Angèle victime de censure à la radio française: «un manque de respect envers l’œuvre»

Angèle victime de censure à la radio française: «un manque de respect envers l’œuvre»
Ph. Instagram

« J’feat avec Angèle, pas d’gros mots, radio, faut qu’on passe/Au lieu d’un nique ta – non, non, j’dirai ‘grand bien leur fasse’ » ou « Dans leur derrière, j’ferais un don de quelques futurs Homo sapiens ». Ces paroles ont-elles poussé certaines radios françaises à supprimer certains passages de « Démons » d’Angèle en featuring avec Damso ? On pourrait le croire, étant donné que le rappeur a tout simplement été effacé de la version du morceau diffusée sur certaines ondes françaises. Une décision que Frédéric Pau, directeur des programmes de Virgin Radio, a tenu à défendre. « Virgin est une radio pop-rock, ce n’est pas un format urbain. ‘Démons’, c’est un de mes titres préférés, mais si je pense à mon format en premier je ne peux pas me permettre de laisser de l’urbain sur les ondes de Virgin. Le public ne s’y retrouverait pas ».

La pratique, surprenante, n’est pourtant pas rare. Elle est même plutôt courante, rappelle Bernard Dobbeleer, coordinateur musical radio à la RTBF, dans un article signé Tarmac : « Aux États-Unis, depuis de nombreuses années, quand un artiste pop-rock fait un feat avec un rappeur, parfois pour ne pas déplaire au public de base de l’artiste plus mainstream, les artistes eux-mêmes créaient une version ‘radio edit’ sans la partie rap. Parfois, on enlève des minutes pour arriver à un morceau de 3-4 minutes, plus adapté à la radio. Et quand il s’agit de rap, ils font des versions censurées. Si le titre est un gros tube, mais qu’une parole est problématique, ils vont faire une version moins ‘choquante’ pour les radios mainstream ».

Une modification sans l’accord de l’artiste

Problème, la version diffusée sur certaines radios françaises n’a pas été créée, ni validée par les deux artistes. « Ça, c’est étrange et ça change tout. Parce qu’un ‘radio edit’, cela se fait en concertation avec l’artiste. Dans ce cas-ci, on verse dans le manque de respect envers la prestation ou l’intégrité de l’œuvre. Ça, ce n’est pas une démarche si courante que ça. C’est même choquant, ça va loin. L’artiste, ou le compositeur et l’interprète si ce sont deux personnes différentes, peut invoquer le droit moral qui veut que l’on ne peut pas toucher à l’intégrité d’une œuvre ou de la prestation », indique à la DH Luc Gulinck, juriste spécialisé en droit d’auteur et droits voisins.

À noter qu’en Belgique, le titre est bel et bien diffusé dans son entièreté sur toutes les ondes.