Sophie Tal Men sort un nouveau roman:« On peut toujours apaiser une douleur »

Sophie Tal Men sort un nouveau roman:« On peut toujours apaiser une douleur »

Plus qu'à l'hôpital, cette nouvelle histoire se déroule vraiment dans votre service…

«Oui, comme mon premier roman ‘Les yeux Couleur de pluie', on retourne vers la neurologie. Mon activité de neurologue m'a inspirée cette histoire, notamment les patients qui ont du mal à communiquer après un AVC ou un traumatisme crânien, comme Clarisse. Je suis face aussi à des familles inquiètes, qui ne savent pas ce qu'elles peuvent faire pour aider leur proche qui souffre

Ici, il s'agit de Lily, la sœur de Clarisse. Elle a un don et va s'en servir pour aider sa sœur…

«Lily est parfumeuse. Elle va avoir l'idée de retrouver les parfums qui sont chers à sa sœur et les lui rapporter à l'hôpital, dans des petits flacons. Elle retourne sur l'île de leur enfance, Ouessant, pour confectionner ces parfums.»

Toutes ces odeurs que ramènent Lily contrastent terriblement avec celles de l'hôpital.

«Effectivement, dans les hôpitaux, il y a des odeurs à balance très négatives: l'éther, la solution hydroalcoolique, les médicaments, les odeurs corporelles… L'aromathérapie se développe un peu en ce moment, surtout en cancérologie. Mais il y a encore du travail à faire là-dessus, sur ces odeurs qui apaisent dans les chambres

Ce projet de Lily, vous l'avez déjà vu à l'hôpital?

«Non. Je conseille aux familles de rapporter des photos, des paquets de gâteaux, de faire écouter au patient des musiques qu'il aime… Mais jamais des parfums

Pourquoi avoir choisi ce sens de l'odorat, plus que l'ouïe ou le goût?

«Parce que les odeurs ont un pouvoir sur la mémoire. L'odorat est LE sens qui a le plus grand pouvoir pour faire ressurgir nos souvenirs et générer des émotions. Et puis, j'adore les parfums et je suis très sensible aux odeurs qui m'entourent. Il y a aussi un lien très fort à l'enfance

Quelles sont vos «Madeleines de Proust» olfactives?

«Celles qui sont en lien avec ma grand-mère. Son parfum un peu musqué. Les odeurs d'algues séchées du bord de mer, ça me ramène aux vacances que je passais chez elle, au Croisic. Ce sont aussi les odeurs de nourriture: dès que je sens l'odeur d'une gaufre, je pense à ma grand-mère belge qui habitait Nivelles. Je viens d'en manger une ici à Bruxelles, je sais que ça fait touriste (rires) mais j'adore! Et puis, mon odeur préférée par-dessus tout reste celle de la nuque de mes enfants au réveil.»

Vous nous emmenez à Bruxelles dans ce nouveau roman. C'est un clin d'œil à votre grand-mère?

«Oui, et à mes lecteurs belges! Certaines de mes racines sont en Belgique et j'ai un lien fort avec ce pays. Je viens régulièrement à Bruxelles

Comment gérez-vous votre double vie de médecin et romancière?

«C'est vrai que mes journées sont bien remplies (rires)! J'aime passer de l'un à l'autre. En journée, je suis neurologue. Après, maman et femme. Et le soir, quand d'autres regardent une série ou lisent un livre, j'écris. Tous les soirs en semaine, je retrouve mes personnages. C'est un plaisir, c'est comme si j'ouvrais une fenêtre sur un monde parallèle

Vous n'avez donc jamais songé à vous défaire de l'une de vos casquettes?

«Non, jamais je n'arrêterai la médecine. C'est une certitude, je ne pourrais pas abandonner ma patientèle. Mais j'aime avoir cette autre activité. Et je n'ai pas du tout envie d'arrêter d'écrire parce que ça m'apporte beaucoup

On sait que l'inverse est vrai, mais est-ce que votre vie d'écrivaine influence aussi votre vie de médecin?

«Oui, elle me permet de prendre du recul et de ne pas être rongée par le stress. On a des métiers difficiles, avec de grandes responsabilités, avec des coups durs… Si on n'a rien à côté, on peut être complètement rongés par l'angoisse. Ma vie d'écrivaine m'apporte énormément du point de vue de l'équilibre

Vos livres abordent des moments de vie très difficiles mais c'est toujours très lumineux. C'est à votre image?

"Oh oui! C'est ma façon d'être, effectivement. Même avec mes patients. Même quand je m'occupe de maladies très graves que je ne pourrai pas guérir. Je réfléchis toujours à: ‘comment je peux améliorer leur qualité de vie? Comment je peux faire du bien?' On peut toujours apaiser une douleur. Même quand c'est une maladie que l'on ne peut pas guérir, il y a des choses à faire. Ce que j'aime, c'est le contact humain, alors je suis servie à l'hôpital, comme dans mon métier d'écrivaine!"

Le contact avec les lecteurs vous a manqué durant cette année covid?

«Complètement! Je n'ai qu'une envie, c'est celle d'un retour en arrière! Je n'ai pas envie de garder des séquelles de cette pandémie. Pour moi, ça n'a apporté que du négatif dans nos rapports humains. C'est ce que je raconte dans le livre: pour aller bien, on a besoin des autres, de se toucher, de s'embrasser, d'échanger.»

On connaît beaucoup de films et séries qui se passent à l'hôpital. Moins de romans. Est-ce vous imaginez une adaptation de votre saga à l'écran?

«Oui, j'aimerais bien! Je ne connais personne dans le milieu. Il faudrait qu'un producteur ou réalisateur repère la saga et ait l'envie de. Il faudrait peut-être aussi que je provoque ça. Ça pourrait être un projet sympa

Review: Lorsque sa petite sœur Clarisse se retrouve à l'hôpital suite à une grave chute de cheval, Lily, apprentie parfumeuse, met sa vie en pause et se précipite auprès d'elle. Terrifiée, elle découvre Clarisse complètement éteinte, seule dans sa chambre froide et austère du service neurologie. Pour lui redonner le goût de vivre, Lily s'embarque dans un projet fou: retourner sur l'île de Ouessant, berceau de leur enfance, à la recherche des odeurs chères à Clarisse. À l'hôpital, seul Evann, externe en médecine, soutiendra son incroyable idée et un lien fort naîtra entre eux. Sophie Tal Men nous propose un voyage sensoriel aux parfums d'iode et d'herbe fraîche qui nous emmène droit sur l'île de Ouessant. Idéal pour s'évader à l'heure où l'on ne peut voyager que par les livres! Au-delà du dépaysement, «Là où le bonheur se respire» reste un peu en superficie, tant dans la psychologie des personnages que des émotions. Dans un style (un peu trop?) léger, ce roman feelgood n'offre rien d'inattendu. 2/5

«Là où le bonheur se respire», de Sophie Tal Men, éditions Albin Michel, 284 pages, 19,90€