Bientôt la fin de la cigarette en Belgique?

Bientôt la fin de la cigarette en Belgique?
Ph. Unsplash

Les fumeurs l’auront remarqué. Ces derniers mois, la lutte contre la consommation de tabac s’est accélérée dans notre pays. Dernière mesure en date prise par les autorités belges : une augmentation supplémentaire des accises déjà prévue pour 2022, 2023 et 2024. Cette décision a été prise en octobre par le gouvernement lors de l’élaboration du budget fédéral 2023. À noter que les accises sur le tabac avaient déjà été augmentées en 2021. En 2020, un paquet de 20 cigarettes coûtait en moyenne 6,80 €. Il est passé à 7,50 € l’année dernière. Cette décision laisse donc présager une forte hausse des prix du paquet dans un futur proche.

Une génération sans tabac

Autre mesure prise durant ce mois d’octobre : l’interdiction des distributeurs de cigarettes quasiment partout, sauf dans les supermarchés. Cette décision a été prise dans le but de réduire la disponibilité des produits de tabac et de mieux contrôler l’interdiction de vente aux mineurs. Ces distributeurs sont en effet souvent installés dans des endroits fréquentés en soirée et la nuit par les jeunes. Au début de la législature, le gouvernement belge s’était engagé à œuvrer pour une génération sans tabac.

Plus tôt cette année, les autorités ont également décidé de bannir les cigarettes des quais des gares, et ce dès 2023. Une proposition de loi qui avait été déposée par Ecolo-Groen afin de lutter contre le tabagisme passif. « L’objectif est de permettre aux jeunes générations de ne plus être progressivement exposées au tabac dans l’espace public », expliquent les auteurs du texte. Le 1er janvier 2020, les paquets de cigarettes neutres devenaient par ailleurs obligatoires chez nous.

Suivre l’exemple de la Nouvelle-Zélande ?

Mais toutes ces mesures seront-elles vraiment efficaces pour faire sensiblement baisser le nombre de fumeurs chez nous ? Ne sont-elles pas finalement des ‘demi-mesures’ quand on voit ce qu’il se passe dans d’autres pays ? L’exemple le plus flagrant est celui de la Nouvelle-Zélande, qui est en passe de devenir le premier pays du monde à bannir définitivement la clope pour la jeune génération. Le pays va en effet augmenter progressivement l’âge minimum d’achat des cigarettes, actuellement fixé à 18 ans. À partir de 2027, il devrait être relevé d’un an chaque année. La teneur en nicotine des cigarettes pourrait aussi être largement revue à la baisse.

L’Australie est également un pays pionnier dans la lutte contre le tabac. Ella a fait passer le prix d’un paquet à 25 € et il est strictement interdit de fumer dans la plupart des lieux publics. Plus près de chez nous, nos voisins néerlandais envisagent quant à eux d’augmenter le prix du paquet pour qu’il dépasse les 40 € en 2040.

La Belgique est-elle prête à prendre ce type de décision ? En tout cas, elle le pourrait. Au niveau européen, les cigarettes, cigares et autres produits manufacturés à base de tabac font l’objet d’une taxation minimum obligatoire. La dernière directive qui régit ces produits date de 2011 et une révision est envisagée pour 2023. Mais rien n’empêche les États membres à taxer de leur côté. Ce que s’apprête donc à faire la Belgique. Chez nous, les accises sur le tabac ont déjà augmenté de 30 % depuis 2012. Reste à savoir si les prochaines augmentations des accises seront davantage une manière de remplir les caisses de l’État qu’une volonté forte de bannir les cigarettes.

-> Une taxe sur les cigarettes électroniques en 2024

Dans la logique du gouvernement pour une génération sans tabac, une taxe -sous forme d’accises- sur les produits du tabac alternatifs, tels que les vapoteuses, devrait entrer en vigueur dès 2024. Depuis 2018, selon une enquête menée par la Fondation belge contre le cancer, le nombre d’utilisateurs qui vapotent au moins une fois par semaine a augmenté dans le groupe d’âge de 18 à 24 ans. La Fondation considère qu’une taxation est une bonne chose mais ne recommande pas une taxe aussi élevée que sur les cigarettes classiques. « Les cigarettes électroniques doivent rester abordables car elles présentent un intérêt en matière de sevrage tabagique. Et c’est également important qu’elles restent accessibles aussi pour les fumeurs de classes socio-économiques défavorisées dans lesquelles on trouve plus de fumeurs », conclut-elle. De son côté, la Commission européenne a proposé au mois de juin dernier d’interdire dans les 27 pays de l’UE la vente de produits aromatisés de vapotage, afin d’enrayer cette pratique chez les jeunes.

-> De plus en plus de fumeurs à cause de la pandémie

Un Belge sur cinq fume quotidiennement. Selon une enquête réalisée par la Fondation contre le cancer en septembre 2021, le « comportement tabagique » a augmenté depuis le début de la crise sanitaire, après des années de baisse du nombre de fumeurs. Les fumeurs âgés de 25 à 44 ans fument plus qu’avant le début de la pandémie, ou se sont remis à fumer. Et cela pour deux raisons, selon la Fondation : le télétravail généralisé et le niveau de stress lié à la pandémie. La Fondation contre le cancer craint que les changements de comportement observés ne s’installent dans la durée, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner sur le plan de la santé. Le télétravail continue en effet d’être une réalité. La crise de l’énergie que nous connaissons actuellement pourrait toutefois pousser les Belges à consommer moins de tabac.