Barbara Louys - De la TV aux bijoux

Barbara Louys - De la TV aux bijoux

Après dix années passées à la présentation de l'émission « C'est du Belge » aux côtés de Thomas Van Hamme puis de Gérald Watelet, Barbara Louys s'est vue « remerciée » en février dernier par la RTBF. Officiellement parce que la ligne de bijou By B qu'elle avait lancée était « incompatible avec ses activités télévisées ». Mais il en fallait bien plus bien plus pour la démoraliser. Ce qui n'était qu'un hobby secondaire est devenu sa principale activité. Une passion qu'elle tient de sa mère, elle-même créatrice de bijoux et avec qui elle travaille aujourd'hui. Rencontre en cette veille de fête des mères.

La fête des mères, c'est un moment important pour vous ?

«Pour moi, c'est avant tout une réunion de famille, l'occasion de se retrouver avec ma sœur (Maureen Louys, ndlr), ma mère, mon beau-père, autour d'un bon repas. Je suis assez partisane de ces coutumes, de ces moments dans l'année parce qu'on n'a jamais finalement trop le temps avec nos activités.»

Quelle est votre relation mère-fille ?

«On a une relation assez forte. Adolescente, elle dira sans doute que je n'ai pas été facile. Mais on a une bonne relation, autant d'un point de vue professionnel que personnel. Elle a toujours été là, on se parle au moins une fois par jour, comme avec ma sœur d'ailleurs. On est très fortement connectées, et je ne m'imagine pas passer deux jours sans l'appeler. Elle aime rester au courant de ce qu'il se passe dans nos vies (rires), c'est une mère bien présente.»

Vous venez de lancer votre marque de bijoux. C'est un virus que vous a transmis votre mère ?

«Oui, j'ai toujours vu ma mère entourée de bijoux, de perles, de pierres, de diamants… Jamais, à l'époque, je ne m'étais projetée là-dedans. C'était pour moi un univers familial, j'avais ma carrière qui était toute tracée. Finalement, à 40 ans, j'ai eu envie de créer quelque chose. La télé, c'est formidable mais aussi très éphémère, et je suis bien placée pour en parler. J'avais envie de développer quelque chose de pérenne. J'ai pensé à la couture, à une ligne de vêtements, mais je ne m'y sentais pas à l'aise. Et c'est quand ma mère m'a annoncé sa retraite que je me suis dit pourquoi pas. J'allais donner mon style à une tradition familiale et développer ma collection. J'ai profité de ce passé et de ce savoir-faire pour donner un coup de jeune.»

Et vous travaillez désormais avec elle.

«Elle me conseille. J'ai eu la chance d'avoir les contacts de ses fournisseurs, de ses bijoutiers, de ses enfileuses, et même de ses clients qui m'ont accueillie gentiment. J'ai gagné du temps grâce à elle. Et j'ai profité de sa bonne réputation. Je n'étais pas Barbara Louys de la télé, mais Barbara Louys, la fille de Christine. Bon, on n'est parfois pas d'accord, mais c'est un échange toujours riche.»

Vous avez mis la perle au centre de votre collection.

«Quand j'avais 18 ans, j'accompagnais déjà ma mère en Asie. à l'époque, je sélectionnais et je négociais les perles avec elles. Et c'est un bijou qui me correspond bien, il est très couture. Ce sont des bijoux à prix accessibles, qui ne sont pas bling-bling parce que, par définition, il est difficile de donner une valeur à un collier de perles. C'est un bijou de connaisseur, qui a beaucoup de classe et d'élégance. En tout cas, cela me correspond bien plus que la grosse cartache en diamants (rires). C'est à la fois chic et fashion. Cela peut réinterpréter toute une tenue. C'est très ludique.»

Vous avez quitté la RTBF dans les circonstances que l'on connaît mais l'envie y est toujours puisque vous venez de lancer votre web-tv. Quelle en est la ligne ?

«C'est un peu la télé du producteur au consommateur. J'ai la chance d'avoir un graphiste, un webmaster et un caméraman qui m'aident, mais il y a plein de séquences que je fais toute seule. Quand mon expérience à la RTBF s'est terminée, je me suis rendu compte que c'était surtout le métier qui me manquait. J'adore partager, raconter des histoires, monter des sujets, etc. Comme j'étais orpheline de chaîne et que je n'avais pas d'équipe à ma disposition, j'ai été bêtement m'acheter ma caméra, un selfie-stick, et j'ai fait mon émission. L'avantage, c'est que j'ai tous les accès partout, je peux emmener les spectateurs avec moi, je leur propose des conseils pour se maquiller, se coiffer. J'ai interviewé Philippe Geluck, j'ai fait des cupcakes avec ma sœur… J'ai eu le sentiment que j'avais encore quelque chose à apporter à ce milieu audiovisuel au sens large, et ça me plaît. Et c'est le meilleur des deux mondes. Je m'occupe de mes bijoux et je continue avec cette passion grâce à BELTV. On sait que YouTube et la TV digitale, c'est l'avenir. J'ai été obligée d'y aller plus vite que prévu, mais je suis ravie.»

On vous y voit notamment dans les allées de la foire Art Brussels. Donc, cela brasse large.

«C'est marrant parce que je n'ai jamais su traiter correctement Art Brussels à la RTBF, parce qu'il y a un côté très policé. Il ne faut jamais rien dire de mal sur personne, et rester très grand public. Sur mon antenne, on me voit telle que je suis. Je suis plutôt quelqu'un de spontané. Tous ces moments que l'on a essayés d'estomper de moi pendant dix ans à la RTBF n'existent plus. Je suis totalement libre. Enfin, à 40 ans, je peux être moi-même à l'antenne. On aime ou pas, mais il y a une liberté de ton sur le net qui permet de prendre les choses de façon plus légères. Quand je vais à un cocktail, à une soirée, à un événement, je prends ma petite caméra sous le coude. Tout le monde répond à mes questions, c'est beaucoup plus naturel, spontané et dynamique. Cela me correspond bien. Si j'avais pu bosser comme cela à la RTBF, j'aurais fait trois fois plus de sujets (rires).»

Dix ans de « C'est du Belge », ça permet en effet d'avoir un beau carnet d'adresses.

«Je ne vous le fais pas dire. C'est pour ça que je ne suis pas fâchée sur la RTBF. Je pense que c'était une histoire de destin, j'étais prête et mûre pour faire autre chose. Peut-être aurais-je perdu cette joie de vivre si j'étais restée. Je pense que les choses n'arrivent pas par hasard. Même si, pendant deux mois, j'ai été très affectée, parce que c'est toujours très déstabilisant de partir après autant de temps. Je me suis réorganisée totalement, mon activité accessoire -les bijoux- est devenue principale. Mais là, aujourd'hui, je suis véritablement heureuse.»

Et il vous arrive de regarder aujourd'hui « C'est du Belge » pour le plaisir ?

«Peut-être pas pour le plaisir, mais en tout cas pour observer. Je ne veux pas trop faire de commentaires sur l'émission, mais l'idée de la direction était de rajeunir le programme, et je n'ai pas l'impression qu'ils y sont arrivés. C'est mon avis très personnel. C'était un peu le nœud de notre désaccord. La télé a évolué, le langage média a évolué, on ne traite plus les sujets de la même manière. L'écriture doit être raccord avec l'époque. C'est vraiment ce que j'aimerais faire avec ma télé. On n'a plus envie aujourd'hui de dix secondes de plan fixe avec de la musique classique. Si j'étais à la tête d'une grande chaîne (rires), je ferais un grand nettoyage. Parce que la consommation audiovisuelle va changer.»

 

par Pierre Jacobs