Êtes-vous un multipotentiel?

Êtes-vous un multipotentiel?
Ph. Pixabay

Comment reconnaît-on un multipotentiel ?

« J’aime bien la métaphore de l’abeille : la fleur perd de son intérêt une fois butinée. Le MP s’ennuie vite, il aime passer d’une activité à une autre. Il présente une pensée en arborescence et fait facilement du lien entre les choses. Dans l’entreprise, il créera facilement des ponts entre les différents services. En tant qu’entrepreneur, il créera de nouvelles offres en en mélangeant plusieurs. Il est le champion de l’hybridation ! On le qualifie de touche-à-tout et parfois malheureusement d’éternel amateur ou éternel débutant puisqu’il aime la nouveauté. C’est un généraliste et pas un spécialiste. Or, la société valorise depuis longtemps les spécialistes. Ceux qui choisissent une carrière très jeune et qui l’approfondissent toute leur vie. C’est bien aussi, évidemment ! Ce sont des façons complémentaires d’aborder le monde du travail. Un des multipotentiels les plus connus est Léonard de Vinci. »

Pourquoi dites-vous qu’il est un atout pour le monde du travail, particulièrement aujourd’hui ?

« Notre société est en pleine mutation. On pense que 80 % des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Les MP sont les champions de la créativité et peuvent entrevoir facilement des besoins qui se profilent et qui n’existent pas encore. Moi-même, je perçois souvent des choses qui vont arriver en termes de développement de certains marchés. Il y a comme une propension à l’anticipation grâce au fait que le MP va percevoir ce que l’on peut appeler des ‘signaux faibles’. Ce sont donc de bons visionnaires. D’un autre côté, ils s’adaptent très bien au changement, ce qui est bien sûr une force dans une société en transition. Les ‘change makers’ sont souvent des multipotentiels. »

Le souci, c’est qu’ils manquent souvent de confiance en eux…

« Parce qu’ils ont le sentiment de s’éparpiller, de ne pas entrer dans les cases, d’être d’éternels débutants. Ils pensent très souvent qu’ils sont illégitimes dans leur activité du moment. Il y a aussi ce sentiment de ne pas trouver une communauté qui leur ressemble. D’être différents, voire défaillants. Tout ce vocabulaire est assez négatif et je préfère dire que le MP a plusieurs centres d’intérêt plutôt qu’il ne rentre pas dans les cases. Parfois aussi, il peut se sentir coupable d’une certaine paresse intellectuelle en allant pas au bout des choses mais ce n’est pas le cas. Ce qu’il se passe, c’est qu’une idée ou une activité l’emmène vers une autre mais même s’il ne l’approfondit pas complètement, il aura appris ce qu’il avait besoin d’apprendre. Et d’ailleurs, ils ont souvent une grande capacité de synthèse et d’aller à l’essentiel. »

Leur donner confiance, c’est la raison de ce livre ?

«  Oui, leur montrer qu’ils ne sont pas les seuls et leur donner des outils pour mieux se comp rendre et jouir pleinement de leurs forces. Mon premier livre s’appelait ‘Adieu salariat, bonjour la liberté’. Il y avait cinq pistes de reconversion et une d’entre elles était les slasheurs, catégorie dont je fais partie. J’ai eu beaucoup de réactions sur ce sujet en particulier et cela m’a interpellée. J’ai aussi été très inspirée par le livre d’Emilie Wapnick sur les gens qui n’ont pas de vocation unique. Beaucoup de gens ne se sentent pas dans la norme et se sentent seuls par rapport à cela. Depuis que le livre est sorti il y a quelques semaines, je reçois d’ailleurs énormément de messages de personnes qui disent que ça leur fait un bien fou de me lire ! »

Un multipotentiel est-il plus intelligent que la moyenne ?

« On ne sait pas le dire car il n’y a pas de méthode de calcul pour définir les MP, contrairement aux tests de QI. Howard Gardner a développé la thèse selon laquelle il y a neuf types d’intelligences. Le MP peut se retrouver dans chacun d’entre eux. Il y a donc des profils multiples… de multipotentiels. Cependant, on peut retrouver en général les mêmes caractéristiques chez les MP et chez les HP : arborescence, curiosité, soif d’apprendre, capacité de synthèse, intuition… »

Vous dites que la crise du Covid-19 a changé la donne…

« C’est vrai que la Covid-19 a poussé beaucoup de gens à vouloir se reconvertir professionnellement car ils veulent plus de sens dans leur travail. Ne le voyez-vous pas autour de vous ? Certaines enquêtes font état de quatre personnes sur dix qui veulent se réorienter ou trouver un nouvel équilibre. Et comme je le disais, parallèlement à cela, le monde de l’entreprise doit se transformer. Ces deux données se croisent, les cartes vont être redistribuées. Je vois bien que de plus en plus d’entreprises travaillent avec des free-lance, je vois également des free-lance redevenir employés ou l’inverse. On peut aujourd’hui modifier son mode de fonctionnement beaucoup plus facilement qu’avant. Cela peut créer de l’angoisse car la liberté fait peur mais c’est surtout une grande chance de pouvoir choisir sa façon de travailler et de pouvoir multiplier les casquettes. »

Vous proposez également de changer notre perception du temps pour faire tomber la pression.

« J’ai plus de 50 ans, je viens de rajouter une corde à mon arc : le podcast. Et j’ai envie d’écrire un roman. J’ai travaillé en tant que salariée dans six boîtes différentes avant de devenir indépendante. Dans notre société, il y a encore et toujours cette pression de trouver sa voie, sa mission de vie, sa vocation. Certains n’osent pas entreprendre car ils ont peur de faire un mauvais choix. C’est dommage. Je pense que la vie professionnelle est longue, bien plus longue qu’elle ne l’a jamais été, on vit mieux de plus en plus vieux, on peut se donner à fond pendant plusieurs années à une activité en se disant que c’est probablement une étape vers autre chose et ce n’est pas g rave. »

Votre livre comporte aussi des résumés sous forme de sketchnotes. C’est original !

« Parce que l’on a chacun nos préférences en termes d’apprentissage. Mon livre comporte un peu de théorie que j’ai vulgarisée et que j’ai résumée en dessins. Et puis j’ai ajouté beaucoup de petits exercices pratiques pour apprendre à déceler les objectifs qui font vraiment sens, à gérer son temps, à s’entourer, à recruter, à manager… lorsque l’on est MP. »