Bientôt un indice de réparabilité pour lutter contre l’obsolescence programmée?

Depuis le début de l’année, un indice de réparabilité apparaît en France sur certains appareils électroniques comme les smartphones et les téléviseurs. Bientôt la même chose en Belgique?

par
Rédaction en ligne
Temps de lecture 4 min.

En décembre 2020, dans sa lutte contre l’obsolescence programmée, le Parlement européen a voté une résolution en faveur d’un droit à la réparation sur les appareils électroniques. Concrètement, cela se traduirait par l’apparition d’un indice de réparabilité sur certains produits.

Le modèle français

La France a déjà pris un peu d’avance dans ce domaine. Dans le cadre de la loi anti-gaspillage, cet indice est désormais obligatoire sur cinq catégories de produits électriques et électroniques: les smartphones, les ordinateurs portables, les lave-linge, les téléviseurs et les tondeuses à gazon électriques.

Cet indice de réparabilité porte sur plusieurs critères comme la disponibilité de la documentation (conseils d’utilisation et d’entretien), le fait que l’appareil soit facilement démontable (accès et outils), la disponibilité des pièces détachées ou encore le prix de ces pièces. L’objectif de cet indice est de sensibiliser le consommateur à la réparation du produit dès son achat en l’informant de la réparabilité de son appareil.

C’est simple: plus l’indice est élevé, plus l’appareil est facile à réparer. Les derniers iPhone 13 d’Apple ont ainsi un indice de réparabilité de 6,2/10, une note moyenne bien loin derrière le Fairphone 4 (9,2/10) mais meilleure que le Huawei P20 Lite (5,8/10). En France, l’objectif est que, peu à peu, l’indice de réparabilité devienne un indice de durabilité. Pour cela, d’ici 2024, de nouveaux critères devraient être pris en compte comme la robustesse et la fiabilité des produits.

Un impact sur les fabricants

L’indice de réparabilité n’est pas seulement utile pour les consommateurs. Il permet également de mettre la pression sur les fabricants et les incite à améliorer leurs appareils pour obtenir la meilleure note possible. Par exemple, l’iPhone 11 a un indice de 4,6/10, l’iPhone 12 affiche un score de 6/10 et leur dernier modèle en date, l’iPhone 13, atteint 6,2/10. Une belle progression en l’espace de seulement trois ans donc. Maarten Depypere, responsable de la politique de réparation au sein de l’organisation iFixit qui a participé à l’instauration de cet indice en France, a déclaré à nos confrères du site Frandroid que Samsung avait également fait des efforts en améliorant la disponibilité de certaines pièces de remplacement et en créant des manuels de réparation. Le dernier smartphone haut de gamme du constructeur coréen, le S21, intègre un mode d’emploi de 40 pages qui explique de manière détaillée et avec des schémas comment démonter l’appareil et remplacer certaines pièces.

Bientôt en Belgique?

En France, depuis le 1er janvier 2021, les vendeurs ont pour obligation d’afficher la note synthétique de l’indice, à proximité du prix, au moment de l’acte d’achat. Mais c’est seulement à partir du 1er janvier 2022 que les sanctions tomberont. Qu’en est-il de la Belgique? Pour l’instant, il n’y a encore rien de concret et notre pays semble attendre de devoir se plier à une obligation européenne. Mais cela pourrait encore prendre de longues années. Pendant longtemps, l’UE a retardé cet indice de réparabilité en argumentant qu’il était trop compliqué à mettre en place, mais l’exemple français a montré que c’était possible et finalement, pas si compliqué. De plus, l’UE est confrontée à un lobbying pour que le prix des pièces détachées ne soit pas inclus dans cet indice de réparabilité européen. Néanmoins, rien n’empêche la Belgique de prendre les devants et de suivre le modèle français.

Depuis plusieurs années, Test-Achats milite pour que la réparation devienne plus accessible. «Nous sommes convaincus que tout le monde optera plus facilement pour la réparation si celle-ci est rendue plus accessible. C’est pourquoi nous soutenons la campagne ‘Le droit à la réparation’ de Repair&Share (une initiative de Netwerk Bewust Verbruiken). Nous demandons aux fabricants, aux commerçants et aux politiciens d’unir leurs forces et de rendre au consommateur ce droit à la réparation», indique l’organisation sur son site internet. Pour changer les choses, Test-Achats soutient et relaie la pétition de Repair & Share qui demande aux politiciens, aux fabricants et aux détaillants d’étendre la garantie légale, de fournir des manuels de réparation et des pièces de rechange, et d’investir dans des services de réparation. À l’heure actuelle, la pétition a été signée par plus de 7.000 citoyens belges.