Damien Bonnard se confie pour la sortie des «Intranquilles»: «J’ai bossé mon rôle avec une psychiatre, un peintre et un boxeur»

Damien Bonnard se confie pour la sortie des «Intranquilles»: «J’ai bossé mon rôle avec une psychiatre, un peintre et un boxeur»
Ph. Cineart

Les premières projections des ‘Intranquilles’ ont emporté le public de façon très positive. Vous partagez l’impression ?

Damien Bonnard  : « Oui, c’est beau ! La presse semble hyper emballée. On dirait que ça les remue, que ça les touche. Et ce soir, je vois le film pour la première fois avec un public. Je crois que ça va chialer dans les masques ! En même temps, ça fait mouchoir… »

Aviez-vous vu les films de Joachim Lafosse avant d’entamer ce projet ?

« ’À perdre la raison’ m’avait beaucoup marqué mais ce n’est pas le seul. Je crois que je n’ai jamais vu son premier film avec Isabelle Huppert par contre ('Nue-Propriété’, NdlR). »

Votre personnage souffre d’un trouble bipolaire. Comment avez-vous préparé le rôle ?

« Il y a autant de façons de jouer la bipolarité qu’il y a de gens bipolaires sur cette planète ! J’ai fait des choix en discutant beaucoup avec Joachim, et en lisant des ouvrages comme celui de Gérard Garouste dont s’inspire le titre du film ('L’intranquille : autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou’, NdlR). J’ai passé beaucoup de temps à l’hôpital psychiatrique de Saint-Anne avec une psychiatre, pour parler du film et la questionner. Et pour qu’elle me questionne sur mon rapport au personnage aussi. En gros, Joachim m’a payé une psychanalyse (rires) ! J’ai aussi passé du temps avec des patients, et j’ai un ami proche qui souffre de bipolarité depuis vingt ans. J’ai fait un mélange de tout ça, et on l’a équilibré avec Joachim. Mais ce n’est pas tout. Je me suis aussi formé avec le peintre qui a fourni les tableaux du film. Et j’ai travaillé avec un boxeur pour trouver des gestes dans les revirements d’humeur, dans les moments de violence comme de joie extrêmes. J’ai fouillé partout quoi (rires) ! »

Votre duo avec Leïla Bekthi est intense. Vous aviez déjà travaillé ensemble ?

« On a tourné ensemble dans ’L’Astragale’, un film de Brigitte Sy. Mais bon, c’était une seule scène, ça nous a donné envie de creuser. Pour ça, il fallait une opportunité, car ce n’est pas vraiment aux acteurs de décider. Joachim a pris cette décision, et il a très bien fait ! En plus, sur le tournage, j’ai presque été adopté par la famille de Leïla. On travaille de la même manière, c’est rare ! On est très impliqués tous les deux, et il n’y en a jamais eu un pour demander à l’autre de lever le pied et de parler d’autre chose. Je ne me suis jamais dit : ’Eh ben dis donc, elle fait chier cette connasse’ (lance un grand clin d’œil entendu à Leïla Bekhti, donnant une interview quelques mètres plus loin, NdlR)  ! »

Pourquoi vos personnages s’appellent-ils Leïla et Damien ?

« Joachim a écrit nos prénoms par hasard dans la dernière version du scénario. Avec le recul, je pense que si j’avais choisi de m’appeler Jean-Pierre ou Raoul, c’aurait été moins bien. Ça nous a permis de ne jamais vraiment couper le jeu, et Leïla aussi a trouvé ça plus simple pour se plonger dans l’action. »

Le film est belge. Que représente notre cinéma noir-jaune-rouge à vos yeux ?

« J’ai peu tourné en Belgique, mais j’y ai vécu pendant quatre ans. Je l’ai quittée pour une femme que j’ai rejointe en France. Mais j’ose le dire quand même, je me sens parfois belge ! Vos artistes me plaisent, que ce soit en peinture, ou avec Joël Pommerat et ses mises en scène de théâtre. On se fait du pied avec Fabrice Du Welz (réalisateur de ‘Calvaire’ et ‘Adoration’, NdlR) aussi, on va peut-être travailler ensemble. Mais Joachim est mon premier réalisateur belge, c’est vrai. »

Review

Face à la maladie, jusqu’où peut-on aller par amour ? Damien et Leïla vivent ensemble depuis de longues années, mais voient leur équilibre familial imploser avec les premiers signes du trouble bipolaire de Damien. Pour son couple et pour leur fils, Leïla arrondit les angles. Mais bientôt émerge la question qu’elle redoute le plus : et si ce choc n’était non pas un défi à surmonter, mais le premier signe d’une distance à prendre ? Joachim Lafosse (‘Nue-Propriété’) a le don de créer des personnages fantastiquement crédibles, auxquels on s’identifie via les situations conflictuelles (mais terriblement humaines) qu’ils traversent. C’est bien simple : qu’il s’agisse du divorce de ‘L’économie du couple’, du crime anticipé de ‘À perdre la raison’, ou des autres films du réalisateur, chaque spectateur ressort en ayant vu exactement la même histoire, mais en ayant arbitré les conflits différemment selon sa subjectivité. Ici, le ping-pong psychologique opère avec la même force, tout en bénéficiant d’une douceur inattendue.