Pouvons-nous passer l’hiver sans allumer le chauffage?

Pouvons-nous passer l’hiver sans allumer le chauffage?
Ph. ETX Daily Up Studio

« L’année dernière, j’ai convaincu ma compagne de ne plus chauffer la maison. À l’exception de deux ou trois fois où nous avons reçu des amis, nous avons réussi à traverser tout l’hiver 2021 sans allumer le radiateur. Il a fait naturellement 15 ou 17 degrés dans notre logement. À l’époque, nos fenêtres étaient équipées d’un simple vitrage, mais cela s’est très bien passé », raconte l’architecte bruxellois Denis De Grave à ETX Studio.

Et le résultat s’observe nettement sur la facture de gaz : 55 euros pour l’année entière ! Alors que l’hiver approche, le couple s’apprête à entamer son deuxième hiver sans tourner le robinet du radiateur.

L’eau est également utilisée de manière raisonnée : « On a abandonné le principe de douche automatique tous les matins ou tous les soirs : on privilégie les moments où on en ressent le besoin, si on a fait du sport par exemple. Nous prenons aussi dans la mesure du possible nos douches à deux. Quand on commence à s’interroger sur sa consommation d’énergie et son mode de chauffage, on porte vite son regard sur les autres postes de dépenses. Une fois qu’on a ouvert les yeux à propos de quelque chose, on a du mal à faire semblant pour le reste », explique Denis De Grave.

Il faut dire que ce nouveau mode de vie moins énergivore fait partie intégrante de son métier. Car en plus d’être architecte, Denis De Grave est aussi assistant de recherche à l’Université catholique de Louvain, co-fondateur et coordinateur du projet Slowheat. Imaginé avec son collègue Geoffrey Van Moeseke (ingénieur architecte à l’UCLouvain), SlowHeat est à la fois un collectif citoyen et un programme de co-recherche financé par l’organisme public Innoviris, qui finance et soutient la recherche et l’innovation dans la Région de Bruxelles-Capitale. « À Bruxelles, et en Belgique en général, une énorme majorité du chauffage est conduite par le gaz. Nous avons donc réfléchi dès 2018-2019 à des méthodes pour réaliser des économies d’énergie », explique Denis De Grave.

Adapter ses activités en fonction de la température ambiante (et non l’inverse)

Une réflexion d’abord axée autour de la crise climatique, qui prend d’autant plus d’ampleur à l’heure où s’ajoute celle de la crise énergétique. Leur postulat de base ? Travailler sur le vaste chantier que représente l’enjeu de résilience dans la région bruxelloise, en s’attaquant au chauffage des logements. Que les frileux à qui la simple lecture de ces lignes donnent la chair de poule se rassurent : l’objectif n’est pas de vivre chez soi transi de froid pendant tout l’hiver, mais plutôt de trouver des méthodes de chaleur alternatives. Ce qui passe avant tout par la chaleur du corps, explique Denis De Grave.

« L’idée est de garder en tête que l’énergie a une valeur et que l’on peut la consommer de manière raisonnée, par exemple on peut éviter de chauffer un espace de 50 mètres carrés alors qu’on reste dans son canapé. On ne va par exemple pas investir directement dans des canapés chauffants, mais plutôt enfiler un pull et fermer les portes pour garder le plus possible la chaleur lorsqu’il commence à faire froid ».

L’un des autres aspects importants, selon l’architecte, est d’adapter les activités que l’on pratique en fonction de la température qu’il fait. « Pourquoi pas privilégier la lecture d’un livre le week-end en journée, à un moment où il y a du soleil, plutôt que le soir où l’on risque d’avoir froid ? On a souvent le réflexe de régler le thermostat du radiateur en fonction des activités que l’on a prévues, plutôt qu’en fonction de la température naturelle de notre logement. D’autant que plusieurs solutions s’offrent à nous : bouillottes, plaids chauffants, etc », énumère-t-il.

Repenser la notion de confort thermique

L’idée derrière SlowHeat est aussi de « refaire de la demande de chaleur un acte conscient et maîtrisé plutôt qu’automatique ». En parcourant la littérature scientifique, les membres du collectif ont identifié un ensemble de méthodes qui consistent à chauffer le corps plutôt que les logements. Par exemple avec un bracelet chauffé à 30 degrés qui, placé autour du poignet, permettrait de compenser une perte de température dans l’air pouvant s’élever à deux ou trois degrés. « La consommation générée par ce type de bracelet chauffé à l’électricité s’élèverait à 2 à 5 watts, soit l’équivalent d’une demi-ampoule LED. Alors qu’un radiateur à eau classique peut consommer 1500 watts lorsqu’il est allumé », précise Denis De Grave.

La démarche du collectif va donc bien plus loin qu’une simple modification de comportement qui consisterait à couvrir les casseroles lorsque l’on cuisine ou à limiter la température de son logement, mais à adopter tout un ensemble de méthodes pour en faire une véritable pratique, voire un mode de vie. « C’est un peu comme passer de la voiture au vélo. On adopte une mobilité différente, qui coûte moins cher en énergie et en argent, avec des avantages et des inconvénients différents, mais tout aussi performante l’une que l’autre », compare Denis De Grave. » Il n’y a pas de recette magique : chacune et chacun doit expérimenter au quotidien des choses pour trouver le bon équilibre, en fonction de ses besoins et de ses contraintes », ajoute l’architecte.