Une plongée dans les abysses avec le dernier thriller d’Olivier Descosse

Avocat et lui-même passionné de plongée sous-marine, Olivier Descosse nous emmène au plus profond des abysses dans son dernier thriller «Peurs en eau profonde». Des profondeurs qui intriguent autant qu’elles terrifient, et qui révèlent le meilleur comme le pire…

par
Oriane Renette
Temps de lecture 5 min.

Vous nous emmenez dans un univers original, celui des «teks», de la plongée technique. Comment vous est venue cette idée?

«Je fais de la plongée en bouteille. Adorant la plongée, j’avais envie de situer une intrigue dans cet univers. Pour autant, je voulais que ce soit encore plus spectaculaire. La plongée technique, c’est une plongée professionnelle très spécifique. Et des mortels qui descendent si profond, ça permettait d’avoir une arène très romanesque.»

Ces profondeurs, c’était un cadre idéal pour un thriller?

«Tout à fait, c’était le cadre idéal pour y placer un crime. Ça permet d’accéder à des endroits très secrets. Plus on descend profond en mer, plus le fantasme est important. Rares sont ceux qui descendent aussi profond. Donc chacun se demande ce qu’il peut bien y avoir là-dessous.»

Ces abysses, c’est l’inconnu, les zones d’ombre qui fascinent. Peut-on y voir un parallèle avec le crime?

«Oui, effectivement. À la fois on descend dans les profondeurs de la mer, et en même temps on descend dans les profondeurs de la psyché humaine. C’était un parallèle intéressant à explorer. On le trouve dans les mythes comme la caverne de Platon, l’Atlantide… Il y a une descente qui est réelle, physique, dans les profondeurs de la mer. Et puis, il y a celle qui est symbolique: le fait d’accéder aux couches les plus secrètes et plus profondes de notre inconscient.»

Vous faites référence à Jean, le personnage central du roman?

«Oui, Jean n’est pas plongeur par hasard. Il a épousé ce métier pour fuir quelque chose. C’est l’énorme paradoxe: il se sent en sécurité dans cet endroit où les autres ne le seraient pas. Et où, objectivement, on ne l’est pas. Il y a un contraste entre cette fragilité psychique qu’il a et sa force physique, son courage d’affronter des situations extraordinaires.»

À côté de Jean, on trouve des personnages féminins forts et au premier plan. C’était une volonté de votre part?

«Je ne sais pas si c’était un choix délibéré. Ça s’est imposé naturellement, ce n’était pas calculé. Face à Jean, je voulais un personnage féminin (Chloé). Après, une fois qu’on a construit l’intrigue, l’histoire nous échappe un peu. Les personnages apparaissent les uns après les autres, au fil de l’écriture. Parfois, on n’en avait pas vraiment prévu l’importance. Quand j’écris, je définis un cadre mais ensuite je me laisse de la liberté. Car en me surprenant moi-même, je pense que je peux aussi surprendre le lecteur.»

Retrouvera-t-on Chloé dans un prochain roman?

«À mon sens, c’est toujours important que l’histoire permette aux personnages non pas de se réparer à 100%, mais au moins d’apporter une pierre sur leur chemin de la résilience. Dans ce roman, Chloé comprend certaines choses sur sa vie et ses démons. Elle a réussi à progresser mais elle n’est pas encore en paix avec elle-même. Chloé continuera son chemin dans le prochain roman. Elle reviendra, en binôme avec un personnage que j’ai créé il y a une dizaine d’années: Paul Cabrera, commandant à la criminelle. Ils vont être réunis sur une enquête assez incroyable, dans une arène de haute montagne.»

On passe donc de la mer à la montagne, mais toujours en pleine nature…

«Ce qui m’intéresse, c’est la nature dans son côté extrême, sauvage. À la fois pure et extrêmement dangereuse. Il faut pouvoir apprivoiser ces éléments, de façon à mieux les respecter et à mieux vivre en harmonie avec eux. J’ai grandi dans le sud de la France, entre la mer et la montagne. Ça m’a énormément plu et impacté. Sans être dans le militantisme, j’essaie, à travers mes romans, de sensibiliser les gens à l’existence de cette nature qui fascine autant qu’elle fait peur.»

Cette puissance de la nature, elle force aussi les personnages à se révéler à eux-mêmes…

«Oui, entièrement. Dans nos sociétés occidentales, on vit de façon extrêmement protégée de cette nature. Alors qu’elle nous définit. On en arrive à oublier à quel point la nature peut être à la fois nourricière et en même temps dangereuse. C’est une façon de le rappeler, de rappeler notre humanité. On fait partie de tout ça, même si on a tendance à l’oublier. Que ce soit la mer, la montagne ou la forêt… Il faut prendre la mesure de cette force qui nous entoure, qui nous protège et qui peut aussi nous détruire.»

En quelques lignes

Au large de Marseille, le corps d’une jeune femme est retrouvé dans les filets d’un chalutier. À la Crim’, la commandante Chloé Latour est la seule à être persuadée que ça n’a rien d’un accident. Au cours de son enquête, elle croisera la route de Jean Sardi: un plongeur professionnel aguerri, poursuivi par un passé qui l’a poussé à se réfugier dans le silence des fonds marins. Il connaissait la victime et pourrait bien avoir un mobile. Mais le mystère s’épaissit encore quand d’autres corps vont ressurgir des profondeurs…

C’est dans ces fonds marins qu’Olivier Descosse campe son dernier thriller. Il nous fait découvrir l’univers mystérieux et captivant des plongeurs techniques et des chercheurs d’épaves, où chaque faux pas peut être fatal. Un cadre original pour ce roman au rythme haletant, dans lequel on plonge comme en apnée. On apprécie une intrigue riche, même si l’on en devine (un peu tôt) le dénouement.

Peurs en eau profonde, d’Olivier Descosse, chez XO Editions, 496 pages, 19,90€