Et si on utilisait la nature pour lutter contre la sécheresse?

Et si on utilisait la nature pour lutter contre la sécheresse?

Dès la fin mai, le printemps pas encore terminé, les experts mettaient en garde: le temps magnifique des dernières semaines avait asséché les sols, et l'économie risquait de bientôt subir les conséquences de cette situation. Tout le monde pense évidemment à l'impact d'une sécheresse sur l'agriculture. Elle pourrait également nuire à l'industrie, qui a aussi d'importants besoins en eau dans ses processus de production. Les particuliers, eux aussi, connaissent déjà le résultat d'un niveau trop bas des nappes phréatiques: impossibilité d'arroser son jardin, de laver sa voiture… Les quelques averses qui ont marqué le début de l'été ont évidemment fait du bien à la végétation, mais n'ont pas suffi à régler le problème sur le fond.

L'eau tombe… et file vers la mer

En cause: l'aménagement du territoire, pointe le WWF. L'organisation écologiste demande la mise en œuvre d'actions structurelles pour permettre une meilleure gestion de l'eau. L'objectif est de favoriser l'infiltration plutôt que l'écoulement direct vers les rivières et la mer.

Le principe est simple. Suivons le parcours d'une goutte de pluie… Que se passe-t-il lors d'une forte averse? La pluie qui tombe sur les toits de nos maisons est recueillie dans les gouttières. Elle s'écoule ensuite sur les rues asphaltées qui transportent l'eau dans les égouts. Le réseau d'égouts draine l'eau de pluie vers nos ruisseaux et rivières. Toute cette eau de pluie s'écoule directement vers la mer. Et puis… elle est perdue! Le même scénario s'applique aux toits des entreprises, des usines, des habitations, aux parkings, aux routes… «Avec 15% de son sol artificialisé, la Belgique laisse filer une grande quantité d'eau de pluie vers la mer», déplore le WWF.

Les sols consacrés à l'agriculture (44% du territoire) ne font guère mieux: souvent compressés par le passage des engins agricoles et les choix de culture, ils laissent l'eau ruisseler à leur surface vers les ruisseaux, première étape vers le grand large. L'agriculture intensive renforce ce phénomène: alors que haies, buissons, et zones humides ont été supprimés pour élargir les surfaces cultivables, elles retiennent encore moins bien les eaux de pluie. Surtout quand celles-ci tombent de manière intense, comme c'est de plus en plus le cas du fait du changement climatique.

«Investir dans la nature»

«Notre approvisionnement gratuit en eau de pluie est bien trop souvent perdu», déplore le WWF. L'organisation plaide pour des solutions structurelles qui mettraient la nature au premier plan. «La nouvelle stratégie européenne en matière de biodiversité présentée mi-mai est un bon départ. Elle a pour objectif la création d'au moins 25.000 kilomètres de cours d'eau, la remise en état des rivières avec la suppression des barrages et la restauration des zones humides et deltas», constate-t-elle. Elle demande que les actions suivent au niveau national. «Il faut protéger et restaurer les zones naturelles dotées d'une grande biodiversité. Ces zones peuvent récolter, stocker et purifier de grandes quantités d'eau. Il est également nécessaire de laisser les rivières serpenter à nouveau, d'aménager de petites zones de nature dans les villes et les villages. Celles-ci peuvent collecter temporairement l'eau de pluie locale et lui permettent de s'infiltrer lentement dans le sol.»

L'aménagement urbain commence à tenir compte de ce genre de besoins. À Forest, le parc Duden a récemment été réaménagé sous l'impulsion de Bruxelles Environnement. Des cuvettes ont été creusées sur ses pentes, afin de collecter les eaux de pluie en cas d'averse. Elles peuvent ainsi s'infiltrer progressivement dans le sol, plutôt que dévaler vers le bas de la ville, l'inonder, puis foncer vers la mer. Dans la même logique, les espaces piétonniers aménagés dans les centres-villes incluent de plus en plus de végétation, qui est plus à même de stocker l'eau que les vastes dalles minérales qui ont un temps été à la mode.

Lorsqu'ils sont bien gérés, les arbres et forêts urbaines «peuvent contribuer à réduire la température de l'air de 8ºC et stocker de l'eau», souligne la FAO, l'agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation. L'association environnementale flamande BOS +, convaincue que les vagues de chaleurs vont devenir plus fréquentes, a demandé au futur gouvernement flamand de planter six millions d'arbres dans les villes et villages afin de faire baisser les températures au niveau local. Une manière «d'investir dans la nature», comme le demande le WWF.