La voiture électrique est-elle réellement écologique?

La voiture électrique est-elle réellement écologique?
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Le problème des batteries

Pour estimer la véritable empreinte écologique de la voiture électrique, il faut prendre en compte l’ensemble de son cycle de vie. La fabrication de ce type de véhicules pollue plus qu’un diesel, à cause de la batterie. Les batteries contiennent en effet du cobalt, du lithium, du nickel ou du graphène qui sont extraits des sous-sols en Afrique et en Amérique du Sud, dans des conditions environnementales et sociales déplorables. L’extraction demande le déploiement d’engins lourds. « Ensuite, il faut broyer ces minéraux. Il faut faire de la chimie pour séparer les composants. Et donc, on va avoir beaucoup de pollution, on va avoir des effluents miniers. Ces impacts, on ne les voit pas, mais ils sont énormes au niveau environnemental », explique Jonas Moerman, expert énergie chez Ecoconso, à la RTBF.

« Dette carbone »

La batterie est ensuite assemblée en Chine dans des usines très polluantes. Et puisque la batterie est lourde, il faut alléger le véhicule. On utilise donc de l’aluminium pour la carrosserie, dont la fabrication consomme quatre fois plus d’électricité que l’acier.

En sortant de l’usine, une voiture électrique possède donc une « dette carbone ». Ce surplus de pollution par rapport à une voiture « classique » s’efface petit à petit en roulant car le véhicule électrique ne produit pas d’émission. Pour compenser sa dette, il a été calculé qu’une petite voiture électrique doit rouler au moins 20.000 kilomètres. Ce qui est encore rapidement atteint. Par contre, un plus gros véhicule, comme un SUV, devra parcourir 100.000 kilomètres pour effacer sa dette carbone. Car plus un véhicule est massif, plus sa batterie est importante et plus il faut de matériaux. À titre d’exemple, la batterie de la Renault Zoe pèse 305 kg, celle de l’Audi e-Tron est à 700 kg. La batterie des petits véhicules est en général garantie 8 ans.

Quelles solutions ?

L’idéal serait d’utiliser des batteries de 50 kWh, « ce qui reste raisonnable pour une petite voiture mais un peu juste pour une plus grande », explique encore Jonas Moerman.

Une solution à la pollution due à la production des batteries serait de les produire plus près de chez nous, où les usines et l’électricité sont plus propres. Une part importante de l’électricité produite dans les pays asiatiques provient en effet du charbon, tandis que dans des pays comme la Belgique, elle provient du nucléaire.

Et qu’en est-il du recyclage des batteries et de la pollution que cela engendre ? Plusieurs solutions existent pour la limiter au maximum, comme le xStorage. Il s’agit d’utiliser les batteries en fin de vie des voitures pour le stockage domestique de l’énergie.

En conclusion, la voiture électrique est-elle réellement écologique ? La réponse est non. Mais un petit véhicule électrique polluera moins sur la durée qu’une voiture classique.

L’EUROPE PRÊTE POUR 2035 ?

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En 2035, 100 % des véhicules neufs devront être « zéro émission » sur les routes européennes. Les véhicules à essence et diesel pourront toutefois toujours rouler dans l’UE après cette date car loi ne concerne pas la vente de véhicules d’occasion. Si les véhicules à essence reculent déjà, ce sont surtout les hybrides légères (essence et diesel) qui en ont profité, avec un quart de véhicules de ce type vendu en Europe au premier trimestre 2022.

Le prix des voitures électriques pourrait vite baisser à mesure qu’elles sont produites en masse. Mais serons-nous prêts pour 2035 ? C’est difficile à prévoir. En Belgique, le gouvernement voulait mettre fin au nucléaire en 2025. Mais le plan B est de prolonger de dix ans deux des quatre réacteurs nucléaires en cas de besoin. Y aura-t-il assez d’énergie pour recharger tous les véhicules électriques ? Oui, prédisent des experts. Mais on ne connaît pas encore le coût qu’aura cette énergie. En outre, le nombre de bornes disponibles n’est actuellement pas encore très élevé. Selon le dernier rapport ChargeUp, la Belgique possède seulement 129 stations électriques pour 100.000 habitants.

Le Conseil européen des ministres de l’Environnement est toutefois prêt à changer d’avis si les coûts des véhicules demeurent trop élevés. La Commission évaluera en 2026 la viabilité économique et sociale de la transition.

LE SOLAIRE, L’AVENIR ?

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Dans de nombreux pays, des ingénieurs travaillent sur un nouveau concept d’automobile électrique basée sur l’énergie solaire. Le but est de permettre à la batterie de se recharger en continu en roulant grâce à l’ensoleillement, mais aussi de permettre une recharge via une borne en cas de besoin. Le challenge est de pouvoir proposer un design attractif et sécurisé en intégrant des panneaux solaires mais aussi que la conception ne soit pas être trop énergivore. À l’heure actuelle, le prix de ces voitures est très élevé mais pourrait devenir plus abordable dans un futur proche. Le constructeur hollandais Lightyear propose déjà un modèle de voiture électrique bardée de panneaux solaires à partir de 30.000 euros. Son entrée en production est prévue pour 2024-2025. La Sion de l’Allemand Sono Motors, que l’on peut déjà précommander, est environ au même prix. Ses 456 demi-cellules intégrées dans la carrosserie lui permettent d’ajouter 112 km d’autonomie en moyenne (jusqu’à 245 km) par semaine à la batterie. Sur une borne de recharge rapide, elle remplit sa batterie à 80 % en 35 minutes. Une belle promesse pour l’avenir !