Comment la Belgique est-elle devenue la reine des festivals?

Comment la Belgique est-elle devenue la reine des festivals?
Belga

Le saviez-vous ? La Belgique est le pays comptant le plus de festivals par habitants au km2  ! Une offre record et unique au monde, où tous les styles musicaux trouvent leur place. Dour, Werchter, Pukkelpop, Tomorrowland, Esperanzah, Couleur Café, Ardentes, Paradise City, Francos, LaSemo, Ronquières… Notre plat pays regorge de festivals et s’est imposé comme une référence en la matière à l’international.

Tout commença avec un GI américain…

Cette longue tradition de festivals débute en 1959, dans le petit village de Comblain-la-Tour, en province de Liège. C’est là-bas que s’était installé Joe Napoli, un GI Américain qui avait combattu lors de la Bataille des Ardennes. À la fin des années cinquante, il lance le premier festival de jazz en plein air… sur le terrain de football du village. Jusqu’en 1966, le festival de Comblain s’impose comme le plus grand festival d’Europe, avec la venue d’artistes comme Nina Simone, John Coltrane, Ray Charles, Chet Baker, Bud Powell, Stan Getz…

Et arriva Werchter…

Côté Flamand, c’est le festival Jazz Bilzen, lancé en 1965, qui s’impose rapidement comme l’un des plus importants au monde. Pour la première fois dans l’histoire, un festival décide de mélanger les genres musicaux : aux artistes de jazz se joignent des groupes pop. Très vite, le blues, la soul, le folk et même le punk et le reggae s’ajoutent à la programmation. Une particularité qui lui vaudra d’être surnommé «Mère de tous les festivals européens». L’aventure du Bilzen prend fin en 1981… Entre-temps, Werchter était né.

La « festivalisation » de la Belgique est lancée

Devenu aujourd’hui l’un des plus grands festivals de rock au monde, Rock Werchter connaît sa toute première édition en 1975. Les années 1980 marquent le début de la « festivalisation » en Belgique. Pukkelpop se lance en 1985, suivi de Dour en 1989 (800 personnes participaient à cette première édition). Les amateurs de musiques urbaines, électro, pop… trouvent désormais, eux aussi, leur bonheur en festival.

En quelques années, ces festivals grandissent, grandissent… Les organisateurs belges n’ont pas hésité à innover, à se réinventer, voire à prendre des risques. Et souvent, cela s’est avéré payant. Par exemple, c’est à Dour que, pour la première fois, on propose plus d’une seule scène sur le site. Aujourd’hui, le festival en compte huit!

Une référence européenne

Rapidement, les jeunes festivals belges sont donc devenus une référence en Europe, et une source d’inspiration à l’étranger.

Mais qu’est-ce qui fait la spécificité des festivals belges ? À l’image de la Belgique, nos festivals sont très ouverts à l’international. Il y a par ailleurs une véritable expertise dans notre pays : au fil des années, les équipes se sont professionnalisées, assurant une organisation optimale tant pour les artistes que le public.

Ce qui fait le succès d’un festival, c’est surtout son identité. Plus qu’une identité musicale, il s’agit de proposer une véritable « expérience » au public (atmosphère, décors, activités, nourriture, détente et autres à-côtés…). En témoigne le succès de Tomorrowland, champion en la matière.

Trop de festivals ?

La Belgique est donc une véritable Terre de festivals et l’on peut s’en réjouir. Mais l’on peut aussi s’interroger : trop de festivals tue les festivals ?

Depuis quelques années, et dans un contexte de concurrence accru, on remarque une course à la tête d’affiche et aux « valeurs sûres ». « Certains festivals sont devenus de véritables machines économiques, pour lesquelles la valeur commerciale prime sur les valeurs artistiques », analysait Christophe Goethals pour le CRISP. « La course au gigantisme dans laquelle les grands festivals se sont engagés a deux effets : un appauvrissement ou une uniformisation de l’offre artistique et une inflation du prix des billets d’entrée. »

L’avenir serait-il donc en train de s’assombrir pour les festivals belges ? Pas spécialement. « L’offre ne peut plus croître indéfiniment (…) cependant cela n’est pas incompatible avec l’idée d’un renouvellement de l’offre », pointait le chercheur. « Chaque année, des festivals disparaissent et de nouveaux apparaissent. Autrement dit, il y a toujours de la place pour les festivals qui font preuve de singularité, comme l’ont montré certains en investissant par exemple des niches musicales ou en tentant d’offrir au public davantage que de la musique : une expérience aux multiples facettes. »