où on les voit prendre la pose entièrement nus.

L’image a provoqué un tollé à sa sortie à l’automne 1968, à tel point que certains distributeurs ont décidé de vendre l’album dans un emballage brun uni pour le censurer. Cette précaution n’a pas empêché « Unfinished Music No.1 : Two Virgins » d’être perçu comme obscène et donc d’en pâtir d’un point de vue commercial. Seuls 5.000 exemplaires de l’album furent pressés au Royaume-Uni, où il n’a pas réussi à se faire une place dans les tops musicaux. Il est toutefois apparu à la 124ème place des classements américains avec 25.000 disques vendus.

Pour John Lennon, cet échec n’était pas tant dû au côté explicite du cliché sur la pochette de « Unfinished Music No.1 : Two Virgins », mais plus à l’apparence physique des modèles. « La photo avait pour but de prouver que nous ne sommes pas un couple de détraqués, que nous ne sommes en rien déformés et que notre esprit est sain », a déclaré le musicien dans « The Beatles Anthology ». « Si nous pouvons faire en sorte que la société accepte ce genre de choses sans s’offenser, sans ricaner, alors nous aurons atteint notre but ».

« Virgin Killer » (1976) de Scorpion

Le rock a souvent suscité la polémique, tout comme certaines pochettes de disque du genre. La preuve avec celle du quatrième album de Scorpion, « Virgin Killer ». Elle représente une fillette de 10 ans entièrement nue, en train de prendre la pose de façon suggestive. Une illustration de la perte de l’innocence, selon le groupe de hard rock allemand.

Beaucoup n’ont pas été de cet avis. La pochette de « Virgin Killer » a été censurée et remplacée par un cliché des six membres de Scorpion dans certains pays. La presse musicale spécialisée n’a également pas été tendre avec ce projet : le magazine Cracked l’a désigné comme la pire pochette d’album de tous les temps.

Au fil des années, Scorpion s’est exprimé plusieurs fois sur l’illustration controversée de « Virgin Killer ». « En regardant cette photo aujourd’hui, je me sens mal. Elle a été faite avec le plus mauvais goût possible. À l’époque, j’étais trop immature pour le voir. Honte à moi- j’aurais dû faire tout ce qui était en mon pouvoir pour l’empêcher », a déclaré l’ancien guitariste du groupe, Uli Jon Roth, à Classic Rock Revisited en 2006.

De son côté, Rudolf Schenker a blâmé l’ancienne maison de disques de Scorpion, RCA Records, pour ce choix esthétique. « Ce n’est pas nous qui avons eu l’idée. C’était la maison de disques. Les gars de la maison de disques ont dit : ’Même si on doit aller en prison, il n’y a pas de doute qu’on va sortir ça’. Sur la chanson ’Virgin Killer’, le temps est le tueur de vierge. Mais ensuite, quand on a dû faire des interviews à ce sujet, on a dit : ’Écoute les paroles et tu sauras de quoi on parle. On utilise ça uniquement pour attirer l’attention’«, a-t-il révélé à Blasting Zone l’année suivante.

« My Beautiful Dark Twisted Fantasy » (2010) de Kanye West

Nul ne manie la provocation comme Kanye West. Le rappeur a l’habitude de faire tout un cirque médiatique à chaque sortie d’album. « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » ne fait pas exception à la règle. Sa couverture a été conçue par l’une des stars américaines de l’art contemporain, George Condo, à la demande de l’artiste. Elle est composée d’un carré rouge au centre duquel on voit un homme noir, probablement Kanye West lui-même, nu dans un lit avec une bouteille à la main. Il est surmonté par une femme sans bras mais avec des ailes.

Un mois avant la sortie de l’opus, Kanye West a affirmé que l’illustration avait été censurée aux États-Unis. « Ils ne veulent pas que je me détende sur le canapé avec mon Phoenix ! », avait-il écrit sur Twitter, sous-entendant aussi que Walmart avait été offensé par le téton visible sur la couverture. « Donc Nirvana peut avoir un être humain nu sur sa couverture, mais je ne peux pas avoir une PEINTURE d’un monstre sans bras avec une queue à pois et des ailes », s’était-il offusqué.

L’affaire était toutefois plus compliquée qu’il n’y paraît. Le géant de la grande distribution, Walmart, a nié avoir interdit quoi que ce soit. « Nous sommes excités par le nouvel album de Kanye West et nous avons hâte de le proposer dans nos magasins le 22 novembre », a alors déclaré la société. « Nous n’avons pas rejeté l’illustration de la pochette d’album et elle ne nous a pas été présentée ».

Suite à la sortie de l’opus, le New Yorker a révélé que Kanye West espérait que la couverture de « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » fasse polémique. « Condo était heureux de participer à ce qui était clairement une stratégie publicitaire, par un rappeur bien connu pour ses provocations publiques », a ajouté le magazine américain.

« Nevermind » (1991) de Nirvana

Certaines pochettes d’album marquent les esprits dès leur arrivée dans les bacs. Ce fut le cas avec celle de « Nevermind » de Nirvana. L’album est illustré par le portrait d’un nourrisson nu, nageant vers un billet de banque accroché à un hameçon de canne à pêche.

Au moment de la sortie de « Nevermind » en 1991, le cliché était perçu comme une critique du capitalisme. Certains étaient frileux à l’idée de montrer les parties génitales d’un bébé, ce à quoi Kurt Cobain a répondu qu’il pourrait les cacher avec un autocollant. « Si vous êtes offensé par ça, vous devez être un pédophile refoulé ».

L’image est depuis devenue culte et a été recréée par l’enfant en couverture, Spencer Elden, pour célébrer les 10ème, 17ème, 20ème et 25ème anniversaires de l’album. À l’époque, il disait déjà être partagé entre la célébrité que lui a procurée le cliché et le sentiment d’avoir été exploité étant enfant. Il a récemment porté plainte contre le groupe de rock et réclame aujourd’hui au moins 150.000 dollars (environ 128.000 euros) de dommages et intérêts.

« Ils essayaient de créer la controverse parce que la controverse fait vendre », a déclaré l’un de ses avocats, Maggie Mabie, au New York Times. « Le but n’était pas seulement de créer une image menaçante, mais de franchir la ligne et ils l’ont fait d’une manière qui a exposé Spencer afin qu’ils puissent en tirer profit ».