Vous êtes fatigué en ce moment? Voici sans doute pourquoi

Vous êtes fatigué en ce moment? Voici sans doute pourquoi
Ph. Getty images

« Cette fin d’année, je n’en vois plus le bout ». De grands cernes se dessinent sur le visage d’Alexis au moment de commencer sa journée. Pour ce juriste de 28 ans, un sentiment de « ras-le-bol » dicte ses journées. « Je n’arrive pas à me projeter vers du positif », explique-t-il en attendant le métro, « je m’en rends compte maintenant, mais cela fait longtemps que je n’ai plus connu un sentiment d’allégresse ».

La fatigue caractérise le mieux l’état d’esprit de 17 % des Français, rapporte un sondage Ipsos-Jean Jaurès. Selon l’enquête CoviPrev, qui suit l’évolution la santé mentale en période de pandémie « 18 % des Français montrent les signes d’un état dépressif ». Si le niveau est stable par rapport à la vague précédente, il est de 8 points plus élevé qu’en période hors Covid.

« La fatigue semble particulièrement présente ces temps-ci, d’une part parce qu’elle est inhérente à la période de l’année : le froid hivernal s’installe, la lumière du jour est éphémère, la charge de travail est plus abondante et peut être source d’anxiété… », explique Clémence Viau, psychologue clinicienne. Ces troubles dûs à la saison ne sont pas les seules causes de ce coup de mou. « La fatigue peut être latente et est d’autre part accentuée et envenimée par la crise sanitaire que nous traversons », poursuit la spécialiste.

2021, une année marquée par les mesures sanitaires

Pour tenter d’endiguer la pandémie, les gouvernements ont multiplié les mesures restrictives. « Les couvre-feux et confinements ont été pour certains des expériences traumatisantes », souligne Clémence Viau, « ces évènements […] nous ont confrontés au danger de mort, à l’impossibilité d’agir, à l’impuissance et à la privation de liberté engendrant un sentiment de passivité. »

De plus, impossible de se projeter. Entre les nouvelles vagues, les variants, ou les mesures spécifiques à chaque pays, difficile de planifier des vacances ou de se projeter vers l’avenir. Autant de « facteurs anxiogènes pouvant entraîner une profonde souffrance psychique », explique Clémence Viau. Ce sentiment dépasse les frontières françaises. En février 2021, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) parle de « fatigue pandémique » et la définit comme « une détresse pouvant entraîner une démotivation à suivre les comportements protecteurs recommandés ».

Alors, tous fatigués ? « On ne peut plus considérer cette fatigue comme étant une caractéristique personnelle », a affirmé le psychanalyste Serge Hefez, au micro de France Culture. Pour le psychiatre des hôpitaux, il s’agit d’une « fatigue démocratique et sociale où émergent les fatigues individuelles ». Mais le spécialiste se veut optimiste. Cette fatigue collective « peut devenir paradoxalement une force mobilisatrice et […] pourrait faire émerger une intelligence collective autour de cette question ».