Céline Berger: «Nous ne sommes pas armés face aux ruptures»

Céline Berger: «Nous ne sommes pas armés face aux ruptures»
Ph. Facebook

Comment est né ce roman ?

« Je savais que je voulais écrire mon premier roman sur la passion amoureuse. Il me fallait trouver un chemin pour que ce ne soit pas banal. Pendant le confinement, je suis retombée sur ma boîte à souvenirs, celle que l’on trimballe de déménagement en déménagement. Dedans, il y avait une lettre de mon premier amoureux. Je l’ai relue en me demandant : pourquoi est-ce que l’on garde tous ces souvenirs ? C’était une question à creuser. »

Une boîte à souvenir, c’est aussi l’élément déclencheur du roman…

« Emma apprend que sa grand-mère vient de mourir. Chez elle, Emma retrouve sa boîte à souvenir, qu’elle avait éloignée d’elle parce qu’elle prenait trop de place, chez elle et dans sa tête. À partir de ce qu’elle retrouve dans cette boîte, elle va remettre en question tous les choix qu’elle a posés jusqu’à aujourd’hui. Elle se demande si elle a fait les bons choix ou s’il est encore temps d’en faire d’autres. »

Chaque chapitre s’ouvre et s’articule autour d’une chanson. Pourquoi cette construction ?

« J’ai une petite particularité : j’ai tout le temps une chanson en tête. Des paroles et des mélodies jalonnent toutes mes journées. Quand j’ai commencé à écrire, c’était ‘de beaux souvenirs’ de Benjamin Biolay, comme je venais de retrouver ma boîte à souvenirs. À partir d’un mot, mon esprit fait ricochet et lance mon juke-box intérieur. Je voulais transmettre cela au lecteur.

En fait, nous sommes nombreux à avoir des chansons qui nous collent. Certains ont, comme moi, toujours des chansons en tête. D’autres associent une chanson à une période de leur vie, à des vacances, à un slow, à un premier baiser… Et cette chanson va, à chaque fois, les ramener à ce passé. Je crois que l’on a chacun un rapport à la musique assez émotionnel. »

Pourquoi avoir choisi l’angle de la rupture pour parler de passion amoureuse ?

« Quand on rentre dans le livre, on est dix ans après cette rupture. Pourtant, ça semble toujours aussi présent. Dans toute passion amoureuse, il y a une forme d’emprise. C’est cela qui m’intéressait dans la rupture : ce n’est pas parce que l’autre est parti ou que l’histoire est finie que cette emprise s’annule. Cette emprise qui peut perdurer bien au-delà de la rupture. »

Les ruptures sont moins souvent explorées dans les romans. C’est une histoire qui vous manquait ?

« Une méga rupture comme celle du roman, on n’en vit qu’une, ou très peu, dans une vie. Je trouve que l’on n’est pas armé pour vivre des ruptures telles que celle-là. On ne nous dit pas : ‘ça va durer, et il ne suffit pas de se remettre avec quelqu’un d’autre et d’être heureux pour que ça passe’. Je trouvais ça important de le dire aussi. Parfois il faut du temps pour que ça passe. Et il se peut aussi que ça ne passe jamais. Mais ce n’est pas pour autant que la vie s’arrête, ou qu’il n’y a pas d’autres projets ou d’autres bonheurs dans cette vie-là. »

À votre sens, comment peut-on se remettre d’une telle rupture ?

« Il me semble qu’il faut sortir du fantasme. L’absence lève un verrou sur tout ce qui est raisonnable. Le fait que l’autre ne soit pas là, pas là pour dire : ‘je ne reviendrai jamais’ ou ‘je ne t’aime plus’, ça laisse tous les scénarios possibles. Et ça rend l’oubli vraiment ardu. Il faut faire taire le fantasme et regarder la réalité en face. À partir de là, on a accès à une autre version de la rupture, et à une autre version de cette passion. Cette passion, si elle perdure quelque part, c’est surtout dans le fantasme. »

Un personnage particulièrement attachant est celui de la grand-mère d’Emma, Lucette.

« À l’écriture, Lucette est la grand-mère que je souhaite être plus tard. À la relecture, j’ai réalisé que c’est la fusion parfaite de mes deux grands-mères. Elle a les traits de personnalité et les phrases chocs de ma grand-mère paternelle, l’élégance de ma grand-mère maternelle. Physiquement, elle ressemble à ma grand-tante. Ce sont les vieilles dames de ma vie qui se sont rencontrées dans Lucette. L’une de ces grandes dames était en fin de vie, c’est pour ça que j’étais pressée de sortir ce roman. Elle est partie il y a quelques jours. Je suis très heureuse qu’elle l’ait lu. J’ai accompli ce que je voulais accomplir pour elle. »

En quelques lignes

« Les Chansons françaises », c’est la bande son du premier amour d’Emma. Une première histoire d’amour qui est de celles qui nous submerge, nous transperce et se grave en nous à jamais. Cet amour ardent pour lequel on est prêt à tout, même s’il nous consume. A la mort de sa grand-mère, Emma décide de replonger dans ce passé pour clore ce chapitre de sa vie et parvenir enfin à exister pleinement. Dans ce roman plein de douceur et de mélancolie, Céline Berger, psychothérapeute, construit son histoire au rythme des mots des plus grands interprètes (Renaud, Barbara, Souchon, Biolay…). Un roman qui saura toucher tous ceux qui ont aimé de cet amour incandescent. Un roman qui, comme les plus belles chansons, éveille un écho particulier en nous. (or) 3/5

Les chansons françaises, de Céline Berger, éditions du Panthéon, 232 pages, 18,90€