Ces endroits hallucinants où l’on a retrouvé des microplastiques

Ces endroits hallucinants où l’on a retrouvé des microplastiques
Belga / P. de Oliveira

Chaque année, l’être humain déverse pas moins de 9,5 millions de tonnes de plastiques en mer selon l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Une fois dans l’eau, ceux-ci se décomposent sous forme de microplastiques : des particules inférieures à 5 mm, qui proviennent par exemple de la détérioration d’emballages, de pneus, des équipements de pêche, ou du lavage des vêtements.

Ces particules polluantes (parfois invisibles à l’œil nu) s’éparpillent ensuite aux quatre coins de la planète, polluant en quantité l’eau, l’air et même nos aliments.

Dans les lieux les plus reculés

De nombreux chercheurs ont recensé la présence de ces microparticules dans des fleuves et aux quatre coins des océans, jusqu’au fond de la fosse des Mariannes, la plus profonde connue. En 2020, une étude réalisée par l’agence nationale australienne pour la recherche (jusqu’à 3000 mètres de profondeur) indiquait que les fonds marins de la planète sont jonchés d’environ 14 millions de tonnes de microplastiques.

Mais les microplastiques se diffusent aussi jusqu’aux plus hauts glaciers. En effet, leur présence a même été mise en évidence dans les neiges près du sommet de l’Everest : à 8.840 m d’altitude ! Une pollution vraisemblablement issue de l’équipement des grimpeurs qui se pressent chaque année sur le toit du monde (vêtements, tentes et cordes d’alpinisme étant fabriqués en matières synthétiques).

Ph. Belga

D’autres recherches ont également retrouvé des particules de microplastiques dans les neiges fraîches des Alpes, mais aussi de l’Arctique et de l’Antarctique. Autrement dit, transportées par le vent, la neige ou la pluie, ces microparticules atteignent aussi les régions les plus reculées du monde.

Plus surprenant encore, des chercheurs français en ont également détecté dans de l’air « pur » des Pyrénées, en altitude au-dessus des nuages (à plus de 2.877m).

Du fond des océans aux sommets des montagnes, les microplastiques sont donc présents partout dans l’environnement, mais pas seulement.

Dans le corps humain

Pas si surprenant que l’on respire ces particules présentes dans l’air (notamment des microfibres issues des vêtements synthétiques). Ainsi, des chercheurs ont montré la présence de ces microplastiques dans certains organes humains, comme les poumons.

En mars dernier, une autre étude faisait état, pour la première fois, de traces PET (polytéréphtalate d’éthylène), un plastique notamment utilisé pour fabriquer des bouteilles, dans le sang. Du polystyrène, utilisé pour les emballages alimentaires, ainsi que du polyéthylène ont aussi été découverts.

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Comment les microplastiques voyagent-ils dans le corps humain ? À ce stade, les scientifiques n’ont pas la réponse. Néanmoins, des microplastiques ont été trouvés dans d’autres organes : la rate, les reins, et même le placenta des femmes enceintes, tant de du côté de la mère que de celui du fœtus. Cette récente découverte (2021) avait soulevé des inquiétudes quant aux conséquences potentielles de cette présence étrangère sur le développement du fœtus.

Dans les produits du quotidien

Outre les nuées de nanoparticules que l’on respire, les microplastiques peuvent également être absorbés via des produits cosmétiques, ou encore ingérés via ce que l’on mange et ce que l’on boit. Les plus évidents (vu la pollution des océans), sont les poissons et fruits de mer. Mais l’on retrouve également des microplastiques dans l’eau… en bouteille. Selon une étude française réalisée cette année, 78 % des bouteilles contiendraient des microplastiques (avec des concentrations variables, allant jusqu’à 120 particules par litre). Autre sujet d’inquiétude : les biberons de lait. En moyenne, un bébé de 12 mois avale ainsi chaque jour 1,5 million de microplastiques provenant de son biberon.

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Aujourd’hui, le constat est effrayant : même si l’on bannit le plastique de notre propre quotidien, ces microparticules sont tellement présentes partout que l’on va de toute façon les inhaler. Selon un rapport du WWF (« Plastic Diet »), un adulte respirant un air pollué et buvant de l’eau en bouteille ingère jusqu’à 121.000 microparticules de plastique par an (quelque 250 grammes). C’est l’équivalent d’une carte de crédit chaque semaine.

Quel danger pour la santé ?

Inhaler, absorber, ingérer ces microplastiques (contenant souvent des additifs chimiques comme des colorants, plastifiants, stabilisants…), et ce de manière chronique, a-t-il un impact sur notre organisme ? S’ils sont devenus une source majeure d’inquiétude pour l’environnement et la santé, les dangers pour les êtres vivants des microplastiques sont pour l’instant difficilement quantifiables.

Des études réalisées sur les organismes marins ont démontré que ces microplastiques ont un effet délétère sur les animaux (impact sur leur croissance, métabolisme, reproduction…). Leurs conséquences sur la santé humaine demeurent encore mal connues, mais pourraient toutefois être néfastes. Les microplastiques pouvant être également cancérigènes et mutagènes. Les pistes d’études ne manquent pas pour les scientifiques. L’hypothèse étant que l’intrusion des microplastiques puisse être responsable de certains syndromes affaiblissant les organismes humains.

Mais inquiétude ne signifie pas avec danger. Et les chercheurs rappelleront qu’il n’y a pas encore de preuve scientifique. Dans ce cas, c’est néanmoins le principe de précaution qui doit primer, avec la mise en œuvre de politiques publiques destinées à tout faire pour que le plastique ne termine plus sa course dans notre environnement.

Le gombo, un allié pour filtrer les eaux

Comment se débarrasser des microplastiques sans recourir à un système polluant ? La réponse, on la trouve dans la nature, et plus particulièrement dans le gombo. Également nommé okra, le gombo est une plante gluante utilisée comme épaississant dans nombre de recettes, notamment antillaises, de Louisiane ou d’Asie du Sud. Mais des chercheurs américains lui ont trouvé une autre finalité : filtrer le microplastique des eaux usées.

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Cette méthode naturelle pourrait donc offrir une alternative à l’utilisation de produits chimiques dans les usines de traitement des eaux usées, qui posent eux-mêmes des risques pour la santé. Ces usines éliminent généralement les microplastiques en deux temps : ceux qui flottent à la surface sont retenus, puis des produits chimiques appelés floculants permettent d’agglutiner le reste pour former des agglomérats plus faciles à filtrer. Mais ces floculants, comme le polyacrylamide, peuvent se décomposer en autres substances, elles toxiques.

Pour remplacer ces agents chimiques, les scientifiques ont testé des extraits des plantes facilement accessibles. Résultat : pour purger l’eau polluée par des microplastiques, il apparaît que l’association d’extraits de gombo et de fenugrec étaient les plus efficaces dans l’eau de mer, et qu’une variante gombo-tamarin était la meilleure solution pour l’eau douce. Les composés naturels issus de ces plantes, des polysaccharides, sont au moins aussi efficaces, sinon plus, que le polyacrylamide synthétique. Et, surtout, les produits à base de plantes sont à la fois non toxiques et déjà utilisables dans les stations d’épuration telles qu’elles existent aujourd’hui.