J.R. Dos Santos : Quand les jihadistes sont en possession de la bombe atomique

J.R. Dos Santos : Quand les jihadistes sont en possession de la bombe atomique

La recherche de la vérité, c'est sans aucun doute la marque de fabrique de J.R Dos Santos, écrivain et présentateur vedette du journal au Portugal. Dans «Furie divine», publié la première fois en portugais en 2009, le reporter de guerre a cherché à comprendre le fondamentalisme musulman et les structures internes des réseaux terroristes.

Vous avez publié ce livre en 2009 suite à un reportage que vous avez effectué au Pakistan. Pourquoi le publier aujourd'hui en français?

«Il est sorti également dans d'autres langues en 2009. Mais à cette époque, je n'étais tout simplement pas publié en français. On a pris la décision de l'éditer en français après Charlie Hebdo. Nous nous sommes rendu compte que c'était le bon moment.»

Dans votre roman, vous imaginez des terroristes qui s'infiltrent dans une centrale nucléaire et s'enfuient avec des cargaisons d'uranium hautement enrichi. C'est exactement ce que nous avons longtemps craint à Bruxelles.

«Les services de renseignements, dans mon livre, sont totalement convaincus qu'une attaque nucléaire est inévitable. La question que l'on se pose n'est pas ‘si' mais ‘quand' cela aura lieu. Quand on regarde ce qui s'est passé en Belgique, une des premières cibles était les centrales nucléaires. Avant les attentats de Bruxelles, la police a découvert chez un jihadiste des photos de la maison d'un responsable d'une centrale. Cela prouve qu'ils y pensent.»

Que s'était-il passé au Pakistan pour que vous ayez l'idée d'écrire ce roman?

«C'était en 2008. Dans l'hôtel dans lequel je logeais, il y avait dans une vitrine un livre sur l'arme atomique pakistanaise. Et là je me suis véritablement rendu compte que le Pakistan, qui est un état manqué, possède la bombe atomique et qu'il ne serait pas difficile qu'Al-Qaïda ou les talibans s'en emparent. C'était là un bon début de roman. Quand j'ai commencé à faire des recherches, je me suis rendu compte que j'avais besoin d'un personnage qui était un opérationnel d'Al-Qaïda. Je voulais savoir comment ces gens pensent. Et c'est comme cela que le problème du jihadisme est devenu le sujet central de mon roman. Il n'était plus seulement question du nucléaire dans mon roman. Il s'agit de tout un monde que les non-musulmans ne comprennent pas.»

Les musulmans ne comprennent pas non plus les jihadistes.

«Ils comprennent. S'ils adhèrent, ça, c'est autre chose. Mais ils comprennent. S'il y a quelqu'un qui produit des horreurs au nom de la religion chrétienne, on ne sera pas d'accord mais vu notre culture judéo-chrétienne et notre connaissance de l'histoire du christianisme, on comprendra plus facilement. Ce qui est intéressant, c'est qu'avant les attentats quand je parlais du jihadisme avec un non-musulman, il ne comprenait pas de la même manière qu'un musulman pouvait le faire. C'est une autre façon de penser. C'était très difficile d'en parler sans qu'il y ait des équivoques. Maintenant, les gens sont prêts à écouter pour mieux appréhender le problème.»

Dans votre livre, vous suivez le processus de radicalisation d'un jeune égyptien qui finit par vouloir faire le jihad. Pourtant, à la base, il n'avait pas du tout le profil.

«Non, pas du tout. Il a tout simplement changé de professeur à l'école. Ce dernier va l'amener à avoir des positions plus radicales. C'est comme si on se trouvait en Allemagne dans les années 30 et que notre nouveau professeur est un nazi. Par rapport à ce que l'on disait juste avant, le nazisme, c'est dans la pensée occidentale mais ce n'est pas LA pensée occidentale. La différence est là.»

Votre premier livre traduit en français, «La Formule de Dieu», est en cours d'adaptation, par la société Belga Studio.

«Oui, c'est une histoire où l'on retrouve Tomás Noronha, le héros de ce livre également. Ce roman a connu un très bon succès en langue française. Le sujet du roman est: qu'a découvert la science au sujet de Dieu? Normalement, on prévoit un lancement en 2018.»

 

Dans «Furie divine», nous retrouvons le héros de J.R. Dos Santos que l'on avait, pour notre part, découvert dans «Codex 632: Le secret de Christophe Colomb». Le présentateur vedette du JT de 20h et écrivain portugais met en scène Tomás Noronha qui est appelé pour décrypter un mail d'Al Quaïda. En parallèle, nous suivons l'évolution d'un jeune égyptien qui découvre, suite à la venue d'un nouveau professeur dans son école, l'islam radical et ensuite, le jihadisme. Comme a son habitude, J.R. Dos Santos nous offre un roman extrêmement bien documenté, intelligent et interpellant. Un véritable page-turner bien ancré dans l'actualité.

«Furie divine», de J.R. Dos Santos, éditions HC,

543 pages, 22€

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