Florian Zeller sur son drame «The Father» porté par Anthony Hopkins: «Les acteurs se cachent toujours derrière leur personnage»

Florian Zeller sur son drame «The Father» porté par Anthony Hopkins: «Les acteurs se cachent toujours derrière leur personnage»
Ph. D.R.

Dans votre pièce de théâtre ‘Le père’, le personnage principal s’appelle André, mais dans le film, il s’appelle Anthony comme votre acteur principal. Pourquoi ?

Florian Zeller  : « Vous savez, les acteurs se cachent toujours derrière leur personnage. Je voulais que cette limite soit la plus floue possible. Je voulais absolument éviter qu’Anthony Hopkins imite un vieux monsieur souffrant de démence, qu’il fasse des recherches pour voir comment marche et parle une personne atteinte de cette maladie, pour finalement l’imiter. Notre devise durant le tournage était ‘No Acting Required’. Pas besoin de jouer la comédie. Je voulais qu’il soit lui-même le plus possible devant la caméra. »

N’était-ce pas très déstabilisant pour lui, vu le sujet du film ? Il a tout de même 83 ans…

« Absolument. Il est sensible à tous les thèmes abordés par ‘The Father’, même s’il est encore très vif d’esprit. Il porte cette préoccupation en lui. D’ailleurs, nous nous faisons tous du souci à ce propos, selon moi. Notre but était d’arriver le plus près possible de cette douloureuse vérité et d’aller au plus profond, en toute simplicité. »

Quelle est l’ambiance sur le plateau quand on tourne un tel drame ?

« Très positive. ‘The Father’ n’est pas un film hollywoodien, mais une petite production britannique indépendante. Nous avons tourné dans un petit studio à Londres, avec une petite équipe, c’était très intime et concentré. Et l’ambiance était très positive, paradoxalement. Je dis ‘paradoxalement’ car nous racontons effectivement une histoire déconcertante et les acteurs ont dû faire remonter des émotions douloureuses. Mais nous avions du plaisir à essayer ensemble de faire quelque chose de beau de quelque chose de préoccupant. »

Dans la bande-annonce de la pièce ‘Le père’, qu’on trouve sur YouTube, on entend souvent rire le public. C’est assez inattendu pour une histoire comme celle-ci.

« La pièce de théâtre avait un côté qui se rapprochait davantage de la farce, tandis que la version cinématographique est plus une tragédie. Même s’il y a aussi des moments qui sont plus légers ou plus drôles. Ce sont des choix artistiques. Quand j’écris quelque chose, je m’imagine toujours que je suis dans le public. C’est mon point de départ. »

Quel souvenir gardez-vous de cette cérémonie des Oscars ?

« Je sais que j’ai ressenti beaucoup d’émotions contradictoires. Mais la principale, c’était quand même le bonheur. Et bien sûr aussi la gratitude. Je vois mon Oscar comme un signe d’encouragement, surtout après une année si difficile pour tant de gens. Ce bonheur était d’autant plus grand qu’Anthony Hopkins a aussi reçu un Oscar. C’était une surprise totale. »