Près d’un an après l’éclosion de Balancetonbar, où en est-on?

Près d’un an après l’éclosion de Balancetonbar, où en est-on?
Photos Belga

Le 12 novembre 2021, quelque 1.300 personnes déferlaient dans le cimetière d’Ixelles pour faire part de leur colère et du malheureux constat que l’on ne peut pas sortir sans avoir peur de se faire agresser. Dans le même temps, le compte Instagram Balancetonbar était créé par Maïté Meuûs, qui voulait montrer à tous que les agressions sexuelles surviennent partout dans le milieu festif, et pas seulement dans certains établissements. « On voulait alerter les autorités et les médias sur le fait que la soumission chimique est un phénomène extrêmement répandu et qu’il faut arrêter de responsabiliser les victimes », explique la jeune femme, qui s’occupe seule de ce compte.

Un nouvel élan

Quelques mois plus tard, la RTBF consacrait un reportage à l’utilisation des drogues du viol, par le biais de son magazine #Investigation, redonnant un nouvel élan au mouvement. Ce travail d’investigation permettait de mettre en lumière le phénomène, prenant le contre-pas de l’approche plus sensationnaliste choisie par d’autres médias. « Il fallait montrer qu’il ne s’agit pas d’un fou qui vient dans un bar pour mettre un cachet dans ton verre », souligne l’étudiante. Suite à la diffusion du documentaire, la commune d’Ixelles a commandé une étude pour mieux comprendre le phénomène des agressions sexuelles dans le cimetière d’Ixelles, ce qui a permis de sortir des chiffres éloquents qui montrent bien qu’on se situe face à un problème généralisé (voir en bas de l’article).

Électrochoc pour le monde de la nuit

Dans le même temps, les acteurs du secteur de la nuit se lançaient dans de grandes discussions pour changer les choses et faire en sorte que les agressions sexuelles, sexistes, mais aussi racistes, homophobes et transgenres, n’arrivent plus dans le milieu festif. En concertation avec des associations et les autorités publiques, le milieu de la nuit s’est remis en question et a ouvert les yeux sur quelque chose dont il n’avait pas pris la pleine mesure. Des budgets ont été débloqués par les autorités compétentes, notamment pour la formation du personnel et des gérants, mais aussi pour les campagnes de sensibilisation. Pour ce qui est des mesures concrètes dans les discothèques et les bars, elles varient néanmoins en fonction des établissements. Mais ils sont quelques-uns à désormais avoir une personne de contact à qui s’adresser derrière le bar en cas de problème. D’autres encore ont mis une salle à disposition où une personne visée par une agression quelconque peut être prise en charge. Et de façon plus répandue encore, des tests antidrogues ou des protections de gobelets sont distribués à la demande des clients.

En fait-on assez ?

Mais le travail qui a déjà été effectué est-il suffisant ? Pour Maïté, qui suit évidemment la situation de très près avec les acteurs de terrain, il reste un long chemin à parcourir : « Depuis très longtemps, les experts pointent du doigt le fait que la justice manque de moyens pour les affaires d’agressions et de violences sexuelles. Les enquêtes sont parfois bâclées et on se contente du strict minimum. Des moyens conséquents sont pourtant déployés dans des affaires de droit pénal financier. Le délai de prescription est aussi un élément qui doit être questionné. Par ailleurs, on peut citer le fait que des moyens doivent être déployés pour la formation des policiers afin d’accueillir la parole des personnes agressées. »

« La grande question reste l’application des discussions qui ont été entamées. Certaines mesures ont été prises et des budgets ont été débloqués, certes, mais est-ce que ça sera suffisant ? Il faudra attendre les résultats pour se prononcer et pour dire si ce qui a été entrepris porte ses fruits. Le côté d’ores et déjà positif, c’est que ce n’est plus un sujet débattable, mais bien un fait de société. On ne peut plus dire qu’on ne savait pas », conclut la jeune femme engagée, qui déborde d’idées pour accompagner les personnes victimes d’agressions sexuelles.

Des chiffres tristement éloquents

4 femmes sur 10 expliquent avoir subi des attouchements.

 

6 femmes sur 10 se sont fait frotter dans la foule.

 

2 femmes expliquent qu’on a profité de leur état d’ébriété pour leur imposer ou tenter de leur imposer des relations sexuelles.

 

6 femmes sur 10 ont été au moins une fois suivies avec insistance.

 

Plus d’une femme sur 10 (15 %) explique avoir été droguée à leur insu.