Une couturière internée en hôpital psychiatrique brode sa vie sur son uniforme

Une couturière internée en hôpital psychiatrique brode sa vie sur son uniforme

L'objet est récupéré par Hans Prinzhorn, un psychiatre et historien de l'art. Occupant un poste à l'université d'Heidelberg à partir de 1919, il a ainsi regroupé plus de 5.000 pièces faites par des patients souffrant de maladies mentales. Ce travail constitue la base de ses recherches pour écrire son livre : «Bildnerei der Geisteskranken» (l'art des malades mentaux).

Une pièce unique

La couturière a commencé par décomposer entièrement son uniforme avant de le recoudre à sa manière. On peut y voir d'innombrables phrases brodées en cinq couleurs différentes dans un amas confus difficilement compréhensible. Des bribes phrases sont cependant identifiables et on peut lire les mots «enfants», «sœur», «je souhaite lire», «je plonge sans réfléchir dans le désastre», l'adresse de sa blanchisserie ou encore son numéro de dossier à l'hôpital d'Heidelberg.

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Helen McCarthy, auteure anglaise a décrit ce processus créatif : «Elle n'essayait pas de décorer ou créer un slogan. Les mots racontent l'histoire de sa vie. Elle passait ses jours à transformer l'uniforme d'un hôpital psychiatrique, le symbole de sa dépersonnalisation, en un témoignage de son séjour profondément personnel».

Un symbole de «l'art brut»

Cette pièce, certainement la plus connue et appréciée de la collection Prinzhorn, est devenue l'un des emblèmes de « l'art brut » théorisé par Jean Dubuffet. L'œuvre du psychiatre concernant l'art chez les personnes atteintes de troubles mentaux n'a pas rencontré un franc succès chez ses confrères. Il a cependant trouvé un écho dans le monde artistique. Ce mouvement concerne les «œuvres ayant pour auteurs des personnes étrangères aux milieux intellectuels, le plus souvent indemne de toute éducation artistique, et chez qui l'invention s'exerce, de ce fait, sans qu'aucune incidence ne vienne altérer leur spontanéité», selon Dubuffet. Un art naïf, purement créatif et qui n'est pas influencé par la volonté d'imiter les grands maîtres donc.